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Rosa, rosa, rosam…

Propos recueillis par Robert Laplante - Métro

Le latin a-t-il sa place dans l’enseignement secondaire et collégial? La question fait frémir ceux qui ont encore dans la tête certains souvenirs d’une leçon de latin si merveilleusement chantée par Jacques Brel dans Rosa, mais elle doit être posée. Mylaine Coté, candidate au bac en enseignement du français au secondaire, et Jean-François Cottier, professeur au Département des littératures de langue française de l’Université de Montréal et auteur de Profession latiniste, donnent leur point de vue.

» Oui

L’avis de Jean-François Cottier

Est-ce que le latin a sa place dans l’enseignement au Québec?
Un quotidien montréalais affirmait dernièrement que l’expression écrite était une des principales faiblesses des étudiants québécois. L’enseignement du latin permettrait de résoudre cette difficulté tout en abordant des thèmes comme l’histoire et la mythologie et en donnant lieu à une réflexion sur la langue. En Belgique et en Suisse, l’enseignement du latin et du grec se porte très bien, et en France, on l’utilise même comme moyen d’intégration à la société.

Est-ce que l’enseignement du latin pourrait correspondre à l’esprit de la réforme?

Il faudrait avant s’interroger sur la réforme et sur l’enseignement que nous désirons pour notre société. Est-ce qu’on veut une école qui forme les esprits, qui donne un savoir, ou une école qui informe les étudiants sur le quotidien, qui dispense un savoir partiel?

N’est-il pas utopique de souhaiter le retour du latin?
Pas du tout! Au contraire. Le latin a sa place, d’autant plus que les ressources matérielles et humaines sont là. Je ne comprends pas pourquoi le secteur privé l’enseigne et pas le public. Pourtant, son enseignement serait un geste logique, puisque le Québec se réclame de sa latinité pour affirmer sa spécificité.

» Oui, mais…
L’avis de Mylaine Côté

Est-ce que le latin a sa place dans l’enseignement au Québec?
C’est sûr qu’il a encore sa place. Mais est-ce qu’on a les ressources matérielles, financières et humaines pour l’enseigner? Et si le ministère de l’Éducation décide finalement de réintroduire le latin dans le cursus scolaire, ça va se faire au détriment de quelle matière?

Est-ce que l’enseignement du latin pourrait correspondre à l’esprit de la réforme?
La réforme met l’emphase sur un apprentissage signifiant pour l’étudiant, un apprentissage qui repose sur sa réalité. Or, il va être très difficile de rendre signifiant une langue morte qui ne lui servira à rien. Je suis d’accord pour l’apprentissage individuel du latin, mais de là à le rendre obligatoire pour tous, je ne sais pas. Je me vois mal enseigner le latin à des élèves du secondaire.

N’est-il pas utopique de souhaiter le retour du latin?
C’est possible dans les écoles privées, parce que leurs structures le permettent, mais dans le secteur public, c’est effectivement utopique. Le programme est hyper chargé et on a déjà du matériel pour remplir ce programme. Où pourrait-on placer l’enseignement du latin dans un tel contexte?

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