D'une génération à l'autre…
À 20 ans, Sébastien Leblanc ne savait pas encore qu’il allait faire carrière auprès de son père à Saint-Eustache. Il pensait à l’époque à la médecine ou encore à la pharmaceutique et étudiait la biologie à l’Université de Montréal. Une douzaine d’années plus tard, il s’apprête à faire le grand saut et à acquérir des parts de la meunerie à l’ombre de laquelle il a grandi.
«Ça ne s’est pas fait du jour au lendemain, fait-il valoir. J’ai commencé comme aide-meunier à temps partiel quand j’étais ado et, tranquillement, j’ai gravi les échelons jusqu’au poste de responsable du service à la clientèle et directeur des ventes ruminants, que j’occupe aujourd’hui.»
La designer de chaussures Penny Shuster a aussi fait un virage à 180 degrés après ses études en littérature à la Sorbonne. Depuis maintenant plusieurs années, avec son mari, Gianni Lamanuzzi, elle dirige La Canadienne, la fabrique de chaussures que son père avait cofondée à Montréal en 1961. «À 24 ans, je ne savais plus quoi faire, se souvient-elle. Je suis alors venue travailler comme réceptionniste pour l’entreprise de mon père et je ne suis jamais repartie!»
Les entreprises familiales constituent une forme d’entrepreneuriat plus répandue qu’on pourrait le croire et, surtout, elles sont loin d’être archaïques. «Aux États-Unis, on sait que 90 % des entreprises sont familiales, et en France, c’est 83 %, précise le professeur Luis Felipe Cisneros Martinez. Cependant, aucune statistique officielle n’a été compilée pour le Canada. Nous n’avons que des estimations.»
Dans la description du cours Management de l’entreprise familiale, qu’il donne à HEC Montréal, on peut néanmoins lire qu’au Québec, «plus de 70 % des entreprises sont familiales». À tout le moins, cela confirme qu’elles sont bien présentes, et ce, dans toutes les sphères d’activité.
Non seulement sont-elles nombreuses, mais elles sont aussi, bien souvent, plus performantes que la compétition, révèlent certaines études françaises et américaines citées par le professeur Cisneros Martinez. «Les entreprises familiales sont celles qui investissent le plus de dividendes dans l’entreprise, continue-t-il. De plus, peut-être parce que leurs dirigeants ont une vision à plus long terme, elles investissent davantage dans la recherche et le développement. Pensons entre autres à Bombardier, qui est à la pointe de la technologie.»
Des avantages et des inconvénients
Pour Sébastien Leblanc, l’aventure a du bon. «Même si mon père et moi nous ressemblons quand même beaucoup, les différences de chacun apportent quelque chose de particulier à la compagnie, estime-t-il. Mais il faut apprendre à se mettre des limites, à faire la distinction entre la famille et le travail et à clarifier les situations au fur et à mesure, sans accumulation.»
Le danger avec les entreprises familiales, confirme le professeur Cisneros Martinez, c’est que les frontières entre l’entreprise et la famille sont ambiguës. De la confusion des rôles – l’aîné qui ne veut pas s’en laisser imposer par le cadet par exemple – aux décisions d’affaires qui créent un conflit d’ordre familial, difficile parfois de trouver l’équilibre, explique-t-il.
Ce n’est pas toujours facile, acquiesce Penny Shuster. «Comme je suis avec mon mari 24 heures sur 24, il peut parfois être difficile de décrocher. Il faut avoir une relation très forte pour y arriver; nous sommes très chanceux sur ce plan.»
Des outils internet ont été développés ici pour les entreprises familiales et leurs dirigeants :
Du rêve à la relève : www.durevealareleve.com
Fondation des familles en affaires : www.businessfamilies.com
Canadian Association of Family Enterprise : www.cafecanada.ca