Du respect pour les personnes schizophrènes
Il m’arrive assez fréquemment d’entendre parler de la schizophrénie dans les médias, et d’une façon qui me dérange. Je pense notamment à un fait divers récent dans lequel on rapportait le cas d’un couple ayant été assassiné par son enfant schizophrène.
Pourquoi est-ce que ça me dérange? Parce que la population, en général, a si peu de contacts avec les personnes qui souffrent de schizophrénie ou d’autres maladies mentales graves que ces faits divers dressent un portrait injuste de la situation. Les patients psychiatriques sont souvent présentés comme une menace pour la société, alors que nous essayons de les aider à normaliser leur existence et à s’intégrer à la communauté.
L’effet de la ségrégation
Lorsque vous connaissez bien un groupe, vous avez tendance à le percevoir dans sa globalité. Tout comportement anormal est alors perçu comme une exception. Lorsque vous connaissez peu un groupe, tout événement qui fait les manchettes donne l’impression qu’ils sont «tous pareils».
C’est là que le bât blesse. Comme toute autre forme de ségrégation, l’absence d’interaction avec un autre groupe suscite la peur, l’intolérance et la méfiance. Nous isolons les personnes atteintes d’une maladie mentale depuis si longtemps que la population dispose de très peu d’informations pour fonder son jugement à part ces faits divers sensationnalistes.
L’image de la psychose
Il ne faut pas se leurrer. Les troubles psychiatriques graves, comme la schizophrénie, ne sont pas toujours des maladies qu’il est plaisant d’observer chez ceux qui en souffrent. Ces personnes ont souvent une mauvaise hygiène personnelle, éprouvent de la difficulté à échanger avec autrui et accusent les autres de les persécuter. Elles ne peuvent pas poser pour la caméra et toucher nos cours comme pourrait si bien le faire une personne atteinte de sclérose en plaques, par exemple.
Les personnes souffrant de maladie mentale suscitent la peur plutôt que la compassion. Pourtant, elles ne sont pas plus responsables de leur état médical que nous. Le meilleur espoir qu’elles peuvent nourrir, c’est que nous les traitions de manière respectueuse, peu importe ce que nous éprouvons. Elles le méritent.
Atténuer la stigmatisation
Il est vrai que certains patients ne sont pas traités de manière optimale et qu’il est possible qu’à l’occasion, ils représentent un danger pour eux-mêmes (souvent) ou pour les autres (rarement). Certainement, il est nécessaire d’agir afin de contrer les problèmes graves de manque de ressources et les difficultés liées à l’administration des soins de santé. Néanmoins, ce sont là de petits obstacles à surmonter comparativement aux conséquences que peut entraîner la stigmatisation.
Des incidents dangereux se produisent rarement lorsqu’une personne fait l’objet d’un suivi rigoureux. Il est ironique de constater que le principal obstacle à un bon suivi est précisément notre crainte exagérée de ces incidents. Plutôt que de discuter avec des personnes atteintes de maladie mentale, de travailler avec elles et d’apprendre à les connaître, nous éprouvons à leur égard un malaise et une peur qui maintiennent leur isolement.
Cet isolement empêche l’établissement de liens de confiance. Sans ces liens, il y a moins de suivis rigoureux, une réduction des possibilités de consultation et moins de traitements complétés. C’est cet isolement qui mène à la rare tragédie, qui, elle, fera la manchette.