Soutenez

Arrivée des réfugiés: le défi d’offrir des soins de santé mentale

Photo: La Presse canadienne

Alors que des milliers de réfugiés syriens arrivent au Canada en cette fin d’année, le Centre d’étude sur le trauma (CET) de l’Institut de santé mentale de Montréal, situé dans l’est de Montréal, pourrait être amené à gérer les conséquences des importants stress et chocs psychologiques subis par ces immigrés.

«Offrir des soins de santé mental à ces réfugiés sera un gros défi, prédit le directeur du CET Stéphane Guay. Ce sera un travail très difficile. Aucune étude n’a été faite avec eux et les psychologues, les travailleurs sociaux qui vont être à leur côté, ne connaissent pas ou peu la diversité des traumatismes qu’ils ont vécus. Ils devront être solides psychologiquement.»

Directeur du CET, situé dans l’arrondissement Mercier–Hochelaga-Maisonneuve, depuis sa création en 2006, Stéphane Guay mesure l’ampleur de la tâche qui se dresse face aux nombreux organismes qui assisteront ces milliers de Syriens et qui pourraient être amenés à le contacter. En travaillant quotidiennement avec des militaires de retour d’opérations périlleuses en Afghanistan et avec des victimes d’actes criminels et sexuels, il prévient des risques potentiels.

«Vingt pourcent des militaires revenant d’Afghanistan sont dans un état de stress post-traumatique, explique celui qui collabore régulièrement avec les forces armées. Il y a un haut risque de dépression et les risques suicidaires se multiplient par 15 dans un tel état.»

Des situations traumatisantes traversées également par une grande partie des réfugiés syriens qui s’installeront au Québec. «Ils ont connu, vu ou entendu parler de viols collectifs, de meurtres, d’actes barbares, subi des bombardements. On ne pourra pas éviter ce stress, installé depuis longtemps», prévient M. Guay.

Revivre le scénario pour évacuer le stress
Mais qu’est-ce qu’un état de stress post-traumatique? Comment le repérer? «Un trouble de la santé mentale se développe après une exposition à une menace. Près d’un mois plus tard, le stress ne part pas, le cerveau est conditionné par la peur, il enregistre des stimuli d’informations qui vont devenir des déclencheurs d’anxiété, de cauchemars», poursuit le chercheur avant d’illustrer ses propos.

«Une jeune femme victime d’une agression au couteau par un homme à barbe va se méfier et avoir peur de toutes les personnes qu’elle croisera avec une barbe. Pour elle, barbe égale menace. Son système nerveux devient hyperactif, il y a des altérations émotives et cognitives.»

Pour y remédier, le CET a mis en place différents traitements qui peuvent durer jusqu’à près d’un an à travers une séance par semaine avec des médecins pour diminuer graduellement les effets de ce stress.

«On revit le scénario de l’événement pour le comprendre, le revisiter en pensées, dans un endroit sécuritaire. L’idée est de s’habituer aux stimuli pour ramener cette peur dans une zone normale», assure M. Guay.

Des immigrés polytraumatisés
Testées après la fusillade au Collège Dawson fin 2006 auprès des proches et de victimes de cette tuerie, les méthodes du CET pourraient donc s’appliquer à nouveau dans les prochaines semaines. Dans des circonstances bien différentes.

«On est chanceux au Canada, il y a peu de catastrophes naturels et peu de fusillades de masse comparativement aux États-Unis. Mais avec les Syriens, l’approche sera toute autre. Toutes ces personnes sont déjà polytraumatisées», imagine le directeur du CET.

«Elles doivent rapidement avoir un rôle actif: dans des écoles, du bénévolat, des occupations. Il faut les accompagner, les aider. Les intégrer dans la société permettra d’atténuer ce choc. Cela peut être laborieux, mais il faut leur permettre d’aider et de s’occuper de leur famille, de se sentir utile.»

Articles récents du même sujet

Mon
Métro

Découvrez nos infolettres !

Le meilleur moyen de rester brancher sur les nouvelles de Montréal et votre quartier.