Les profs s'adaptent à la techno
À voir aller la chargée de cours Sorel Friedman, on pourrait presque dire qu’elle enseigne dans un monde parallèle, celui du Web 2.0. Son cours, Contemporary American Culture, est entièrement basé sur des outils et des logiciels liés à l’internet, comme iTunes U, YouTube et bien d’autres sites. Adeptes du crayon à mine, s’abstenir!
En prise directe pourtant avec la réalité, cette professeure d’anglais passionnée admet sans hésiter que «les outils de communication et le multimédia ont complètement changé [sa] façon d’enseigner».
Déjà, à ses débuts, en 1985, comme chargée de cours à l’Université de Montréal, elle tentait d’explorer de nouvelles avenues. Elle préférait ainsi enregistrer elle-même des émissions de radio ou de télévision, qu’elle faisait écouter en classe à ses étudiants plutôt que de se servir des livres et des cassettes audio où «étaient mises en scène des situations préfabriquées qui ne reflétaient pas la vraie vie».
Peu de temps après, l’avènement de l’internet et du multimédia est venu opérer une petite révolution dans sa vie d’enseignante : en renvoyant ses étudiants à des sites web, à des vidéos et à
des balados en lien avec le contenu de ses cours, elle libérait du temps en classe.
Approfondir ses connaissances
Les étudiants, eux, ont vite été invités à approfondir leurs connaissances. «Ce sont eux qui sont responsables de leur apprentissage», soutient Mme Friedman, qui a récemment reçu le prestigieux prix canadien 3M pour l’excellence en enseignement. Et, si une minorité d’entre eux avaient accès à l’internet il y a 10 ans, les étudiants n’ont désormais plus d’excuses! «Si quelqu’un manque le cours, il peut aller voir le matériel que j’ai mis sur le plan de cours virtuel, dit-elle. L’internet aujourd’hui, c’est comme avoir le téléphone.»
Lorsque la situation s’y prête, Sorel Friedman organise des soirées électorales de clavardage avec ses étudiants. Celle de 2000, qui opposait George W. Bush et Al Gore, a connu un vif succès.
Sorel Friedman insiste sur le fait qu’elle n’abandonnera pas la bonne vieille craie. Elle met la technologie à profit seulement lorsque celle-ci apporte réellement quelque chose. Et elle n’hésite pas à ressortir ses vieux Newsweek des années 60 ou ses Life Magazine pour que les étudiants puissent les feuilleter, les toucher. «Ça ne se trouve pas dans l’internet, note-t-elle. En revanche, j’ai pu
acheter un numéro de Life Magazine grâce à eBay!»
Dans cette mer d’informations, elle reconnaît que tous les étudiants ne s’y retrouvent pas toujours. «Certains se débrouillent très bien, d’autres sont mal à l’aise. Je me fais souvent demander « What’s important? » explique Mme Friedman. Mais je suis toujours là pour le soutien technique.»