Le chemin de Compostelle sur une serviette de table
Anne St-Hilaire m’attend à la Tienda avec un dynamisme qui la caractérise. Cette envie de partager sa passion pour Compostelle, cette passion qui, aujourd’hui, lui a permis de voir la vie sous d’autres cieux.
Après des années dans la finance, cette Québécoise native de la capitale administrative est victime de complications lors d’une opération de la glande thyroïde. Un mois passe puis deux, puis trois, et la voilà officiellement «cobaye» pour la science, explique-t-elle. Deux ans plus tard, elle refait surface. «J’allais mieux, mais il était nécessaire que je me désintoxique, j’avais ce besoin de bouger, de marcher, de vivre…»
Un matin elle se réveille, «une voix me parle, dit-elle avec aplomb, Compostelle, Compostelle… je n’avais pas le choix, je devais faire le chemin de Compostelle», dit-elle en souriant. Son premier voyage, une expérience inoubliable, une révélation. «Partie pour quatre mois, je me perds au bout d’une semaine, épuisée, je suis obligée de me rendre à l’évidence mes bottes sont trop petites, mon sac est trop lourd, mes vêtements en synthétique ne sont pas adaptés et rendue en Espagne, je ne parle pas espagnol !». Et pourtant … chacune de ses difficultés lui ouvre les yeux sur son avenir, sur ce nouveau projet de vie qui l’attend à son retour.
Entretemps sur ce chemin elle se lie d’amitié. «Quel que soit ton chemin de Compostelle, tu deviens riche, milliardaire, milliardaire d’amis internationaux». Et puis elle finit par l’avouer, elle rencontre aussi l’homme avec qui elle partage sa vie aujourd’hui pour le meilleur, et toujours le meilleur. Après une pause à Madrid, Bruxelles et une à Paris chez des pèlerins, elle reprend l’avion. Aéroport Roissy-Charles de Gaulle, interminable attente pour les uns… opportunité pour elle de concrétiser son rêve.
De Compostelle à Verdun
«C’est sur une serviette de table en attendant l’avion que j’ai dessiné mon rêve. Il s’appellera la Tienda et sera à Verdun!», déclare-t-elle, simplement. Sur cette serviette le Trisquel apparaît, il représentera l’image de l’entreprise. Symbolisant la terre, l’air et l’eau, l’arrondissement de Verdun devient la pierre angulaire de son projet. «Verdun est si proche de l’eau, il suffit de longer ses magnifiques berges de terre et respirer pour s’en apercevoir», assure-t-elle, et quand on lui demande ce qu’il y a au milieu du Trisquel, elle répond simplement «le feu, le feu qui est en chacun de nous!»
Cette serviette de table n’a pas quitté sa boutique, une boutique, à mi-chemin de Compostelle et d’un centre communautaire dédié aux voyages de randonnée pédestre et la seule au Québec, voir même au Canada, avec la thématique des chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle. Un espace de rencontre à son image, amicale, dynamique, accueillante et généreuse.
Anne St-Hilaire y propose des vêtements et des accessoires adaptés (guides, cartes, etc.) et pour reprendre son souffle entre deux essayages, un comptoir à délicates attentions. Infusions et café… Elle insiste «du vrai café, celui que l’on boit en Europe». Pour grignoter… du salé et du sucré. «C’est essentiel, j’ai toujours voulu un café, un endroit où l’on peut se rencontrer et jaser». Mais pas seulement. «Je voulais aussi inviter les gens à marcher, alors aujourd’hui il y a des ateliers de marche», une activité qui ne désemplit pas selon la rumeur. Une rumeur que l’on peut apercevoir régulièrement devant les portes de la boutique, toujours plus nombreux. Elle offre aussi des cours d’espagnol, des soirées-conférences (avec des globe-trotteurs bien connus), et des ateliers d’accompagnement personnalisé pour ceux qui veulent franchir le pas de Compostelle.
À 50 ans, elle remercie Paulo Coelho et son pèlerin, ses amis, sa clientèle, ses collaborateurs et les Verdunois. Elle n’oublie pas Michel Paquette, l’investisseur principal, «sans qui nous n’existerions pas aujourd’hui». Son entreprise emploie 7 personnes, sa clientèle est verdunoise, mais aussi madelinienne, torontoise, française, espagnole, et plus encore. Son entreprise est nommée «entreprise par excellence» aux yeux du SAJE, une reconnaissance qui la touche profondément, le résultat de beaucoup d’efforts.
Sa vie a changé totalement, son rapport aux autres, sa relation à l’argent, «je suis repartie sur de nouvelles valeurs, des valeurs humaines avant tout… la marche, c’est la sérotonine, l’hormone du bonheur !» Et ce bonheur elle veut le partager, c’est évident.