Deux ans de chantier, commerçants excédés
« Depuis un an, sur Laurier, ce n’est plus du tout le même rythme de vie. Ça fait deux étés que l’on est dans les travaux. L’année passée, c’était la réfection des aqueducs, cette fois-ci, c’est l’Espace Laurier. Ils ont recreusé au même endroit », expose celle qui habite la rue Berri.
Selon Mme Bouchard, les travaux effectués directement devant son commerce ne devaient durer que quelques semaines. Or, ceux-ci perdurent depuis maintenant plusieurs mois. Certains commerces ont donc installé des pancartes annonçant qu’ils sont toujours ouverts, notamment le restaurant La boîte gourmande et le salon de Mme Bouchard.
« Depuis 11 semaines, je dois constamment aller rencontrer les entrepreneurs sur la rue pour demander à ce que leurs camions ne cachent pas mon commerce. Il y a un local vide au coin de la rue, ils auraient pu aller se garer là. C’est harassant de devoir, chaque matin, aller rencontrer les travailleurs de la construction pour leur redemander de bouger leurs camions ou de réinstaller les passerelles pour que les passants puissent avoir accès aux commerces », fait-elle valoir, relatant un incident où elle a chuté en raison de l’absence de passerelle, insistant sur le fait que ça aurait pu arriver à un piéton ou un de ses clients.
La configuration de la circulation aussi pose problème, insiste Mme Bouchard. Car au-delà de l’avenue Laurier, les rues avoisinantes, telles que Rivard et Berri, sont également partiellement fermées, compliquant la livraison des fournitures se trouvant dans la zone de travaux.
« Les livreurs arrivent en retard et sont fâchés. Ils ne peuvent pas passer par en avant, ni par les rues en arrière. Ils doivent porter des caisses de produits qui sont très lourdes. Même chose pour le restaurant en face. C’est vraiment un problème majeur », plaide-t-elle.
Impacts
Les travaux auraient des conséquences directes sur le chiffre d’affaires des commerçants. Elle estime avoir connu une baisse de 4 à 5 %.
Pour tenter d’attirer sa clientèle, la coiffeuse s’efforce de montrer qu’il y a de l’activité dans son établissement. Pour cette raison, elle s’est dotée d’un mannequin de plastique qu’elle coiffe et habille selon son inspiration du moment. Tous les jours, le pantin, installé en bordure de la rue, a une nouvelle allure et tend des cartes professionnelles aux passants.
« J’essaie de faire des actions positives. Ça m’oblige à être encore plus créative. Je fais des blagues et on dit que c’est notre nouvelle employée. J’essaie ainsi d’être entendue, reconnue et vue.», dit-elle, faisant contre mauvaise fortune, bon cœur.
Le jeu en vaut-il la chandelle?
Mme Bouchard attend la fin des travaux avec impatience. Toutefois, ce n’est pas pour bénéficier de l’Espace Laurier. Au contraire, elle croit que ces aménagements auront un impact limité sur la vitalité commerciale de l’artère.
« Je trouve que le projet est inapproprié. Il y a déjà une place publique à la sortie du métro Mont-Royal, à trois rues d’ici. Hormis quelques événements, elle est toujours vide. Elle a de la difficulté à vivre d’elle-même. De plus, cette sortie de la station Laurier est toute petite. Il n’y a même pas de guérite pour acheter des billets! C’est plus celle sur le boulevard Saint-Joseph qui est très sollicitée », soutient-elle.
Invité à commenter la situation, le maire de l’arrondissement, Luc Ferrandez, n’a pas souhaité s’exprimer, indiquant que tout avait déjà été dit.