L'hôpital de Lachine: Saint Joseph chez les Anglais?
Le ‘General’ a dû fermer ses portes dans les années 1990. Sa clientèle et son corps médical se sont intégrés à l’autre hôpital, qui avait déjà changé de dénomination en 1974 pour devenir le Centre hospitalier de Lachine. Saint Joseph ne s’en est pas formalisé et a certainement continué à protéger les travailleurs qui vont s’y faire soigner.
Et, il y a encore si peu de temps, une nouvelle réforme de la santé a donné naissance au CSSS Dorval-Lachine-LaSalle. Le nouveau CSSS favorisant le maintien des pleins services d’hôpital communautaire au Centre hospitalier de LaSalle, notre communauté a failli perdre son dernier hôpital. Elle s’est levée, elle s’est solidarisée comme elle a la réputation de le faire depuis qu’elle existe.
La levée de boucliers a porté fruits. La solution s’est trouvée dans notre intégration au CUSM (Centre universitaire de santé McGill) en 2008. Nous avons gardé notre hôpital de proximité et nous avons en plus l’avantage de bénéficier des services d’un hôpital universitaire. Notre nouvelle dénomination officielle est le ‘Campus Lachine’ du CUSM. Il n’empêche qu’une grande proportion de la population locale parle encore de l’hôpital Saint Joseph, alors que les autres vont simplement à l’hôpital de Lachine.
Le mouvement ‘Québec français’ se formalise ces temps-ci qu’il n’y ait plus un seul hôpital français dans l’Ouest de l’île. ???? L’époque n’est plus aux hôpitaux à appartenance religieuse ou linguistique! Si, pour bénéficier à la fois de soins de proximité et de soins de pointe, le prix à payer est de voir l’anglais côtoyer le français dans l’affichage de mon hôpital, en toute conformité avec la loi 101, je ne vois pas là la moindre écorchure à ma culture.
Depuis quelque temps, je fréquente beaucoup mon hôpital, pas toujours pour me faire soigner personnellement, heureusement. Mais j’y accompagne de la famille, j’y visite des amis, j’y vais même pour des questions administratives. Que ce soit à l’urgence, à l’imagerie, au centre de prélèvements, en physiothérapie, aux étages de soins à court terme, aux soins intensifs, aux cliniques externes, aux soins palliatifs, etc., etc., honnêtement, je n’ai jamais eu affaire à personne qui se soit adressé à moi ou à la personne que j’accompagnais ou que je visitais en anglais.
De plus, je sais, de façon certaine, que de grands efforts ont été et sont encore déployés depuis l’insertion de notre hôpital au sein du CUSM, pour arrimer les systèmes et faciliter la production des rapports et la communication entre les divers services en français.
Il faudrait, à entendre ‘Québec français’, La Société Saint-Jean-Baptiste ou ceux qui semblent les avoir aiguillonné dans cette direction, retirer notre hôpital du CUSM et en faire un hôpital indépendant et officiellement francophone. Comment des regroupements qui luttent pour le maintien de nos traditions peuvent-ils donc avoir la mémoire si courte? Le retrait du CUSM signifierait simplement la réintégration au CSSS et la désintégration de notre hôpital.
Notre communauté a travaillé trop fort à nous garder notre hôpital pour se heurter à une remise en question de ce genre. Ce n’est sans doute qu’un peu d’écume dans un verre d’eau.
Et en attendant, saint Joseph, qui par ailleurs parlait hébreux ou peut-être même araméen, fait comme moi : quand il va au ‘Campus Lachine’ il s’adresse à tout le monde en français, et on lui répond dans la même langue. Avec parfois une pointe d’accent, il est vrai, mais cet accent peut tout aussi bien être haïtien ou hispanique qu’anglais. C’est toujours charmant à l’oreille et c’est tout à fait dans l’air du temps.
Geneviève Dumont-Frenette