L’école de rang
Le notaire exerce sûrement la plus ancienne profession libérale au Québec. Dès le début de la colonie, il rédige les actes de vente, de mariage, de successions et d’autres documents légaux. Il protège ses clients de faussaires, connaît les lois et donne de judicieux conseils.
Jusqu’au début du 19e siècle, l’enseignement relève exclusivement de l’Église. La laïcisation de l’enseignement au primaire est amorcée de 1801 à 1836, mais le clergé reprend ensuite le quasi-monopole de l’enseignement. Plusieurs écoles privées, collèges et couvents sont alors créés et gérés par des congrégations religieuses. En 1823, un comité d’enquête de la Chambre constate que l’éducation est dans un état déplorable. Les parents ne valorisent pas l’éducation de leurs enfants, il y a pénurie de maîtres, d’école, de manuels scolaires, particulièrement dans les campagnes où l’analphabétisme est courant. Une loi spéciale permet aux fabriques de consacrer un quart de leurs revenus annuels pour l’établissement d’une école par paroisse.
L’école de la Visitation, ouverte en 1831, est la première école élémentaire du Sault. En 1842, on construit l’école Saint-Charles-du-Bas-du-Sault sur le boulevard Gouin. Lucie Brunet y est institutrice. Elle y enseigne le catéchisme, la lecture, la grammaire, l’arithmétique, le dessein et le chant. On fait aussi une place d’honneur à la politesse et à la bienséance!
D’apparence très modeste, l’école de rang était généralement construite en bois, éclairée de plusieurs fenêtres. Un hangar à bois, un tambour qui sert de vestiaire, des latrines sont attenants à l’école. Sur le faîte de la toiture, un clocheton lui donne un cachet spécial. La cloche, par ses tintements, annonce le commencement des cours. La salle de classe se trouvait au rez-de-chaussée. L’étage supérieur était réservé à l’institutrice et comprenait généralement deux pièces : la cuisine et la chambre à coucher. Un long tableau noir couvrait une partie du mur en avant de la classe au pied duquel étaient installés, sur une tribune, le bureau et la chaise de l’institutrice. Trois rangées de quatre pupitres à deux places étaient fixés au plancher, à partir du milieu jusqu’au fond de la classe. Le local était muni d’un poêle en fonte à deux ponts qui réchauffaient le local durant l’hiver. L’âme de l’école de rang était sans contredit l’institutrice. Les parents lui donnaient toute leur confiance, car après le curé, le maire et les commissaires d’école, l’institutrice était la personne la plus respectée de la paroisse.
Avant le début du X1Xe siècle, il n’y a pas eu au Québec de véritable système d’éducation organisé, bien que l’Église ait mis en place quelques établissements d’enseignement régis par des communautés religieuses. À l’époque de la Nouvelle-France, l’école des Ursulines de Québec et celle de la Congrégation Notre-Dame veillent à l’éducation primaire des jeunes filles, tandis que les Jésuites, les prêtres du Séminaire de Québec, les Récollets et, plus tard, les Sulpiciens (1767) proposent aux garçons de poursuivre des études classiques. Les autorités coloniales françaises n’interviennent jamais dans l’éducation, sauf peut-être pour accorder des subventions importantes pour céder des propriétés aux communautés religieuses enseignantes.
La conquête n’a pas d’effets immédiats sur l’éducation. Les écoles continuent de fonctionner, mais certains établissements, comme le Collège de Québec, sont pratiquement détruits au cours de la Guerre des Sept Ans. L’interdiction imposée aux Récollets et aux Jésuites de faire du recrutement dans la colonie et en France, jointe à l’absence de subventions de la part des autorités coloniales, rend la situation des écoles plutôt précaire et ne fait qu’accroître le taux d’analphabétisme – à la fin du XIXe siècle, seulement un habitant sur douze sait lire et écrire. En 1868, le gouvernement de la province de Québec crée le ministère de l’Instruction publique. Cet ancêtre du ministère de l’Éducation n’existera toutefois que huit ans, puisqu’en 1875, le premier ministre Boucher l’abolit sous prétexte que l’État n’a ni le temps ni la compétence nécessaire pour s’occuper d’éducation. Les véritables lésionnels reviennent au Conseil de l’Instruction publique créé par une loi en 1856 puis scindé en deux comités confessionnels, l’un catholique, l’autre protestant, en 1869. L’Église, qui réussit à faire nommer au sein du comité catholique tous les évêques de la province, prend rapidement la direction du système scolaire québécois; elle ne perdra cette entreprise qu’en 1964 avec la création du ministère de l’Éducation.
C’est en 1960, en même temps que la Révolution tranquille au Québec, que s’est faite la réforme du système scolaire. Des écoles centrales se localisent au centre des villages. Les écoles de rang disparaissent peu à peu. Plusieurs d’entre elles sont démolies ou modifiées en habitation familiale, d’autres sont transformées en petits musées évoquant une institution qui a marqué durant plusieurs décennies l’histoire du Québec.