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La campagne en question

Fabien Jean-Simon - TC Media
Afin de compléter sa couverture électorale, le Courrier propose à ses lecteurs une entrevue avec Alexandre Blanchet, doctorant en science politique de l’Université de Montréal. Ses réponses permettront aux Ahuntsicois d’éclairer leur position sur des thèmes comme l’opinion publique et le vote stratégique entre autres.

En quoi consistent vos recherches?

Je m’intéresse au développement de ce que l’on appelle la « sophistication politique », c’est-à-dire au développement d’opinions et de raisonnements politiques en contexte de niveaux variables d’information. Mes recherches actuelles portent notamment sur les effets de la socialisation de l’enfant et de l’adolescent sur leurs capacités civiques futures.

Le vote stratégique, doit-on le considérer comme une bonne méthode de vote?

Ça dépend essentiellement de la manière dont on voit son vote. Je considère qu’il y a globalement deux façons différentes d’aborder le fait d’aller voter. On peut prioriser la « valeur d’expressivité » du vote ou encore privilégier sa « valeur d’efficacité ». Par valeur d’expressivité, je veux dire le fait d’exprimer son opinion et sa préférence, sans détour, de manière à, si on veut, « envoyer un message ». La valeur d’efficacité du vote réfère quant à elle au fait de tenir compte de « l’effet » de son vote sur le résultat de l’élection. L’électeur qui aborde son vote de manière d’abord expressive pourra dédaigner le vote stratégique parce que cela reviendrait, pour ce type d’électeur, à trahir sa pensée, alors que celui qui valorise d’abord la question de l’efficacité sera à l’aise avec le vote stratégique puisqu’il est la manière la plus efficace de traduire sa voix en résultats concrets. Toutefois je ne pense pas que l’on puisse simplement être « pour ou contre » le vote stratégique, cela dépend essentiellement de la valeur que l’on accorde à notre voix.

Le mode de scrutin majoritaire uninominal à un tour est-il encore efficace dans le contexte québécois? Faut-il le réformer?

C’est une grande question. Ceux qui veulent à tout prix que nous réformions notre système oublient parfois que tous les modes de scrutins ont des défauts et que tous créent des distorsions dans la représentation politique. Un mode de scrutin uniquement proportionnel par exemple ne permet pas de représentation « régionale ». Pas plus que le système proportionnel n’élimine le vote stratégique. Quant à savoir si nous devrions songer à réformer notre mode de scrutin, je pense que les nombreux gouvernements minoritaires auxquels nous avons assisté dans les dernières années nous montrent qu’il est de plus en plus difficile de coaliser une majorité de citoyens derrière un petit nombre de partis comme notre système électoral l’exige. En ce sens, penser à ajouter des éléments de proportionnalité à notre système me semble approprié.

Jusqu’à quel point peut-on se fier aux sondages?

Globalement, on peut s’y fier. Les intentions de vote dévoilées par CROP, Léger Marketing ou d’autres firmes de sondage auxquelles nous sommes habitués sont généralement bien mesurées et restent à l’intérieur des marges d’erreur auxquelles on s’attend en théorie statistique. Il y a parfois de mauvais sondages, mais ils demeurent rares et puisqu’en campagne électorale nous avons généralement beaucoup de sondages, il devient relativement facile de les identifier.

Un vote pour la Coaliton avenir Québec, est-ce un vote pour le Parti québécois comme l’a martelé Jean Charest à plusieurs reprises durant la campagne?

C’était vrai lorsque la CAQ amassait moins de 25 % dans les intentions de vote. En bas de ce seuil, le parti de François Legault allait surtout chercher des électeurs libéraux, ce qui divise le vote fédéraliste et permet au PQ d’avoir une avance non négligeable dans plusieurs comtés. Cependant, en dépassant 25 %, la CAQ affecte également la proportion du vote du PQ. Le prochain gouvernement sera fort probablement dirigé par le PQ, mais sa majorité sera essentiellement déterminée par la performance de la CAQ. Si la coalition progresse encore, elle pourrait priver le PQ d’une majorité.

En terminant, une prédiction?

Je m’attends à un gouvernement du PQ. La question actuelle est surtout de savoir s’il sera majoritaire ou non. Pour l’instant, c’est très serré!

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