Faut-il encourager l'auto-examen des seins?
La Fondation du cancer du sein et la Société canadienne du cancer
ont une approche différente face à l’auto-examen. Métro a voulu en
savoir plus. Entrevues avec Pamela Kell, responsable des communications
pour la Fondation du cancer du sein du Québec, et André Beaulieu,
porte-parole de la Société canadienne du cancer.
- «Nous sommes d’avis qu’un auto-examen pratiqué chaque mois est l’idéal.»
– Pamela Kell, responsable des communications pour la Fondation du cancer du sein du Québec
La
Fondation du cancer du sein, contrairement à de nombreuses sociétés
médicales, continue de recommander la pratique de l’auto-examen des
seins. Pourquoi?
Tout d’abord, il faut bien comprendre que
l’auto-examen n’est pas une méthode de dépistage du cancer. En fait, il
sert à évaluer les anomalies. Les femmes qui le pratiquent
régulièrement sont plus à même d’observer les changements qui se
produisent sur leur sein, de déterminer ce qui est normal et ce qui ne
l’est pas et de consulter un médecin lorsque la situation l’exige.
Conseillez-vous toujours aux femmes de pratiquer l’auto-examen?
Absolument.
Nous sommes d’avis qu’un auto-examen pratiqué chaque mois est l’idéal,
mais le plus important demeure de bien se connaître et de poser des
questions à son médecin lorsque quelque chose semble anormal. Nous ne
voulons pas faire le procès des médecins, mais des femmes de 20 ou 25
ans ont déjà découvert des anomalies grâce à l’auto-examen alors que le
médecin leur disait que le cancer du sein ne frappait pas avant l’âge
de 50 ans. L’auto-examen demeure un bon moyen d’évaluer son corps.
La
Société canadienne du cancer et la Société des obstétriciens et des
gynécologues du Canada, entre autres, ne recommandent plus
l’auto-examen. Que pensez-vous de cette position?
Nous croyons
que c’est un peu comme se mettre la tête dans le sable. L’auto-examen
est une mesure préventive. Plusieurs survivantes, dont Anne Rousseau,
le disent d’ailleurs. Si elle n’avait pas fait un auto-examen, elle
n’aurait sans doute pas détecté une bosse et elle n’aurait pas pu
recevoir les traitements adéquats à temps.
À partir de quel âge les femmes devraient-elles pratiquer l’auto-examen?
Nous
sommes d’avis que plus les femmes connaissent leur corps jeunes, plus
elles sont capables de reconnaître des bosses anormales. Dès le
cinquième secondaire, nous offrons des cliniques aux jeunes femmes.
Nous aimerions d’ailleurs que l’examen des seins deviennent aussi
fréquent chez les jeunes femmes que l’est le pap-test, qu’elles doivent
subir chaque année si elles utilisent la pilule. Il leur suffit de
demander à leur médecin d’examiner leurs seins lorsqu’elles le
consultent pour leur pap-test.
Comment les femmes peuvent-elles apprendre à faire correctement l’auto-
examen de leurs seins?
Nous
leur recommandons de consulter leur médecin afin qu’il leur explique la
méthode exacte. Des documents d’information sont également disponibles
sur le site web de la Fondation (www.rubanrose.org).
La Dre Granger s’est également associée avec la Fondation. Elle offrira
une clinique une fois par mois jusqu’au mois de septembre afin de
montrer aux femmes comment faire l’auto-examen.
Les femmes pratiquent-elles suffisamment l’auto-examen?
Nous
n’avons pas de statistiques précises à ce sujet, mais il est clair que
les femmes sont plus conscientes qu’avant de leur santé et qu’elles
consultent plus rapidement lorsque quelque chose semble anormal.
- «Le monde médical ne prône plus l’auto-examen parce que trop de femmes ne le pratiquaient pas adéquatement.»
– André Beaulieu, porte-parole de la Société canadienne du cancer
La Société canadienne du cancer ne recommande plus de pratiquer l’auto-examen des seins. Pourquoi?
Il
nous est apparu que plusieurs femmes confondaient l’auto-examen avec le
simple fait de palper leurs seins. L’auto-examen se fonde sur une
technique précise qui est assez contraignante. Les femmes devaient
s’examiner à la même date chaque mois et le faire selon un ordre
précis. Nous nous sommes rendu compte que finalement, bien connaître
son corps et le palper de temps en temps avait le même effet.
Conseillez-vous aux femmes de cesser l’auto-examen?
On
ne dit surtout pas aux femmes de ne plus se toucher ou de ne pas
connaître leur corps, mais on ne fait pas la promotion de
l’auto-examen. Depuis 2000, le monde médical ne prône plus la pratique
de l’auto-examen parce que trop de femmes ne le pratiquaient pas
adéquatement. De plus, l’auto-examen causait de l’anxiété chez
plusieurs femmes qui s’imaginaient avoir un cancer après avoir senti
une bosse. Mais ce n’est pas parce qu’on sent une bosse qu’il s’agit
nécessairement d’un cancer.
La Fondation pour le cancer du sein recommande toujours l’auto-examen. Êtes-vous d’accord avec cette décision?
Nous
ne sommes pas contre l’auto-examen puisqu’il amène les femmes à être
actives et à connaître leur corps. Il ne s’agit pas d’une technique
dangereuse, et les femmes qui pratiquaient déjà l’auto-examen et qui
sont à l’aise avec ce procédé peuvent continuer, seulement nous ne le
recommandons plus. Nous croyons qu’il est important de connaître son
corps, mais il faut aussi consulter un médecin afin qu’il fasse un
examen clinique. Et la mammographie demeure la meilleure technique de
dépistage. Nous croyons qu’il faut absolument faire les trois.
À partir de quel âge les femmes devraient-elles consulter un médecin?
Les
femmes âgées de plus de 40 ans devraient consulter un médecin chaque
deux ans afin de passer un examen clinique. Après 50 ans, les femmes
devraient consulter leur médecin une fois par année et subir une
mammographie tous les deux ans. Mais les femmes plus jeunes qui ont des
craintes ou qui ont des antécédents de cancer dans leur famille
devraient consulter leur médecin afin de voir si elles ne devraient pas
passer des tests plus tôt.
Quels sont les principaux symptômes du cancer du sein?
Il
peut y avoir une bosse qui apparaît. C’est d’ailleurs souvent le
conjoint qui va déceler une masse. La peau peut changer de texture, des
rougeurs peuvent apparaître, le mamelon peut changer de couleur ou du
liquide peut s’en échapper. L’important, c’est que les femmes
consultent un médecin lorsqu’elles ont un doute.