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PDG de H&M : «Nos mannequins étaient trop maigres»

Photo: UB

Le PDG du détaillant de prêt-à-porter H&M, Karl-Johan Persson, parle des mannequins anorexiques, des marques de luxe et des travailleurs du secteur du textile au Bangladesh.

Les choses vont à merveille pour Karl-Johan Persson, le jeune et beau PDG de H&M : en dépit de la récession, son entreprise de prêt-à-porter chic et abordable s’en tire bien. Cependant, l’effondrement récent d’une usine de textile au Bangladesh a placé H&M sous les projecteurs, et ce, même si le détaillant n’entretenait aucun lien d’affaires avec l’usine. Entrevue exclusive.

La récession a-t-elle fait mal à H&M ou vous a-t-elle profité en vous amenant des consommateurs qui recherchaient des vêtements moins chers?
Quand l’ensemble du marché de l’habillement ralentit, H&M est également affectée. Cependant, je crois que plus de gens découvrent H&M dans des périodes comme celle-ci, parce qu’ils réfléchissent plus sérieusement à leurs achats. Ils veulent quelque chose de beau et de bonne qualité à un prix abordable, et c’est ce qu’offre notre entreprise.

Les marques chères sont-elles des sources d’inspiration?
Elles peuvent être une inspiration sur le plan du design. Nous avons d’ailleurs collaboré avec plusieurs grands designers, notamment avec Karl Lagerfeld et Viktor & Rolf. Toutefois, pour ce qui est du rapport qualité-prix, je dirais que ces marques ont des marges très importantes.

Les mannequins anorexiques suscitent de vifs débats en ce moment. H&M ne devrait-elle pas faire appel à davantage de mannequins plus en chair?
Sur cette question, nous avons une immense responsabilité. Nous sommes une grande entreprise, beaucoup de gens nous connaissent et nous faisons beaucoup de publicité. J’estime que nous n’avons pas toujours bien agi. Certaines des mannequins avec qui nous avons travaillé étaient trop maigres. C’est quelque chose que nous nous employons à corriger. Nous souhaitons montrer la diversité dans nos publicités. Et je crois que nous y parvenons : nos mannequins proviennent de différents groupes ethniques. Je tiens à ce que les mannequins qui participent à nos campagnes aient l’air en santé. Certaines filles sont trop minces, voire carrément maigres, mais d’autres sont simplement sveltes. C’est avec elles que nous devons continuer à travailler.

Si vous disiez à l’industrie de la mode : «Nous avons plus de mannequins plantureuses, et vous devriez faire de même», vous écouterait-on?
C’est difficile à dire. Il est possible que nous puissions favoriser certains changements, mais il s’agit d’une industrie gigantesque.

Est-ce que le changement d’attitude du public à l’égard des mannequins très maigres peut être mis en parallèle avec son intérêt grandissant pour le développement durable?
Ces enjeux préoccupent les consommateurs, et cela exerce sur les entreprises une forte pression. Pour elles, il ne s’agit pas uniquement de faire des profits, mais d’en faire de façon équitable. Je veux être fier aujourd’hui et plus tard, quand je me retirerai et que je regarderai tout ce que nous avons fait. J’aimerais alors pouvoir me dire que H&M aura été une entreprise juste sur le plan social, que nous aurons été soucieux de l’environnement, du choix de nos mannequins et des questions sociales.

Le mois dernier, une usine de textile s’est effondrée au Bangladesh, tuant plus de 1 100 travailleurs. Dernièrement, H&M, qui est le plus important acquéreur de vêtements fabriqués au Bangladesh, a signé une entente en vertu de laquelle elle s’engage à aider ses fournisseurs bangladais à financer l’instauration de mesures de sécurité.
L’effondrement de cette usine a été atroce, mais il ne s’agissait pas de l’un des fournisseurs de H&M. Il reste que nous travaillons à l’amélioration des conditions de travail au Bangladesh depuis longtemps. Nous comptons déjà 100 inspecteurs à temps plein qui voyagent partout dans le monde pour s’assurer que nos fournisseurs observent notre code de conduite sur le plan de la sécurité des bâtiments, de la sécurité des incendies, des salaires, de la rémunération des heures supplémentaires, etc. Le principal changement touchant cette entente est qu’elle regroupe maintenant d’autres acheteurs, des syndicats et le gouvernement.

Les consommateurs ne pourraient-ils pas jouer un rôle à cet égard? Si les vêtements fabriqués dans des usines sécuritaires où l’on verse un salaire minimum décent portaient une étiquette particulière, je saurais exactement quoi acheter.

Ce serait la meilleure solution. Et cela permettrait de mettre fin à plusieurs idées erronées qui veulent que de bas prix signifient de mauvaises conditions pour les travailleurs et une politique de développement durable déficiente.

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Curriculum vitæ

  • Âge et famille : Âgé de 38 ans, Karl-Johan Persson est marié et père de deux enfants.
  • Fonctions : Président-directeur général de H&M depuis 2009.
  • Entreprise familiale : Stefan Persson (le père) est aussi président et principal actionnaire de H&M. Erling Persson (le grand-père) a fondé l’entreprise en 1947.

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