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« On mange nos bas »- des commerçants de l'avenue du Mont-Royal

Commerçants et propriétaires de l’avenue du Mont-Royal Est sont au bout du rouleau, financièrement parlant. Des petites boutiques pourraient disparaître au profit des grandes chaînes, selon eux.

Catherine Bouchard

« On a un petit commerce, mais les taxes qu’on paie, c’est incroyable! Ça bouffe toute notre marge de profit. D’ailleurs, on mange nos bas! Si ça continue, il y a juste les chaînes qui vont être capables de s’installer sur l’avenue du Mont-Royal et d’amortir les taxes qui n’arrêtent plus d’augmenter et de s’accumuler », souligne la propriétaire du salon de coiffure Helmet, Mélanie Demers. La commerçante a résidé 17 ans dans le Plateau-Mont-Royal et a récemment décidé de vendre son condo et de déménager dans Rosemont.

« Les taxes municipales qu’on devait payer étaient devenues trop élevées. Au salon, c’est la même chose. On travaille sans arrêt et s’il nous arrive un imprévu, on a quand même aucune marge de manoeuvre » mentionne Mme Demers qui a ouvert les portes du Salon Helmet il y a cinq ans maintenant et dont les affaires vont pourtant bien.

Même son de cloche du côté de la boutique Créatures, au 171 Mont-Royal Est. « On mange nos bas! Ça fait quatre mois que je suis sans salaire. J’ai réussi à absorber le coût de mon local et des taxes grâce à la vente de mon condo dans Ville-Marie. Je me doutais que ça allait être dur, mais pas à ce point-là. Ce n’est pas pour rien qu’il y a de plus en plus de commerces franchisés sur l’avenue du Mont-Royal », souligne le propriétaire, Jonathan Mc Harg.

Le commerçant, dont la boutique a seulement une année d’existence, ne voit toutefois par l’arrivée des grandes bannières d’un mauvais œil.

« Les gens se déplacent pour les grandes chaînes et ça amène du trafic piéton sur la rue. Il faut juste que ça demeure du commerce spécialisé avec des produits de qualité et non pas des boutiques bon marché », continue M. Mc Harg.

Une occasion de se réinventer

Pour Jamie Etcovitch, propriétaire de la boutique de vêtements Blo, c’est l’économie de la province dans son entier qui serait en cause. « Le monde du commerce de détail change avec l’augmentation de l’achat en ligne. Les gens ne veulent plus se déplacer pour essayer quelques morceaux. Tout est à un seul clic. C’est certain que l’augmentation des taxes, ça ne nous aide pas, mais c’est loin d’être le seul facteur. Pour moi, les parcomètres au même prix que dans le centre-ville est un facteur bien plus important, pour ne nommer que celui-là », indique M. Etcovitch. L’entrepreneur a donc ouvert sa boutique en ligne, ce qui lui donne un bon coup de main. L’hiver a toutefois été long pour tout le monde, particulièrement chez les commerçants, qui ont peu fait d’affaires pendant cette période. «On est en retard de deux mois en terme de ventes pour l’été, mais le temps chaud va nous aider », conclut M. Etcovitch.

Ouvrir plus tard le week-end

La Société de développement commerciale (SDC) de l’avenue du Mont-Royal remettra d’ailleurs sous peu son dossier pour une reconnaissance de zone touristique à la Ville-centre, ce qui permettra le prolongement des heures d’ouverture la fin de semaine. « Les habitudes de consommation ont changé et il faut s’adapter. Après une journée passée sur le mont Royal à profiter du beau temps, les gens veulent venir faire des emplettes sur la rue du même nom. Il est donc plus logique de permettre aux commerçants de fermer à 20h, s’ils le désirent. Il y a déjà plusieurs municipalités au Québec qui procèdent ainsi. En plus, 54 % des touristes de passage à Montréal viennent faire un tour dans le Plateau. C’est donc réellement une zone touristique », mentionne le directeur général de la SDC de l’avenue du Mont-Royal, Charles-Olivier Mercier.

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