La ville des pirates
Rien, pour le moment, n’a lié directement Montréal-Nord aux lourdes pratiques de corruptions que la Commission Charbonneau met chaque jours un peu plus en lumière. De véritables pelletées de corruption (si l’on souhaite demeurer dans le champ lexical de la construction).
Rien donc n’a relié l’administration locale aux scandales, sauf un élément qui n’a rien d’un détail, le parti des cinq élus municipaux de Montréal-Nord : Union Montréal. Il s’agit du parti politique du nouvellement démissionnaire maire Gérald Tremblay et, nous le savons désormais, d’une véritable machine à collecter l’argent d’entrepreneurs en construction.
Ce parti, dont l’ancien maire lui-même n’est plus très fier, a non seulement pavé la voie au vol de centaine de milliers de dollars, probablement des millions, d’argent public, mais a aussi suscité le dégoût de bien des concitoyens. Si ce dégoût menait à une plus grande implication politique dans la population, ça serait déjà ça pris. Mais au contraire, la corruption généralisée tend à rendre les gens cyniques et apathiques. Cette conséquence est pire encore que les pertes financières puisqu’elle a pour effet d’abandonner plus avant les leviers de notre société à des requins sans scrupule.
Est-ce que l’on peut compter sur nos élus nord-montréalais pour s’indigner ou mieux, dénoncer la corruption au sein de la Ville ? De collaborer avec les autorités contre les escrocs dans leur entourage plutôt que de demeurer aux services d’Union Montréal ?
Frantz Benjamin, dans St-Michel, a eu ce courage, de cesser de participer au caucus de son parti. Geste courageux, certes. Cela ne fait pas du monsieur un modèle d’intégrité pour autant (comment expliquer que, s’il est vrai qu’il n’ait rien vu, qu’il n’ait pas cherché à voir?), mais c’est déjà une longueur d’avance sur notre conseil d’arrondissement. Espérons que les citoyens et citoyennes s’en rappelleront lorsqu’il viendra le temps de choisir, ou non, ceux et celles qui se présenteront aux côtés de Denis Coderre, lui-même déjà sur la sellette suite aux révélations des témoins de la Commission Charbonneau.
Maintenant que je suis rassuré sur la capacité de la Commission Charbonneau à désigner les bandits qui n’ont pas hésité à abuser de la confiance que le public a placée en eux, une nouvelle inquiétude a surgit : celle selon laquelle quelques « méchants » reçoivent l’opprobre générale et que tous les autres s’en tirent comme des « bons jacks » qui ne savaient rien de tout cela.
Comme l’ancien maire, qui ne savait rien. Comme Line Beauchamp qui ignorait avoir des membres de la pègre à sa table. Comme tant d’autres qui se seraient fait trompés par un entourage malhonnête.
Soyons collectivement durs avec la corruption. Très durs. Et ne confions plus notre pouvoir à tous ceux et celles qui n’ont pas eu la présence d’esprit d’avoir voir ce qui se passait autour d’eux et qui n’ont pas posé les bonnes questions lorsque des organisateurs sont débarqués avec des liasses d’argent. Ne soyons pas dupes. Soyons sans pitié pour ces charmeurs qui manquent terriblement de rigueur.
Guillaume Hébert
6 novembre 2012