Hochelaga-Maisonneuve
11:43 12 mai 2020 | mise à jour le: 12 mai 2020 à 13:33 temps de lecture: 5 minutes

Coronavirus: mourir seule au CHSLD

Coronavirus: mourir seule au CHSLD
Photo: Josie DesmaraisJoe Cer n’a pu voir sa mère que deux fois quinze minutes une semaine avant sa mort.

C’est seule au CHSLD qu’Emma Faric est décédée des suites de la maladie à coronavirus. Loin de ses proches, elle aura vécu un calvaire de cinq semaines, raconte son fils, bouleversé par la mort de celle qui lui a donné la vie.

Lorsque Mme Faric a respiré pour la dernière fois, elle n’avait pas vu son fils depuis une semaine. En fait, entre la mi-mars et le jour de son décès, fin avril, elle n’avait eu droit qu’à deux visites de quinze minutes.

«Je ne sais pas ce que ma mère a pu penser dans ses derniers moments», raconte Joe Cer, la voix tremblante au téléphone.

Cela faisait deux ans que la femme de 95 ans résidait au Centre de soins prolongés Grace Dart, dans Mercier-Hochelaga-Maisonneuve.

«Je venais la voir tous les jours. C’est moi qui lui donnais à manger et à boire. Je brossais ses dents, je l’habillais, je lui mettais sa crème», raconte Joe Cer.

Cependant, du jour au lendemain, comme dans tous les CHSLD et résidences pour aînés de la province, les visites ont été interdites afin d’éviter la propagation de la COVID-19.

«Le 13 mars, j’ai expliqué aux employés de Grace Dart que si je ne pouvais pas venir, elle ne mangerait pas. Ils m’ont répondu que ce n’est pas grave, ‘on va la plugger avec une intraveineuse’ », se rappelle M. Cer, encore en colère.

Ce dernier raconte que, rongé par l’inquiétude, il appelait régulièrement l’établissement pour savoir si sa mère mangeait et buvait correctement. Jusqu’au 13 avril, les employés continuaient de le rassurer.

Deux jours plus tard, on l’autorise à visiter sa mère pour la première fois en cinq semaines. «Quand j’ai pu la voir, sa bouche était orange, ils m’ont dit qu’elle était déshydratée, soutient-il. J’ai dit : ‘Pourquoi vous m’avez dit qu’elle allait bien il y a deux jours?’ Ils m’ont menti tout le long…»

Pour M. Cer, le «pire» a été d’apprendre que sa mère était dans la même chambre qu’une patiente testée positive. «Elle n’a pas mérité ça… Pourquoi ils ne les ont pas séparées ?»

Un choc

C’est ce même jour que l’homme apprend que sa mère est dans un état critique. «Une des préposées m’a dit qu’ils laissaient juste entrer les personnes dont les parents sont en train de mourir. Ça m’a donné un choc parce qu’ils n’avaient pas de compassion», relate-t-il.

Le lendemain, il a eu droit à une autre visite de 15 minutes. Ce fut la dernière fois qu’il a pu voir sa mère vivante. Mme Faric est décédée une semaine plus tard.

«Ma mère, elle aimait la vie et la dernière journée que je l’ai vu, elle m’a dit : je veux vivre encore… Elle a tellement aimé la vie.»

-Joe Cer

Ce sont 87 employés du Centre de soins prolongés Grace Dart qui sont atteints de la COVID-19 et qui sont présentement en isolement, indique le Centre intégré de santé et de services sociaux (CIUSSS) de l’Ouest-de-l’île-de-Montréal. Victoria Salvan, une préposée aux bénéficiaires qui travaillait dans l’établissement, a été la première préposée à mourir de la COVID-19 au Québec.

Pour pallier le manque de main-d’œuvre, l’armée a récemment été déployée dans plusieurs CHSLD de Montréal, dont celui de Grace Dart.

Selon Joe Cer, c’était nécessaire, car «il n’y avait plus un chat», émet-il découragé.

Selon les derniers bilans, 37 résidents du Centre de soins prolongés Grace Dart sont décédés depuis le début de la pandémie. Il y aurait présentement 70 cas de la COVID-19.

De son côté, le CIUSSS soutient que l’ensemble des mesures de prévention et de contrôle des infections recommandées par le MSSS et la DSP sont respectées. «Les transferts de patients testés COVID positifs sont effectués dès que possible lorsque les résultats sont obtenus dans une des zones de confinement adaptées à cet effet, avec l’ensemble des mesures de protection requises.»

Depuis le 14 avril dernier, Québec autorise la visite des proches aidants dans les résidences et CHSLD, mais la décision finale revenait à l’établissement.

Depuis le 11 mai, sous réserve du respect de conditions spécifiques, une personne proche aidante «significative» peut apporter du soutien à une personne vivant dans un CHSLD ou en résidence privée pour aînés.

91% : Un peu moins du tiers des cas confirmés de COVID-19 au Québec se trouve chez les 70 ans et plus. En revanche, c’est dans cette tranche d’âge que l’on déplore plus de 90% des décès.

 

 

 

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