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Compliments empoisonnés

Photo: Archives Métro

Q: «Hier, je suis arrivé au bureau avec une auto neuve. Je suis passé à un modèle de luxe : sièges en cuir, stéréo de rêve, radio satellite, toit amovible. Un fantasme devenu réalité! Quand j’en ai parlé au bureau, mon patron a insisté pour sortir la voir. Dehors, il m’a chaudement félicité, puis m’a demandé combien ça représentait en crédit-bail chaque mois. Il semblait vraiment fier de moi. Tout comme lors de l’achat de mon dernier voyage ou de mon cinéma maison. C’est un type sympathique, n’est-ce pas?»

R:
S’il est une règle à retenir à l’égard de la vie et de son patron, c’est de ne jamais se peinturer dans un coin en se mettant à la merci de quelqu’un. Imaginons que vous décidiez, la semaine prochaine, de vous trouver un autre patron. Quel sera l’impact de ce nouvel achat sur votre capacité à passer à l’action? Se peut-il que vous vous retrouviez bien moins libre ce soir que vous ne l’étiez avant-hier? Comment ferez-vous face à vos mensualités si vous devez vivre deux ou trois se­maines sans salaire? Beaucoup de patrons adorent voir leurs employés s’endetter parce que, dans ce cas, ils perdent leur capacité à aller voir ailleurs. L’endettement constitue une prison dorée : vous avez certes la radio satellite et un toit ouvrant, mais vous venez de vous enchaîner à votre emploi. Vous voici condamné à dire non à tous les emplois, peut-être moins payants, mais combien plus emballants, qui risquent de croiser votre chemin. Ça n’est pas grave si vous aimez votre emploi, mais vous resteriez prisonnier si les choses dérapaient.

Voici donc le défi que je vous propose pour la prochaine année : constituez-vous un filet de sécurité couvrant quelques mois de dépenses afin de pouvoir vous libérer de votre em­ploi si la situation dégénérait au bureau. Ensuite, retenez-vous de piger dans ce magot ou de continuer à vous en­detter si cela vous enferme dans un carcan, aussi attrayant soit-il.

Les nécessiteux doivent dépendre des autres. Je con­nais des gens qui gagnent 200 000 $ par année et qui ne pourraient sauter une seule paye. Est-ce votre vision du bonheur? Dans ce cas, vous vous condamnez à de­voir plier l’échine quand on abusera de vous. Vous pourrez certes trouver réconfort dans des films tels que The Pursuit of Happyness ou Le fabuleux destin d’Amélie Poulin sur votre cinéma maison, mais il vous manquera quelque chose. La liberté.

Cessez donc de bomber le torse quand votre patron vous félicite de vous être mis d’autres obligations financières sur les épaules. Rendez-vous plutôt capable d’embrasser le monde et de profiter de tout ce qu’il a de beau à vous offrir.

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