Défections, trahisons et volte-face: une petite semaine bien ordinaire en politique…
La néo-démocrate, Lise St-Denis, a surpris tout le monde en annonçant qu’elle passait aux libéraux, expliquant qu’elle ne pouvait plus adhérer à un parti avec lequel elle ne partageait pas les idées. Dommage qu’elle n’ait pas pensé à ses divergences d’opinion lorsqu’elle a décidé de se joindre à ce parti.
Mme St-Denis a candidement admis qu’elle ne s’attendait pas à remporter la dernière élection et qu’elle songeait à changer de parti depuis six mois. Êtes-vous doués en math? Moi, je me suis amusée à faire des petits calculs. Elle nous explique donc qu’elle a commencé à songer à quitter le parti près de deux mois après son élection.
«Ils ont voté pour Jack. Jack Layton est mort», affirmait en conférence de presse Mme St-Denis. Ouch! Laissons de côté toute diplomatie et disons qu’elle tape dans le mille. L’élément «Jack» est certainement à considérer. Mais personne ne peut évaluer avec précision combien de gens ont voté pour le NPD à cause du charisme de Layton et de la crédibilité qu’il insufflait à tout le processus politique.
Mais beaucoup de Canadiens ont aussi voté pour le NPD pour ses idées, et ceux qui ont voté pour Mme St-Denis méritent d’être représentés par quelqu’un qui défend ces mêmes idées (si jamais elle s’est au moins donné la peine de lire le programme du parti). Ironiquement, l’une des mesures inscrites au programme du NPD inclut l’impossibilité pour un député de changer de parti en cours de mandat sans devoir aller en élection…
Mme St-Denis a également fait preuve d’un manque flagrant de jugement et de vision en avouant que les électeurs avaient voté pour Jack, laissant ainsi entendre qu’ils n’avaient donc pas véritablement voté pour elle. En suivant ce raisonnement, de quelle crédibilité jouit-elle aujourd’hui?
«Changer d’allégeance politique est un manque fragrant de respect envers la démocratie», a commenté le député néo-démocrate, Guy Caron.
«Il s’agit d’un signe de fluidité et de grands changements au Québec», a expliqué le leader libéral par intérim, Bob Rae, en tout opportunisme, lui qui gagnait ainsi un nouveau joueur.
Pendant ce temps, le PQ perdait un autre membre de haut calibre. François Rebello a changé de camp pour joindre les rangs de la formation qui domine actuellement dans les sondages, la Coalition Avenir Québec (CAQ). Rebello devient ainsi le troisième péquiste à joindre ce nouveau parti, ce qui a fait dire au chroniqueur du Journal de Montréal, Richard Martineau, avec lequel j’ai habituellement peu d’affinités : «Un nouveau resto vient d’ouvrir: la CAQ. Spécialités: cuisine fusion et mets réchauffés…»
Vincent Marissal de La Presse «tweetait» plus tard : «Mémo à Legault : les électeurs n’ont pas beaucoup de sympathie pour les vire-capot. On attend toujours un « vrai » candidat.»
Peu importe l’allégeance politique, changer de parti n’est pas une pratique qui date d’hier : vous vous souvenez de Bob Rae, Belinda Stronach, Richard Holden, Lucien Bouchard et René Levesque? Mais Winston Churchill fut le plus réputé de tous les vire-capot: de conservateur, il passa aux libéraux, avant de redevenir conservateur, en commentant ainsi, sarcastiquement, ses changements d’humeurs politiques par cette phrase célèbre en traduction libre : «Tout le monde peut trahir, mais ça prend un certain génie pour savoir trahir une deuxième fois.»
Mis à part l’aspect moral de la chose, l’on pourrait prétendre que les politiciens ont le droit de réévaluer leurs décisions et de changer d’idée, tout comme le font les électeurs (et surtout ici au Québec). Devrait-on leur interdire de le faire? Il s’agit d’une question à choix multiples selon moi :
· Devraient-ils simplement pouvoir changer d’allégeance sans conséquence aucune?
· Devraient-ils alors devoir siéger comme députés indépendants?
· Ou devraient-ils être forcés de défendre leurs nouvelles couleurs dans le cadre d’une élection complémentaire?
Les électeurs sont-ils plus à l’aise avec le défraiement des coûts d’une élection complémentaire ou avec les changements d’allégeance imprévus?
C’est finalement à nous de le décider. C’est nous qui avons le dernier mot.
J’entrevois à l’horizon de multiples changements d’allégeance politique tant chez les politiciens que chez les électeurs et une fidélité encore plus fragile envers les partis politiques. Une réalité qui ne servira en rien notre foi en notre système politique, mais quel autre choix avons-nous?
Pour citer de nouveau Churchill : «La démocratie est le plus mauvais système de gouvernement, à l’exception de tous les autres qui ont déjà pu être essayés.» C’est noté.