Montréal-Nord
16:47 16 avril 2020 | mise à jour le: 16 avril 2020 à 16:47 temps de lecture: 5 minutes

Vivre la pandémie avec une maladie mentale

Vivre la pandémie avec une maladie mentale
Photo: 123rf

Les personnes qui vivent avec des troubles de santé mentale vivent chacune à leur façon la crise de la COVID-19. Si certaines sentent que l’anxiété et l’isolement exacerbent leur maladie, d’autres ont l’impression que leur état s’améliore.

Il y a à peine quelques années, François vivait avec une dépression et des idées suicidaires. S’il réussit aujourd’hui à maintenir sa santé mentale, c’est grâce à son implication dans l’organisme communautaire CAMÉÉ (Centre d’activités de Montréal-Nord pour le maintien de l’équilibre émotionnel).

«Si je devais rester chez moi [seul] pendant un mois, les idées suicidaires reviendraient et pendant deux mois, je pense que je passerais à l’acte », confie-t-il.

Heureusement pour François, le CAMÉÉ a été reconnu comme service essentiel, lui permettant de rester ouvert malgré le confinement, tout en respectant des mesures de distanciation physique. Malgré ce soutien, la pandémie pèse lourd sur ses épaules.

«Même si je vais à CAMÉÉ trois à quatre fois par semaine, je fais des crises d’angoisse à cause de la pandémie. Le soir, c’est comme si c’était un éléphant qui était sur ma poitrine», illustre-t-il.

Son anxiété, dit-il, est surtout générée par les scénarios catastrophes qu’il s’imagine.

Psychiatre au CIUSSS du Nord-de-l’Île-De-Montréal, Thanh-Lan Ngô confirme que la crise peut avoir un impact négatif sur l’état de santé de patients déjà atteints d’une maladie mentale.

En exemple, elle parle d’une patiente en arrêt de travail en raison d’une dépression et de l’anxiété. «Ça fait un bout de temps que je prépare le milieu de travail. Elle n’a pas la chance de pratiquer l’activation comportementale et l’exposition à des situations nouvelles qui sont dans son traitement. Ça amplifie son problème parce que ça fait juste étirer sa situation.»

Isolement

D’autres vivent mal avec la solitude qu’impose le confinement.

Gina habite seule. Atteinte de troubles bipolaires, elle ne trouve pas facile d’être isolée et d’être submergée d’informations anxiogènes depuis plus d’un mois.

«J’ai de la misère à faire mes exercices de respiration parce que je n’arrive pas à être calme, dit-elle. J’écoute beaucoup les nouvelles et ce n’est pas bon. Je vois les décès chez les gens âgés et ça m’inquiète beaucoup», ajoute la femme de 61 ans.

Actuellement, Gina est en recherche de solutions pour soulager sa détresse.

«J’ai demandé à mon médecin de remonter ma médication, mais je ne suis pas certain qu’il va pouvoir parce que j’en prends déjà plusieurs», explique-t-elle.

Pour la psychiatre Thanh-Lan Ngô, «remonter la médication» peut être une solution, dépendamment du cas. Mais c’est loin d’être la seule. Il existe un large éventail de conseils que les psychiatres donnent à leurs patients.

«On dit de garder une routine, de bien dormir, de limiter le temps d’écran, de faire des choses qu’ils n’avaient pas le temps de faire, de faire de l’exercice physique, de communiquer de tous les moyens possibles avec les gens qui vont nous donner du soutien pour ne pas s’isoler», énumère Mme Ngô.

La psychiatre réfère au site web Psychopap, une plateforme qui donne des conseils pour mieux gérer le stress pendant la crise sanitaire, mise en œuvre récemment par le Centre de psychothérapie du Pavillon Albert-Prévost.

Quand la pandémie soulage

Toutefois, certaines personnes se sentent mieux depuis le début de la crise sanitaire. Pour la psychiatre Thanh-Lan Ngô, cela s’explique par l’arrimage des symptômes aux consignes strictes imposées par la Santé publique et à l’objectif commun de lutte à la propagation que se donne la société.

«Chez les personnes qui souffrent de psychoses, il y a toutes sortes de craintes qui peuvent venir parce qu’elles s’imaginent des scénarios, soulève-t-elle. Dans une situation de crise où il y a un danger commun à tout le monde, ils peuvent se connecter à la réalité parce qu’ils peuvent porter leur attention sur ce danger.»

C’est ce qui est arrivé à Lyne Allaire, qui a reçu un diagnostic de schizophrénie en 2004. La Nord-Montréalaise de 57 ans a vu ses épisodes de crises d’anxiété diminuer de moitié depuis le début de la pandémie.

«Je me tiens occupée, dit-elle. Ça ne me dérange pas d’être seule. Je suis heureuse comme ça. Je lis, je prends une tisane, je fais le ménage, je cuisine.»

La femme attribue notamment cet effet à sa participation en ligne à un groupe «d’écoute active», lancé par l’organisme L’Accorderie de Montréal-Nord avant la pandémie. Elle peut ainsi échanger avec d’autres personnes atteintes de troubles mentaux.

«Maintenant, on traite plus de la façon que la santé mentale est gérée en lien avec la problématique de confinement et de pandémie», explique le coordonnateur de l’organisme et sociologue, Salim Beghdadi.

Les personnes qui vont chercher de l’aide ne représentent toutefois qu’une partie de la population atteinte de maladies mentales, prévient M. Beghdadi. Il s’inquiète pour tous les autres.

«Il y a des gens qui ont des problématiques qui sont encore plus handicapantes et qui les empêchent de participer; ils se retrouvent plus isolés, dit-il. Il y a un besoin d’atteindre les gens qui sont habituellement plus difficiles à rejoindre», souligne-t-il.

Si vous avez besoin d’aide, pour vous ou pour un proche, composez le 1 866 APPELLE.

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