Formation et emplois

Cinq leçons à tirer de la pandémie, selon les professionnels des RH

Télétravail généralisé, conversations virtuelles, gestion à distance. La pandémie a frappé de plein fouet les organisations, les gestionnaires, les employés. Mais quelles leçons peut-on tirer de la pandémie pour mieux faire face à l’avenir, selon les RH?

Prendre soin de soi. Mieux communiquer nos émotions. Faire place à l’humain.

Manon Poirier, directrice générale de l’Ordre des conseillers en ressources humaines agréés du Québec (CRHA), en est persuadée: ces nouvelles réalités vont perdurer et teinter durablement les pratiques. 

«Si la pandémie avait duré deux mois, on serait peut-être tous retournés à nos bonnes vieilles habitudes, dit-elle à Métro, mais maintenant j’ai bon espoir que les changements positifs vont être durables.» 

C’est dans ce contexte que l’Ordre des CRHA a mené un grand exercice de réflexion afin de tirer des apprentissages de l’expérience des derniers mois. 

Alors, que faut-il en conclure?

Première des cinq leçons des RH en temps de pandémie: les gestionnaires et les employés se sont rapprochés, en pénétrant chacun dans la sphère privée de l’autre. 

«C’est une chose de savoir que nos employés ont des enfants, puis de voir ou d’apercevoir ces enfants. On a davantage pris conscience des responsabilités familiales au sein des équipes.» -Manon Poirier, présidente des CRHA 

Selon le constat des RH, confiance, empathie et personnalisation sont donc des approches à conserver. Le gestionnaire pourrait même, dans l’avenir, être davantage valorisé pour ses qualités humaines que pour sa simple expertise. 

Le télétravail, entre ombre et lumière

Deuxième leçon: si le télétravail a de nombreux avantages, dont celui de la flexibilité, il vient quand même avec quelques revers. 

«Le danger du télétravail, ce sont les heures de travail et l’hyperconnectivité. Même si l’on n’y est pas obligé, on peut se retrouver connectés à toute heure du jour et du week-end.» -Manon Poirier, présidente des CRHA 

Les RH soulignent en outre les risques de l’isolement et des conséquences sur la santé mentale. Mais aussi de la difficulté à maintenir des relations de qualité entre collègues. 

«Le défi est très important en matière de culture organisationnelle. Comment intégrer un nouvel employé à distance? Le danger aussi est peut-être de perdre le sentiment d’appartenance au groupe qui donne du sens au travail, et maintient la motivation», explique Mme Poirier. 

Cela nous amène à la troisième leçon: l’importance de la santé psychologique. 

Une chose est certaine, la pandémie a contribué à faire tomber des tabous en la matière, explique la présidente. 

Aujourd’hui, les gens sont plus ouverts qu’avant de parler des enjeux qu’ils peuvent rencontrer au quotidien, dit-elle. Et c’est là que les gestionnaires peuvent également se montrer présents, en partageant des capsules, ou encore en soulignant l’existence d’un programme de soutien. 

La clé de la réussite: la communication

Quatrième leçon: une communication récurrente est essentielle. 

Selon les RH, la communication s’est révélée cruciale en temps de crise. Écoute, maintien du dialogue, circulation claire de l’information: les organisations doivent miser sur la transparence et la régularité, selon eux. 

Pour ce faire, le numérique a bien entendu un rôle essentiel à jouer. La pandémie a d’ailleurs mis en lumière «le dangereux retard» des organisations du Québec sur le plan du virage numérique, constatent les RH. 

«Les organisations qui s’en tirent le mieux sont celles qui ont misé sur la communication, et qui ont maintenu une affiliation avec leur équipe. Et ce, même quand ils ont dû temporairement mettre à pied du personnel.» -Manon Poirier, présidente des CRHA 

Et maintenant?

Dernière des leçons à tirer de la pandémie, selon les RH: il faut être tournés vers le futur, et l’inconnu. 

Pour les RH, puisqu’on ne peut pas prédire de quoi demain sera fait, le mieux est encore de miser sur l’agilité, la polyvalence, l’adaptabilité; des qualités qu’on aura pu acquérir en temps de crise. 

Toutefois, la mise en place d’un «plan de contingence» n’est pas non plus à négliger, précisent-ils. Et ce, afin de prévoir les risques de turbulence. Ce que peu d’entreprises avaient fait avant la crise, selon eux. 

 «Une telle réflexion en amont permet une rapidité d’action dès le départ ainsi qu’un état de contrôle chez les dirigeants, estiment-ils dans leur dossier. Et cela se traduit par un sentiment de confiance auprès des équipes.»


Formation et emplois

Télétravail: «J’ai peur de perdre le contrôle!»

Gérer le télétravail nécessite de s’adapter, tant du côté des salariés que des gestionnaires. Pour ces derniers, la marche peut parfois être haute. Entre autres, il faut déléguer, faire confiance et accepter de perdre l’emprise sur le travail quotidien de ses employés. Certains vivent cela difficilement, d’autres non.

Le gestionnaire doit adapter son style de gestion au télétravail et revoir ses méthodes et ses priorités. «À distance, c’est futile de croire qu’on pourra gérer les heures et la présence des salariés», explique Noémie Ferland-Dorval, conseillère aux affaires publiques, à l’Ordre des conseillers en ressources humaines agréés du Québec (CRHA).

De son côté, Yanik Deschênes, directeur des relations publiques chez Sid Lee estime que la confiance en les gens est primordiale: «Quelle importance si le travail est fait entre 8 à 5 ou durant la soirée, pourvu qu’il soit fait?»

Il s’est adapté à la situation, un jour à la fois.

Premièrement, explique-t-il à Métro, il a fallu gérer l’inconnu de la première vague, l’incertitude des employés et des clients. Puis vint l’habituation au télétravail, où «on réalise que la terre n’arrêtera pas de tourner», et finalement, l’essoufflement, à l’aube d’un automne qui s’annonce difficile. Tout au long de ces phases, il faut demeurer productif, rassurer employés et clients sur la suite de choses. C’est pourquoi, estime-t-il, que la confiance est primordiale.

Valeur ajoutée aux rencontres

Avec le travail à distance, il faut repenser les moments où les équipes seront réunies au bureau puisque ces occasions seront plus rares. Il faudrait qu’elles soient à valeur ajoutée, car l’expérience a montré que chacun peut très bien faire le travail, derrière son ordinateur, depuis sa résidence. Donc quand tout le monde est réuni au bureau, ce sera le bon moment pour des rencontres d’équipe pour aborder des questions délicates ou stratégiques par exemple.

«Les entreprises plus réfractaires au télétravail ont vu, grâce à leur expérience, moins d’enjeux au niveau de la production qu’elles ne le pensaient de prime abord», relate Mme Ferland-Dorval.

Et cela a pu rassurer les patrons, surtout ceux de type microgestion qui ont besoin de tout savoir et de tout voir pour se sentir en contrôle, bien en selle aux commandes. C’est le cas de celui que nous appellerons Monsieur B., qui, pour des raisons évidentes, accepte de nous parler à la condition que nous taisions son identité et le nom de l’entreprise qu’il dirige.

«Au début, j’ai eu peur de perdre le contrôle de mon équipe, dit-il en toute humilité. Peur qu’ils volent du temps, qu’ils ne travaillent pas autant que lorsqu’ils sont au bureau où je peux mieux les surveiller du coin de l’œil.»

Mais à sa grande surprise, au-delà de sa propre incertitude, la terre n’a pas arrêté de tourner et le travail a été effectué comme lorsque l’équipe était présente dans leurs bureaux du centre-ville de Québec. «Cela m’a rassuré», avoue-t-il.

Monsieur B. devra probablement revoir ses priorités, ses méthodes, car le télétravail pourrait devenir une tendance lourde.

«On a sondé nos professionnels en ressources humaines et les trois quarts prévoient élargir les mesures de télétravail par rapport à avant la pandémie», indique Mme Ferland-Dorval.

«Le télétravail sera nécessairement un legs de la pandémie, croit l’Ordre. La tendance semble être là pour rester, mais peut-être pas à cinq jours par semaine. Plusieurs formules pourraient émerger une fois la pandémie maîtrisée bien que celles-ci soient encore à définir pour le moment.»

Défis du gestionnaire face au télétravail

  1. Soutenir la poursuite des échanges informels.
  2. Prendre le pouls de l’équipe et procéder à des changements si nécessaire.
  3. Lancer des initiatives favorisant l’entraide, comme un fil de discussion sur une plateforme collaborative.
  4. Recréer des moments de socialisation pour briser l’isolement de l’équipe.
  5. Demeurer à l’affût des difficultés éprouvées par l’employé à distance.
Source : Ordre des conseillers en ressources humaines agréés du Québec (CRHA)

Formation et emplois

Zut, j’ai raté mon entrevue sur Zoom!

Disons-le d’emblée: passer une entrevue, c’est stressant. Et le faire par Skype, FaceTime ou Zoom ajoute une petite couche de nervosité à un processus déjà anxiogène. Existe-t-il des éléments qui permettent de se démarquer, même par Zoom?

«J’ai complètement raté mon entrevue sur Zoom», avoue Sophie à Métro, qui souhaite taire son nom de famille, car elle n’est pas très fière de sa performance lors de cet entretien raté et parce que son patron n’est pas au courant de ses recherches d’emploi. Le climat de travail à son bureau, qu’elle qualifie de «toxique», a eu raison de son désir de poursuivre sa carrière chez cet employeur.

Préparation adéquate

Ce que cette secrétaire aurait dû savoir, c’est qu’il faut se préparer pour une entrevue virtuelle comme il lui aurait fallu le faire pour une entrevue en personne et qu’elle ne pourrait pas compter sur l’éventuelle «chimie» qui s’installe parfois durant une entrevue d’embauche en personne.

«C’est spécial de faire une entrevue par Zoom, affirme-t-elle après un recul de quelques jours. C’est intimidant, en fait!»

L’entrevue a été réalisée par trois personnes, dont deux avec lesquelles Sophie aurait travaillé au quotidien, et une experte des ressources humaines. Deux d’entre elles portaient le couvre-visage. «Avec leur masque, ce n’était pas facile de déchiffrer leurs expressions verbales… J’aurais pu m’ajuster selon ce que je voyais sur leur visage, mais ça n’a pas été possible, car rien ne filtrait. C’était difficile de faire abstraction des masques, finalement», poursuit Sophie, encore un peu ébranlée par cette expérience qu’elle qualifie de traumatisante.

Niveau de stress

S’il y a peu de choses à faire concernant le facteur «masque» de l’entrevue par webcam, on peut aider le candidat pour ce qui est du côté technologie du processus, selon Sylvie Vallières, du Service d’aide à l’emploi de l’Est, qui a elle-même procédé à deux embauches à la suite de quelques entrevues faites par Zoom ces dernières semaines.

«Il y a des moyens de réduire le stress pour le candidat, de lui faciliter la tâche. Au Service d’aide à l’emploi, par exemple, on a fourni aux candidats un lien direct. Out, les numéros de la réunion à plusieurs chiffres et les codes d’accès qu’il faut entrer dans l’énervement vu que c’est nouveau! En cliquant sur le lien, la personne arrive directement à l’entrevue, ce qui réduit l’anxiété des candidats», explique Mme Vallières.

Afin d’éviter l’effet Larsen (rétroaction acoustique se produisant lorsque le haut-parleur et le microphone d’un système audio sont placés à proximité l’un de l’autre), il vaut mieux porter un casque d’écoute. Ainsi, le recruteur ne s’entendra pas parler.

«En personne, c’est sûr que les choses auraient été différentes, croit Sophie. Normalement, on voit la personne qui nous passe en entrevue, mais dans ce cas-là, non, rien, le néant. Assis autour d’une table, tu peux voir les réactions. Il y une chimie qui peut s’installer. Mais avec Zoom, là, rien. Je n’ai pas trippé là-dessus», résume Sophie.

Elle a pensé au décor, avait choisi un mur neutre, avait rangé son bureau. Sans le savoir, elle a mis en pratique une des clés de l’entrevue Zoom: surtout ne rien mettre qui pourrait distraire les intervieweurs de votre propos.

Quant aux entrevues faites par Mme Vallières, toutes ont été très professionnelles: pas de cadres dérangeants, ni de chien qui arrive inopinément dans le décor ou de mari sous la douche en arrière-plan, comme c’est arrivé à cette journaliste durant un tutoriel. Le seul regret de Mme Vallières est qu’avec ce processus, les candidats ne peuvent voir leur futur environnement de travail.

Avec la pandémie, il se pourrait que les interviews se déroulent de plus en plus à distance. Et pour les chercheurs d’emploi qui restent loin, c’est pratique et économique.

«Bref, j’ai raté cette fois-ci, mais à ma prochaine [entrevue Zoom], je saurai comment procéder», assure Sophie.

Si vous voulez tout savoir, elle n’a pas décroché l’emploi pour lequel elle avait postulé.

Mettre toutes les chances de son côté pour une entrevue Zoom

  • faire un essai pour vérifier le bon fonctionnement de son équipement;
  • opter pour une connexion internet stable et sécurisée;
  • désactiver ses notifications pour pouvoir rester concentré;
  • fermer son cellulaire;
  • choisir une tenue appropriée, on oublie les vêtements mous;
  • s’éloigner de pitou et des membres de sa famille en arrière-plan;
  • s’installer dans une pièce bien rangée, à l’éclairage suffisant;
  • s’assurer que sa caméra soit stable et ne montre pas ses narines en contre-plongée;
  • établir un contact visuel avec l’intervieweur;
  • se pratiquer avant le jour J.

Source: VidCruiter