Une intégration en deux volets
Depuis 2002, le ministère de l’Immigration et des Communautés culturelles, le MICC, propose des cours de francisation dans le cadre du Programme d’intégration linguistique pour les immigrants (PILI). Ce programme vise à favoriser l’intégration économique des nouveaux arrivants, mais doit aussi leur permettre «de comprendre les codes culturels, politiques, économiques du Québec, afin d’être en mesure d’exercer [leurs] droits et responsabilités de citoyen». Dans les faits, comment prépare-t-on ces nouveaux arrivants à devenir des citoyens?
Au MICC, la responsable des communications Anne-Frédérick Laurence rappelle d’abord que «l’intégration socio-culturelle n’est pas l’objectif principal des cours, qui visent avant tout l’intégration à l’emploi.» Ça ne veut pas dire que la culture québécoise est absente. Prenons l’exemple de la littérature : «Dans les cours de connaissance du Québec, l’étudiant est en contact avec des textes à caractère littéraire signés Yves Beauchemin ou Michel Tremblay, rapporte Mme Laurence. Et certains exercices incluent des biographies d’auteurs québécois comme Maire-Claire Blais et Dany Laferrière.»
Le président du Regroupement des organismes de francisation du Québec (ROFQ), Hassan Hassani, confirme que les professeurs, recrutés par le ministère, accordent la priorité aux enseignements pratiques et quotidiens, permettant notamment de chercher un médecin, une école, ou se loger… L’homme est également directeur de La Maisonnée, l’un des organismes regroupés sous la bannière du ROFQ. Les cours de francisation, dirigés par Hector Osorio, y sont divisés en quatre niveaux. «Les niveaux 1 et 2 regroupent les débutants, qui ont un vocabulaire limité et des difficultés de compréhension, rapporte ce dernier. Aux niveaux 3 et 4, les étudiants ont de meilleures connaissances, et nous les encourageons vivement à lire des journaux et des magazines pour prendre connaissance de la réalité quotidienne et de la culture québécoise. Certains organismes font également le tour des classes pour parler aux étudiants de sujets de société.»
Des sorties sont aussi organisées. Hector Osorio évoque par exemple la visite du parlement de Québec qui, raconte-t-il, permet de «parler de la démocratie, de se demander comment elle fonctionne, comment elle s’exprime.» Ou encore la découverte de la Grande Bibliothèque?(BAnQ). «L’accueil des nouveaux arrivants est l’une de nos grandes missions, commente Guy Berthiaume, PDG de la BAnQ. Entre autres, nous proposons des Heures du conte en cinq langues et des collections adaptées.»
Autre initiative que l’on doit aux Amis de la BAnQ : des groupes de discussion qui réunissent régulièrement depuis janvier une vingtaine de personnes. L’occasion de pratiquer la langue, mais aussi de confronter les cultures. Selon Guy Berthiaume, il y aurait d’ores et déjà une longue liste d’attente. À La Maisonnée, Hector Osorio vante l’intérêt de ces groupes de discussion. «Nous lançons des sujets-chocs, comme l’avortement. Les différences culturelles incitent les étudiants à en débattre, puis à se renseigner.» Toutefois, ajoute-t-il, «le plus important est d’être capable de se débrouiller en français, d’être autonome. Ensuite, c’est à l’étudiant de compléter la démarche.»
Intégrer les langues
L’apprentissage du français est une étape indispensable. Toutefois, il ne faut pas négliger la richesse linguistique des nouveaux arrivants, soutient la professeure à la Faculté des Sciences de l’éducation de l’UdeM, Françoise Armand. L’universitaire, qui rappelle qu’on parle 217 langues à Montréal, promeut une approche d’éveil aux langues au niveau préscolaire et primaire.