Vie de quartier
Gérard Deltell semble bien déterminé à courtiser les Montréalais pour attirer des votes à l’ADQ. Sa dernière «trouvaille» a été de dénoncer le trop grand nombre d’élus et d’arrondissements qui rendraient la ville ingouvernable.
On peut dire qu’il a visé juste, puisque malgré le peu d’originalité de ses propos, plusieurs analystes de la grande presse montréalaise se sont hâtés de lui donner raison. Il ne risquait pas de se tromper puisqu’on pourrait compter sur les doigts d’une seule main, les chroniqueurs qui ne remettent pas en question la décentralisation des pouvoirs municipaux, à la ville de Montréal.
Ce qui m’étonne toujours, quand je lis de tels commentaires, c’est de constater qu’on y retrouve rarement les trois mots qui sont à la base même de la création des arrondissements : services de proximité. Les services de proximité sont ceux que l’on octroie aux citoyens dans leur vie quotidienne : la cueillette des ordures ménagères, le déneigement des rues, des trottoirs, l’entretien des parcs, les loisirs, etc. Je suis convaincu qu’il ne se passe pas une seule semaine sans qu’un citoyen n’ait recours (souvent sans s’en rendre compte) à des services qui pourraient difficilement lui être octroyés par la ville-centre.
Dans leur campagne contre les arrondissements, les chroniqueurs oublient également un autre facteur qui a beaucoup d’importance pour les citoyens : l’accès à leurs élus, leurs représentants. Ainsi, dans l’arrondissement de Verdun, les citoyens ne se gênent pas pour faire valoir leur désaccord, leurs suggestions aux membres du conseil. Ils n’ont pas toujours gain de cause dans leurs revendications, mais, au moins, on les écoute, on leur répond. Et très souvent, des projets sont modifiés, bonifiés, à la suite de ces commentaires.
Dans la ville idéale dessinée par les centralisateurs, ces décisions se prendraient autour d’une grande table réunissant des représentants de toute l’île de Montréal. Quel poids auraient les deux ou trois représentants de Verdun dans cette structure ? Comment le citoyen de L’Île-des-Soeurs ou de Desmarchais-Crawford pourrait-il faire valoir son point de vue, parmi ceux des dizaines (sinon des centaines) d’autres citoyens préoccupés par les problèmes de leurs propres quartiers?
Toutefois, il m’apparaît nécessaire d’ajuster le partage des pouvoirs entre la ville-centre et les arrondissements. Et si, dans cette restructuration, on parvient à réaliser quelques économies, ce sera tant mieux.
Je pense toutefois qu’on a tort de vouloir appliquer des solutions simplistes à un problème complexe. Et surtout, on ne devrait jamais perdre de vue ceux à qui ces éventuelles réformes devraient profiter : les citoyens, dans leur vie de quartier.