Mercier & Anjou
15:35 24 août 2020 | mise à jour le: 24 août 2020 à 17:27 temps de lecture: 7 minutes

Ligne bleue: un projet de 2,5 G$ envisagé près des Galeries d’Anjou

Ligne bleue: un projet de 2,5 G$ envisagé près des Galeries d’Anjou
Photo: GracieusetéUn visuel du projet de développement proposé par Cadillac Fairview

L’avis d’expropriation émis dans le cadre du prolongement de la ligne bleue du métro met en péril un projet immobilier évalué à 2,5 milliards de dollars, prévient Cadillac Fairview, l’un des copropriétaires des Galeries d’Anjou.

Cadillac Fairview propose de créer un «nouveau centre-ville» dans l’est de Montréal. Ce projet prévoit notamment la construction de 5000 unités d’habitation, d’un campus de bureaux et d’un parc linéaire, le tout sur des terrains d’une superficie totale d’un million de pieds carrés. L’objectif est d’arrimer ces aménagements au futur terminus de la ligne bleue.

Cette vision est nécessaire pour assurer la relance de l’est de Montréal, un «parent pauvre» en termes de développement, martèle la vice-présidente principale et directrice du portefeuille de Cadillac Fairview, Danielle Lavoie.

Selon cette dernière, le projet de développer et de bonifier le site des Galeries d’Anjou est en planification depuis plusieurs années. «La STM a nos idées sur la table depuis un certain temps. On veut profiter de l’arrivée du métro pour pouvoir intégrer les projets», précise-t-elle.

Expropriations contestées

Or, afin de faire de la place au futur terminus de la ligne bleue, la Société des Transports de Montréal (STM) a émis un avis d’expropriation pour un terrain de près de 70 000 mètres carrés situé sur une partie du centre commercial Les Galeries d’Anjou.

Environ 25% de la superficie du stationnement et des immeubles abritant plusieurs commerces et restaurants avoisinants est ciblée. L’édicule de la nouvelle station, le garage pour les voitures de métro et le stationnement incitatif de 1200 places seraient érigés précisément là où Cadillac Fairview compte bâtir son projet.

L’avis d’expropriation est actuellement contestée devant les tribunaux par Cadillac Fairview, estimant que le plan proposé par Québec anéantirait le potentiel de bonification du site.

«Si le projet de la STM va de l’avant tel quel, il n’y en aura pas de projet, car il n’y aura pas de potentiel sur le site, prévient Danielle Lavoie. Ça va avoir un impact irréversible défavorable sur les Galeries d’Anjou tel qu’elles existent actuellement», ajoute-t-elle.

Cadillac Fairview propose plutôt l’aménagement d’un terminus d’autobus intérieur pour pouvoir construire par-dessus. Les copropriétaires des Galeries d’Anjou remettent également en question la nécessité du stationnement incitatif de 1200 places.

Finalement, ils s’opposent au prolongement de la rue Bélanger entre le boulevard des Galeries d’Anjou et l’autoroute 25, pour y implanter un «corridor de circulation d’autobus» comme prévu dans le plan de la STM. «Ça va rendre les déplacements autour de la station de métro très peu sécuritaires», plaide Danielle Lavoie.

Pour le moment, tous les éléments soulevés par les promoteurs ont été rejetés par la STM, indique la vice-présidente principale et directrice du portefeuille de Cadillac Fairview.

De son côté, la STM dit que des négociations de gré-à-gré ont été entamées par la STM avec Cadillac-Fairview il y a plus d’un an et que de nombreuses rencontres ont eu lieu.

«La STM est à l’écoute des besoins exprimés et est ouverte à trouver des solutions aux préoccupations et enjeux soulevés, mais le tout est sujet au respect des paramètres clés du projet, définis et entérinés en collaboration avec le ministère des Transports du Québec, la Société québécoise des infrastructures, l’Autorité régionale de transport métropolitain, la Ville de Montréal et la STM, affirme le conseiller corporatif des affaires publiques à la STM, Philippe Déry. Le projet présenté par Cadillac-Fairview entraînerait néanmoins des modifications importantes à certains paramètres clés du prolongement de la ligne bleue, ce qui entraînerait des délais et des coûts supplémentaires.»

Le dossier étant judiciarisé, la STM ne commentera pas plus en détails, a-t-il ajouté.

«Pourquoi ne pas prendre quelques semaines de plus pour s’asseoir et avoir une discussion constructive et de bonne foi, toutes les parties ensemble, pour être capable d’avoir le meilleur projet, et pas juste un projet de station de métro?» -Danielle Lavoie, vice-présidente principale et directrice du portefeuille de Cadillac Fairview

Anjou donne son appui

L’idée de créer un centre-ville à l’Est ne date pas d’hier, affirme le maire de l’arrondissement Anjou, Luis Miranda.

«Quand le Parti québécois était au pouvoir, Anjou avait déjà été identifié comme étant le sous-centre-ville pour l’Est, soutient-il. On sait très bien que, dans les grandes villes, tout ne se passe pas juste autre centre-ville. Il faut amener des gens dans les extrémités.»

Selon lui, la venue du métro est une bonne chose, mais les plans doivent être revus et corrigés, notamment en ce qui concerne l’aménagement d’un stationnement incitatif.

«Dans ce qu’ils veulent faire, ils [la STM] hypothèquent beaucoup trop de terrains, soutient M. Miranda. Quand le gouvernement a donné le dossier à la STM, on a été exclus de toutes les négociations et de toutes les discussions. Mes fonctionnaires qui allaient aux réunions ont signé une lettre de confidentialité comme quoi ils ne nous parleraient pas du dossier.»

«Le mandat de la STM, c’est le transport en commun. Ce n’est pas le développement. Ils n’ont pas l’expertise ni le savoir-faire pour faire du développement économique.» -Luis Miranda, maire d’Anjou

Le maire d’Anjou espère pouvoir discuter avec le ministre des Transports du Québec, François Bonnardel. «Je ne crois pas qu’il s’est vraiment assis pour regarder quel était le problème. On est en mesure de lui démontrer qu’il peut faire le projet pour moindre coût même si ça veut dire de retarder de quelques mois le métro», estime-t-il.

La semaine dernière, François Bonnardel avait affirmé être inquiet pour l’avenir du projet de prolongement de la ligne bleue en raison des expropriations contestées. «Il est certain qu’il y aura des délais. De gros joueurs à Anjou qui ont décidé de contester [les expropriations]», avait révélé le ministre en commission parlementaire.

De son côté, la mairesse de Montréal, Valérie Plante, a proposé sur Twitter la création d’une loi spéciale pour accélérer le processus d’expropriation et planifier le plus rapidement possible le développement aux abords des stations.

Selon Danielle Lavoie, il faut plutôt prendre le temps pour éviter de «commettre une erreur qui va devenir irréparable.»

Cadillac Fairview n’a pas souhaité avancer d’échéancier concernant son projet, estimant que la question de l’expropriation devra être régler avant d’envisager un premier coup de pelle.

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