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Sur la piste du «dopage scolaire»

Après les cyclistes du Tour de France et certains athlètes olympiques, ce sont les étudiants des universités qui sont pris en faute. De nombreuses études américaines, françaises et scandinaves confirment la tendance: les étudiants consomment des médicaments qui ne leur sont pas prescrits pour améliorer leur performance scolaire.

Parmi les substances concernées, le méthylphénidate, mieux connu sous le nom de Ritalin, a la cote, selon un sondage effectué en 2008 par la revue Nature. Un quart des répondants avaient déjà pris du Ritalin, du Provigil ou des bêtabloqueurs pour accroître leur concentration et leur mémoire. Qu’en est-il au Canada et au Québec?

«Chez nous, les données sur la consommation de Ritalin à des fins non médicales sont quasi inexistantes. Mais on a toutes les raisons de croire que le phénomène n’est pas différent», affirme Éric Racine, directeur de l’Unité de recherche en neuroéthique à l’Institut de recherches cliniques de Montréal et chercheur associé à la Faculté de médecine de l’Université de Montréal.

«L’une des rares études canadiennes sur la prévalence de l’usage non thérapeutique de stimulants a été réalisée dans les Maritimes», précise M. Racine. Les résultats de la professeure Chris­tiane Poulin, de l’Université Dalhousie, à Halifax, démon­trent que les taux de consom­mation chez les jeunes du secondaire étaient, en 1998, comparables à ceux de nos voisins du Sud : 8,5 % pour le Nouveau-Bruns­wick, la Nouvelle-Écosse, l’Île-du-Prince-Édou­ard et Terre-Neuve-et-Labrador, et 12,1 % aux États-Unis.

Au Québec aussi
Au Québec, un chercheur de l’Université McGill a mené en 2005 une enquête auprès d’étudiants qui avaient pris du Ritalin; il voulait connaître les motivations sous-jacentes à cette consommation pour des besoins autres que médicaux.

Conclusion : 30 % d’entre eux en prenaient ponctuellement pour étudier. Ils se les procuraient auprès d’une connaissance ayant une ordonnance.

Cette tendance, qui se dessine depuis une quinzaine d’années, préoccupe le professeur Racine, qui a voulu examiner les perspectives éthiques sur le sujet avec Cynthia Forlini, étudiante en bioéthique à l’UdeM. Pre­mière du genre, leur enquête confirme les craintes du chercheur : «Les pressions sociales décrites par les participants risquent de conduire à une acceptabilité éthique grandissante quant à l’utilisation du Ritalin pour augmenter les performances cognitives.»

Pilule de la performance
Quoique la majorité des gens se disent peu enclins à autoriser une telle consommation, l’étude révèle un paradoxe. Face à la pression sociale concernant la productivité, certains s’interrogent sur le statut même du produit. «Pourquoi le Red Bull est-il correct et pas le Ritalin?» a lancé un parent. Des boissons naturelles, présentées comme des «stimulants» de la mémoire, voire les bronchodilatateurs efficaces contre l’asthme et le méthylphénidate trouveraient ainsi grâce aux yeux de quelques-uns.

Plus ambivalents que les professionnels de la santé, les étudiants et les parents croient généralement que le recours au Ritalin à des fins non thérapeutiques relève d’un choix autonome et individuel. «C’est pareil pour quelqu’un qui décide de fumer», a affirmé un étudiant d’un groupe de discussion. Ils admettent toutefois que, de nos jours, les exigences liées à la performance placent les individus, particulièrement les étudiants des universités, dans une situation presque sans issue.

«Soumis à la double contrainte de performer tout en respectant leurs valeurs, les étudiants qui ne prennent pas de pilules se voient désavantagés comparativement aux autres», a signalé un professionnel de la santé. «Euh, je ne veux pas en prendre, mais je pense que je ne pourrai pas vraiment faire autrement si ça devient la norme», s’est inquiété un autre étudiant.

«Moi, j’en ai déjà pris pendant les semaines d’examen. Je devais étudier tard le soir pour réussir», a raconté un jeune homme dont l’expérience du Ritalin remonte au baccalauréat.

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