L'été de tous les dangers : Adriennes Charles lève le voile sur son enfance
Tu travailles dans le domaine médical, mais tu es passionnée par l’écriture. D’où vient cette passion?
Plus jeune, je n’étais pas vraiment attirée par la lecture. Je lisais des « Archie » et autres bandes dessinées. Au secondaire un professeur de français nous obligeait à lire des romans puis à faire un rapport détaillé après chaque lecture. C’est ainsi que j’ai découvert les romans. J’étais fascinée par la capacité qu’avaient les auteurs de nous captiver. J’ai développé, conjointement avec mon gout de la lecture, le gout de l’écriture. Dès lors, je voulais moi aussi écrire des romans.
Comment en es-tu venue à publier un premier et un deuxième roman?
J’ai toujours su que si je voulais écrire un jour, je devais avoir une profession en parallèle. Ainsi, j’ai complété un DEC en technique d’analyses biomédicale, car j’aimais aussi les sciences, la biologie surtout. Sans oublier mon rêve d’écrire, j’ai cheminé dans ma vie, tant professionnelle que personnelle. Dès la première occasion qui s’est présentée devant moi, alors que je n’étais ni au travail ni aux études, j’ai saisi l’opportunité de commencer mon premier roman. J’étais alors en retrait préventif. Ainsi, la naissance de mes enfants et les congés qui s’en suivaient coïncident avec les moments d’écriture de mon premier roman. Pour le deuxième, soit celui dont nous parlons aujourd’hui, j’ai trouvé le temps malgré mes nombreuses occupations.
Sans vendre le « punch », peux-tu nous résumer « L’été de tous les dangers » ?
C’est l’histoire d’un groupe d’amis adolescents, tous d’origine haïtienne, vivant à Montréal-Nord et qui sont touchés par la pauvreté. L’été, ils sont obligés d’aller travailler aux champs. Il va leur arriver une série de péripéties, dont un drame qu’ils n’ont pas vu venir. Leur vie basculeras a jamais.
Quelle part de l’histoire est réellement biographique en comparaison avec ce qui est fictif?
La majeure partie des faits rapportés sont véridiques. La rue, le duplex, les champs et les personnages sont tous réels. Tout ce qui est rapporté, ce sont des choses qui sont arrivées pour vrai. Seulement, l’ordre chronologique des événements, les noms des personnages ainsi que certains détails ont été modifiés pour préserver la confidentialité des individus.
Il est beaucoup question de racisme dans cette histoire. Comment as-tu vécu ce phénomène dans ta jeunesse?
Plus jeune, le racisme était pour moi quelque chose qui faisait partie de la vie comme la pluie et le beau temps. Il fallait s’acclimater. J’ai toujours refusé de me victimiser par rapport au racisme. Si une personne me voit comme un être inférieur parce que je suis noire, c’est son problème. Telle est ma devise.
Pourquoi les jeunes qui allaient travailler aux champs avaient-ils honte de ça?
Parce qu’ils avaient peur d’être l’objet de moqueries de la part de leurs camarades d’école. Comme tous les adolescents, ils veulent être comme les autres. Le travail dans les champs les étiquetait d’emblée comme des indigents. Bien qu’ils étaient issus d’un milieu défavorisé, ils faisaient tout pour le cacher.
La réalité que tu décris dans ce livre a-t-elle changée aujourd’hui selon toi?
D’abord, je voudrais spécifier aux lecteurs que « L’été de tous les dangers » n’a pas été écrit dans le but de régler mes comptes face à la société québécoise, au racisme ou encore avec le travail dans les champs. Mon but premier était de lever les voiles sur un milieu méconnu, partager un pan de ma vie qui m’a marquée et espérer défaire certains préjugés. Cela étant dit, pour répondre à la question, juste avant la publication du roman, je suis retournée aux champs, histoire de voir si les choses avaient changées. Eh bien, à mon grand étonnement, à part quelques petits changements, tout est encore pareil.
As-tu d’autres projets d’écriture?
Certainement que j’ai d’autres projets d’écriture. J’ai déjà en tête l’histoire de mon prochain roman. Je pense bien continuer d’écrire des romans dans le même registre que celui-ci.