Les coupures budgétaires inquiètent les diffuseurs de spectacles
Avec 3,1 millions de spectateurs dans ses salles, la région de Montréal connaît sa plus faible fréquentation en dix ans et l’escalade de coupures gouvernementales risque d’empirer la situation, soutient Manon Morin du Réseau Scènes.
«C’est évident que les coupures auront un impact. Il y aussi les méga-spectacles dans des salles de 2000 places et plus. Le spectateur n’a pas tant de dollars culturels disponibles, et s’il les dépensent dans des méga-productions, ça peut s’arrêter là. Les méga-salles tuent les petites. Notre difficulté, dans les arts de la scène, c’est le besoin d’élargir le public. Si plus de salles se partagent la même tarte de spectateurs, c’est difficile pour tout le monde», soutient la directrice du Réseau Scènes, un regroupement professionnel de diffuseurs en arts de la scène sur les rives nord et sud de Montréal
Des statistiques qui parlent
Le poids de Montréal dans l’assistance totale au Québec a régressé pour une quatrième année consécutive, passant de 53% en 2009 à 46% en 2013.
Selon une étude de l’Observatoire de la culture et des communications du Québec de l’Institut de la statistique, en 2013, les 17 100 représentations payantes des spectacles qui ont eu lieu au Québec ont attiré 6,7 millions de spectateurs, pour des revenus de billetterie de 227 M$. L’assistance a baissé de 8% et les revenus de billetterie de 14%.
Les spectacles d’humour enregistrent une hausse de 15% de leur assistance en 2013. La chanson francophone affiche une croissance de 13% de ses revenus de billetterie, malgré une baisse de 6% des représentations et de 4% de l’assistance. Sur les 25 spectacles les plus vus en 2013, 24 sont québécois.
Le théâtre est la seule discipline à voir son assistance croître en 2013 (plus 2,8%). En contrepartie, les spectacles de chanson anglophone (moins 26%), de cirque et de magie (moins 43%) et de comédie musicale et music-hall (moins 43%) ont connu une importante baisse de leur assistance.
Selon Manon Morin, du Réseau Scène, «nos 17 diffuseurs confirment que l’humour fonctionne très fort, mais au niveau de la chanson québécoise, il y a des variations. Nos diffuseurs mettent les bouchées doubles. On change la façon de présenter la chanson. Dans les grandes salles, ça va mal parce que ça coûte plus cher. En conservant la chanson dans de petits lieux, les diffuseurs réduisent leurs coûts et arrivent à tirer leur épingle du jeu».
En théâtre, Mme Morin déclare qu’il y a diminution du nombre de représentations. «Si on compare nos chiffres d’une année à l’autre, s’il y a moins de représentations, il va y avoir moins de spectateurs. C’est sûr que si on présente des œuvres très connues avec des têtes d’affiche, ce théâtre-là se porte assez bien. En théâtre de création, c’est autre chose. Le Réseau Scène a un pan de développement autour du théâtre de création, qui permet de fidéliser notre public et d’en puiser un nouveau».