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Du bœuf canadien contre du fromage européen

Photo: Collaboration spéciale

Le premier ministre Stephen Harper s’est envolé jeudi pour Bruxelles afin de signer une entente de principe sur un important traité de libre-échange entre le Canada et l’Union européenne, après plus de quatre années de négociations. 

Pour arriver à cette entente, «le Canada a consenti que soit doublé le quota sur les fromages de l’UE exportés vers le Canada en échange d’un accès accru au marché européen pour les producteurs canadiens de boeuf et de porc», peut-on lire dans un article de la Presse canadienne paru mercredi. Du boeuf canadien contre du fromage européen donc.

Voilà qui suscite de grandes inquiétudes au Québec, notamment chez les producteurs de lait et les fromagers. Le Québec produit en effet 60% des fromages fins et artisanaux fabriqués au Canada.

Selon la Fédération des producteurs de lait du Québec (FPLQ), même si l’offre de fromage augmente, la demande des consommateurs restera la même. Qui paiera? Probablement les fromagers québécois selon la Fédération.

«La concession accordée à l’Europe aura un impact économique négatif immédiat sur l’industrie fromagère et la production laitière québécoise. Elle heurte de plein fouet son dynamisme et ses possibilités de croissance. Ce sont en tout premier lieu nos petites fromageries artisanales, présentes dans toutes les régions du Québec, qui sont menacées » a déclaré le président de la FPLQ, Bruno Letendre, par voie de communiqué.

Effectivement, comment nos bons fromages québécois pourront entrer en compétition contre des fromages européens, dont la production est souvent subventionnée? On les aime nos fromages d’ici, mais honnêtement, les consommateurs pensent bien plus avec leur porte-feuille qu’avec leur coeur. Et personne ne peut les blâmer.

Les 16 000 tonnes supplémentaires de fromages fins européens qui inonderaient le marché, «ça représente 30% de notre consommation actuelle», a dit Bruno Letendre, président des Producteurs de lait du Québec en entrevue à l’émission de Marie-France Bazzo jeudi matin.

Le Conseil des industriels laitiers s’inquiète aussi «des iniquités dans le respect des normes de salubrité existant entre les fromages européens et canadiens. Il faudra donc s’assurer que les critères d’inspection des fromages soient appliqués uniformément», peut-on lire dans un communiqué du Conseil envoyé aux médias.

Les producteurs de boeuf du Québec voient quant à eux d’un autre oeil, plutôt positivement,  cette entente de libre-échange. À la Fédération des producteurs de bovins du Québec, bien que le Québec demeure un joueur relativement petit dans l’ensemble du Canada – 5% du cheptel –, «on voit ça comme un potentiel de développement de marché intéressant, mais qui reste à développer», nous a dit Sonia Dumont , la porte-parole de la Fédération au téléphone.

Du côté de l’Europe, l’accord provoque aussi quelques réactions, comme en fait mention le journal Libération. «En pleine crise de l’élevage en Europe – et en Bretagne – l’accord va accentuer la mondialisation agroalimentaire. L’Europe importera davantage de viande de porc et de boeuf!» a réagi l’eurodéputé vert Yannick Jadot, dans le quotidien français.

Le traité, avant d’entrer en vigueur, devra être ratifié par les provinces canadiennes et les pays membres de l’Union européenne. Rien n’est encore coulé dans le béton, mais déjà, ça fait couler beaucoup d’encre.

À lire aussi: Les agriculteurs inquiets

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