De retour sur les rails
Avant même la reprise des travaux de la commission Charbonneau, l’été dernier, l’un de ses porte-paroles avait laissé entendre que les audiences leur offriraient beaucoup de révélations fracassantes. Il n’avait pas exagéré: dès le mois de septembre, on a pu visionner des enregistrements vidéo et entendre des témoignages qui ont permis d’établir que la collusion entre les entrepreneurs avait permis de gonfler d’environ 30% le coût des contrats d’infrastructures, à la ville de Montréal.
C’était sensationnel, mais pour ceux qui suivent de près les activités municipales, il n’y avait là rien de bien nouveau. La connivence entre les entrepreneurs existe depuis plusieurs décennies et il aurait fallu être aveugle pour ne pas s’en douter.
Ce qui était beaucoup moins évident, c’était le système qui permettait aux entrepreneurs de se partager les contrats sans enfreindre la règle du plus bas soumissionnaire. La commission Charbonneau nous a aussi appris comment on se partageait les contrats et de quelle manière on faisait gonfler artificiellement les prix, avec la complicité de fonctionnaires municipaux.
Les gens qui comparaissent devant les commissaires ont intérêt à dire tout ce qu’ils savent. Ce qu’ils affirment ne pourra être invoqué contre eux lors des causes qui pourraient être intentées à la suite de leurs agissements. Pour des motifs inexplicables, certains témoins n’hésitent pas à tenir des propos parfois invraisemblables, comme ce fut le cas avec Martin Dumont. Il a fallu que des observateurs mettent en relief ces aberrations pour que ce dernier soit convié à nouveau et que l’on mette en évidence certaines de ses contradictions.
Heureusement, la commission Charbonneau semble bien déterminée à corriger le tir. Le
témoignage de l’ingénieur Michel Lalonde, ces derniers jours en est une démonstration bien tangible. Ses affirmations sont d’autant plus crédibles qu’il admet avoir été le coordonnateur du système de partage des contrats entre les firmes de génie, à la ville de Montréal (et probablement ailleurs). Michel Lalonde n’accuse personne; il explique ce qui se passe, sans rien cacher, semble-t-il. Il est venu confirmer que la collusion et la corruption n’affectaient pas seulement les entrepreneurs, mais aussi les firmes d’ingénieurs.
On a parlé des entrepreneurs, des ingénieurs et bientôt, on impliquera les firmes d’architectes et les grands bureaux d’avocats. Ces professions sont pourtant régies par des codes d’éthique qui interdisent ce genre de pratiques. Imaginez ce que cela doit être dans les secteurs comme la publicité gouvernementale, la location des grands édifices, l’achat des véhicules, etc.? De toute évidence, l’appât de profits exorbitants, dans le secteur public, favorise l’élasticité de la conscience.
La commission Charbonneau parviendra-t-elle à recommander des mesures efficaces pour mettre un terme à une pratique aussi répandue et qui prévaut depuis des décennies? Une chose est certaine, cependant: c’est en expliquant les mécanismes de ces stratagèmes qu’elle les rendra moins probables. Dans cette perspective, le «comment» est autant, sinon plus important que le «qui» et le «pourquoi».