La Fondation de l’Hôpital de Montréal pour enfants (le Children) a lancé cette semaine un grand appel aux dons. Cette campagne, intitulée «Longue vie aux tannants !», s’éloigne de ce qui est proposé habituellement dans le domaine de la santé. Analyse.
En entrevue avec Métro, Renée Vézina, présidente de la Fondation du Children, ne pourrait pas être plus enthousiaste de lancer sa campagne «Longue vie aux tannants!».
«Un enfant tannant est un enfant en santé, explique-t-elle. On a parlé avec des parents, des médecins. On voulait quelque chose qui vienne frapper l’imaginaire des Québécois et qui se concentre sur l’aspect positif de la guérison.»
D’autant qu’il s’agit de la première campagne solo en 28 ans pour le Children. Et celle-ci a un objectif sans précédent: amasser 200 M$ pour soutenir l’innovation en recherche pédiatrique, en soins de santé et en enseignement.
«Les médecins nous le disent: si les enfants sautent sur les sofas dans les salles d’attente, ça veut dire qu’ils ne sont pas si malades! (Rires)» -Renée Vézina, présidente du Children
Santé et dons, un univers très compétitif
S’il est aussi essentiel de se démarquer dans le domaine philanthropique en santé, c’est que la compétition est féroce. Il y a beaucoup de fondations pour enfants, indique Mme Vézina.
Il fallait donc quelque chose «qui touche droit au cœur», dit-elle.
Pour Caroline Lacroix, experte en communication marketing et professeure à l’UQAM, la stratégie déployée est excellente. Et ce, grâce à un insight «fort», dit-elle, c’est-à-dire en jargon marketing: la capacité à venir toucher les croyances ou les attitudes d’un consommateur.
«Plus une personne va être interpellée, plus elle va être engagée. Et donc, plus elle va avoir l’intention de faire un don.» -Caroline Lacroix, experte en communication marketing
L’experte estime également que la campagne se distingue de ce que l’on voit habituellement en santé où l’accent est plutôt mis sur la manière dont on va améliorer la condition de la personne.
«Alors qu’ici, ça montre c’est quoi un enfant. S’il est tannant, il est en santé. Ça touche une corde chez tous les parents. Moi-même, étant mère, la vidéo est venue me chercher», explique-t-elle à Métro.
Un fort potentiel de portée virale
Même son de cloche du côté de Daniel Lépine, président de Lépine Marketing. Pour cet expert, les vidéos sont un excellent moyen d’entrer en contact avec les gens sur le plan émotionnel.
«Je crois que cette vidéo a le potentiel d’avoir une belle portée virale. L’émotion, surtout l’humour, est un grand moteur de partage social.» -Daniel Lépine, expert en marketing
S’il aurait quand même un peu raccourci le segment triste et dramatique, M. Lépine ne peut que saluer la «montagne russe d’émotions» que fait vivre la vidéo en deux minutes et demie.
«J’aime beaucoup le choix d’une petite fille énergique et moins stéréotypée pour jouer le rôle principal. On s’attache rapidement au personnage, ce qui ne peut qu’être bénéfique pour la cause», estime-t-il.
Selon lui, le concept est fort et parle aussi bien aux parents qu’au reste du monde, puisque tout le monde connaît un enfant «tannant» et peut faire des associations et des liens dans sa propre vie.
Est-ce que cela suffira pour que les dons abondent? Cela reste à voir.
«Aujourd’hui, on le sait: ça prend de la répétition, dit M. Lépine. Il faut voir quelque chose de 7 à 10 fois pour que les gens passent à l’action.»
La Tablée des Chefs lance Les Cuisines Solidaires, un projet visant à produire plus de 800 000 repas pour les Banques alimentaires du Québec (BAQ).
La crise de la COVID-19 a durement frappé les organismes communautaires, certains ont même dû fermer leurs portes par manque de ressources. Afin de nourrir ceux qui en ont besoin, Jean-François Archambault, fondateur et directeur général de La Tablée des Chefs, s’est mis en action. En moins d’une semaine, il a mobilisé de nombreux partenaires, reçu des confirmations de chefs des quatre coins de la province et l’appui de plusieurs acteurs de l’industrie agroalimentaire.
«Jean-François Archambault a réussi en une semaine à aller chercher de l’argent et 500 tonnes d’aliments frais qu’on va transformer en plats préparés pour les banques alimentaires du Québec.» Stefano Faita, porte-parole de Les Cuisines Solidaires
«En voyant les impacts graves de la crise dans nos communautés, nous avons cherché une façon d’aider les gens et imaginé une grande implication de chefs et d’acteurs du secteur agroalimentaire. La réponse à notre appel a été immédiate», affirme Jean-François Archambault dans un communiqué.
Les chefs engagés
Se joignent à Stefano Faita et Caroline McCann, les porte-paroles du projet, John Winter Russell, Jérôme Ferrer, Frédéric Cyr, Baptiste Peupion, Mario Martel, Éric Gonzalez, Yves Lowe et Ricardo Larrivée. À compter du 13 avril, ils mobiliseront leurs équipes, rouvrant pour certains les cuisines de leurs restaurants, fermées à cause de la crise.
«Dès cette semaine, nous retournons en cuisine pour tout mettre en place. À partir du 13, des repas vont être livrés aux banques alimentaires pour une durée de trois semaines, explique le chef et porte-parole Stefano Faita. Ça se peut que ça continue au-delà de trois semaines. Ça change tous les jours, on va s’adapter à la situation», ajoute le propriétaire de quatre restaurants montréalais.
Gagnant-gagnant
Pour chaque repas préparé, 1 $ sera versé aux établissements participants pour rémunérer les cuisiniers et leurs brigades, qui étaient, pour plusieurs d’entre eux, sans emploi depuis la fermeture des restaurants.
«Le fait que La Tablée des chefs verse 1 $ aux restaurateurs pour chaque repas me permet de ramener des membres de mon staff en cuisine. Ça fait trois semaines qu’ils sont à la maison et qu’ils veulent sortir et cuisiner. Ils trippaient lorsque je les ai appelés pour leur proposer d’embarquer. Et je trouve ça le fun d’inspirer mon équipe à faire quelque chose pour la communauté», affirme M. Faita.
Les ressources nécessaires
Un projet d’une telle envergure n’aurait pu voir le jour sans le soutien de gros joueurs: Ivanhoé Cambridge prêtera les cuisines de ses propriétés Fairmont le Reine Elizabeth et Fairmont le Château Frontenac pour assurer la production des plats. Plusieurs groupes de restauration ont aussi confirmé leur participation, dont Les rôtisseries St-Hubert, Le Groupe Sportscene, les Canadiens de Montréal (Groupe CH) et les restaurants Normandin.
D’autres partenaires mettent également la main à la pâte en contribuant par des dons pécuniaires, de matériel ou d’aliments tels La Fondation Chopin-Péladeau, Québecor, IGA ainsi que le Fonds d’urgence de Centraide, du gouvernement du Québec et des Banques alimentaires du Québec et quelques autres.
Victor Piché, expert en immigration et ancien chroniqueur à Métro vient de publier un recueil de ses chroniques «Parlons immigration» dans la dernière publication de l’Association d’études canadiennes, Diversité canadienne. Le numéro «Parlons immigration: au-delà des mythes» déboulonne plusieurs idées reçues sur les questions migratoires. Pendant 40 ans, ce chercheur associé à la Chaire sur le droit international à l’Université de McGill s’est penché sur le sujet le plus épineux de l’heure. Rencontré aux bureaux de Métro, il fait le point pour nous sur quelques mythes.
Victor Piché (Photo: Courtoisie)
L’immigration terroriste
D’après Victor Piché, l’immigration terroriste est l’un des plus grands mythes portant sur l’immigration. «Les grands mouvements terroristes qu’on a vus dans le passé, dans beaucoup de cas, c’était des gens nés sur place qui étaient responsables de ces attentats», note-t-il. Les ressortissants nationaux se sont souvent radicalisés sur place, ajoute-t-il.
Selon le chercheur, la menace est plutôt interne et provient de la radicalisation. «Malgré l’absence démontrée de liens, le discours «sécuritaire» domine largement les discussions politiques autour de l’immigration», écrit-il dans sa chronique sur le mythe de la crise migratoire. Il estime qu’on fait souvent peur aux gens avec les discours portant sur la sécurité nationale.
Moins d’immigrants pour une meilleure intégration économique
Au cours de la dernière campagne électorale, les discours laissant entendre qu’il faut moins d’immigrants pour mieux en prendre soin circulaient abondamment dans les partis politiques, remarque M.Piché. Mais d’après plusieurs études, ce n’est pas le nombre d’immigrants qui est un facteur de «non-intégration».
Cela serait davantage lié à des facteurs structurels, en particulier l’évolution du marché du travail et la discrimination, explique-t-il.
Les voleurs de «jobs»
«Ça fait 35 ans qu’on étudie ça. L’effet sur les emplois des natifs, il n’y en a pas. Au contraire, il y a même des études qui démontrent que ça permet même à des natifs d’améliorer leur situation. La main-d’œuvre immigrante est souvent complémentaire, il n’y a pas d’effet de substitution», dit le chercheur.
Selon Victor Piché les immigrants ont plus tendance que les natifs à créer leur propre emploi. «Non seulement les immigrants ne sont pas des voleurs de jobs, mais ils créent souvent leur propre emploi et créent même de nouveaux emplois pour les natifs et viennent combler des pénuries dans des secteurs où il est difficile de trouver des travailleurs nationaux», fait-il valoir dans l’une de ses chroniques.
La menace identitaire
D’après M.Piché, le français n’est pas menacé au Québec. «Évidemment, il y a beaucoup de bilinguisme à Montréal. Mais les francophones qui viennent ici et qui sont unilingues, ils n’ont pas de difficulté à se trouver un emploi», plaide-t-il. Le chercheur considère que nous sommes loin du déclin de la langue française au Québec.
Les mythes difficiles à détruire
«Les mythes sont très difficiles à détruire. J’ai déjà eu des débats avec des gens où je présente des chiffres et ils disent qu’ils n’y accordent pas d’importance, c’est alarmant», déplore l’ancien chroniqueur de Métro. Il faudrait donc que le travail des chercheurs portant sur ces questions soit beaucoup plus à la portée de la population, conclut M.Piché.
En tapant la phrase «manger seul au restaurant» dans l’internet, vous verrez apparaître une panoplie d’articles donnant des conseils pour manger en solitaire sans gêne.
Métro s’est posé la question: pourquoi ne peut-on pas manger seul au restaurant sans que cela soit perçu comme un problème? Pour y répondre, notre journaliste s’est rendue au restaurant Miel, sans livre, ni journal, ni appareil mobile afin de profiter à 100% des joies de la gastronomie en solitaire. Elle nous fait part de son expérience.
Réservation
Ça y est, la décision d’aller manger dans un bon restaurant sans être accompagnée est prise! Encore faut-il réserver une table. Dès l’instant où vous décrochez le téléphone et mentionnez à l’hôtesse que c’est une réservation pour une personne, un sentiment de gêne fait surface.
Selon Marie-Chantal Doucet, sociologue et professeure à l’École de travail social de l’UQAM, une norme est à l’origine de ce sentiment de malaise. «Dans les sociétés contemporaines, il y a une règle sociale établie nous dictant qu’il faut être accompagné au restaurant, explique-t-elle. De façon générale, on ne se vante pas d’être seul, il faut avoir des amis et une vie sociale active, alors le fait d’étaler sa solitude au su et au vu de tous dans un restaurant transgresse cette norme», ajoute la sociologue.
L’arrivée
Une fois accueillie par l’hôtesse, il faut prendre place. Au bar ou à une table? Le bar est plus animé, la cuisine y fait souvent face et il y a presque toujours un membre du personnel derrière pour croiser votre regard et vous parler. Le bar ce sera, alors!
Au restaurant Miel, c’est effectivement disposé ainsi; le chef Hakim Chajar se retrouve donc face à moi, où je peux le regarder cuisiner les petits plats qui me seront servis.
L’arrivée au restaurant est assez facile à supporter, car on est reçu par l’hôtesse, le sommelier vient nous proposer les alcools de la soirée, et il faut aussi faire son choix de menu et en faire part au serveur. À ce moment, la fébrilité liée au fait d’être dans un bon restaurant est trop présente pour sentir la gêne s’installer. Mais ensuite… on regarde autour.
«Curieusement, dans les grandes villes, il y a un nombre effarant de personnes qui vivent seules, et c’est intéressant de constater, en allant en solitaire au restaurant, que personne d’autre ne le fait, surtout pas les femmes, précise Mme Doucet. Dans d’autres contextes, au cinéma par exemple, on peut apercevoir des gens seuls, terrés dans la noirceur, à l’abri des regards, mais dans un restaurant, en pleine lumière, c’est trop gênant, et cela attire les regards et les questionnements des autres», approfondit-elle.
«Le fait de manger seul au restaurant transgresse la morale de l’alimentation définie dans les sociétés contemporaines.» – Marie-Chantal Doucet, Ph. D en sociologie, professeure à l’École de travail social de l’UQAM
Le regard d’autrui lorsqu’on est seul
En effet, lorsque les autres clients du restaurant ont pris conscience que je n’attendais personne, que je sirotais mon verre de Songe de Sévigné d’un rosé très clair, aux parfums de pêches et d’agrumes en solitaire, ils se sont sentis attristés pour moi. Ce sentiment de pitié et de désolation était facile à percevoir; leurs regards le trahissaient ostensiblement.
Pour la majorité des individus, «le regard social posé sur la solitude est difficile à supporter», affirme Marie-Chantal Doucet.
Le plaisir des sens
«La nourriture, c’est rassembleur, ça se partage.» Bien sûr, mais pas seulement! Cette expérience sociologique s’est rapidement transformée en aventure gastronomique des plus sensitives. Lorsque le chef Chajar m’a fait servir son plat de betteraves fumées au sabayon d’huîtres, tous mes sens étaient en émoi.
Je ne me suis pas contentée d’apprécier ma première bouchée, pour ensuite continuer la conversation avec mon invité; j’ai joui de chacune d’elles en les décortiquant afin de percevoir toutes les subtilités du plat.
Et cet éveil ne se limite pas aux alcools et à la nourriture. Tandis que je prenais plaisir à sentir les effluves d’écorce d’orange et de fleurs blanches de mon chablis Clotilde Davenne, mes yeux scrutaient les environs. Le bois du bar, les luminaires, les portes anciennes, les tableaux… Le jeune couple qui s’ennuie, le groupe d’amies qui profitent bruyamment de la soirée, les serveurs courant dans la salle en tentant d’offrir un bon service, les entrées et les sorties des clients, les visages qui défilent, le cuisinier concentré sur sa tâche, le plongeur grattant minutieusement la vaisselle et le chef qui crée ses plats comme dans une danse au cœur de sa cuisine.
Manger seul au restaurant, c’est tout ça! C’est porter attention au monde dans lequel on vit et réussir à l’apprécier pour ce qu’il est, du moins le temps d’un bon repas…
Plats dégustés lors de l’expérience Nouveau menu d’automne du chef Hakim Chajar
Serrano vieilli 18 mois au beurre noisette
Maitakes grillés, épices de merguez, yogourt au citron confit, pita frit, salade de concombre
Un plat parfaitement réussi! Le champignon charnu et spongieux absorbe les parfums des épices maghrébines et le yogourt au citron confit balance le tout par sa texture onctueuse et sa touche acidulée et salée. D’origines marocaine et espagnole, le chef Chajar offre le meilleur de son art en intégrant sa culture et son essence à ses plats.
Betteraves fumées, gel de betteraves, tuile de sarrasin, sabayon aux huîtres, moutarde marinée et huile d’argan
Que dire de plus que «quelle bonne idée de faire fumer des betteraves»? Leur saveur est quintuplée, et l’ajout du filet de sabayon d’huîtres est, selon moi, de la créativité culinaire parfaitement accomplie.
Chou-fleur césar, chorizo, anchoïade, croûtons, tuiles de parmesan
La cuisson de la crucifère est parfaite et l’anchoïade (spécialité de la cuisine provençale faite à base d’anchois, de câpres, d’huile d’olive et d’ail) est équilibrée; elle rehausse à merveille les saveurs neutres du chou-fleur sans être trop appuyée par l’anchois.
Poitrine de canard de Sainte-Pie, beurre de panais, prune compressée au gingembre, miel au yuzu, duxelles, crumble de céréales et de noix
Les douces saveurs de la poitrine de canard sont mises en évidence à chaque bouchée grâce au parfait équilibre «acide, sucre, épice» de la compotée de prune au gingembre. La viande est rosée et, malgré le fait qu’elle est moins grasse qu’un magret, elle fond en bouche. Un beau plat d’automne!
Serrano vieilli 18 mois, beurre noisette
Cette assiette m’a été servie à ma demande. Le jambon espagnol était là, sur le comptoir. Je l’ai contemplé toute la soirée, impossible de ne pas en vouloir une tranche! Le fait de le servir avec un beurre noisette et des morceaux de focaccia grillés au romarin rend l’expérience décadente!
Cheese-cake déconstruit au chocolat blanc, sorbet aux griottes
Une finale sucrée tout en élégance! Accompagné d’un verre de porto blanc, ce dessert a couronné cette sublime expérience gastronomique/sociologique.
Et pour amener un peu de légèreté et d’amusement à votre expérience, visionnez la capsule vidéo How to EAT ALONE and not be scared du blogue mtl food snob avant de vous rendre au restaurant. La blogueuse An Tran vous fera rire aux éclats en plus de vous donner des trucs et des astuces rigolotes afin de vous lancer.
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