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Action Patrimoine

Dans cette chronique, j’aimerais vous entretenir de patrimoine, et ce, pour plusieurs raisons.

La première, Mont-Royal constitue un lieu historique assez unique en son genre au pays, reconnu notamment d’importance historique nationale par la Commission des lieux et monuments historiques du Canada.

La seconde, nombre de citoyens sont préoccupés par la destruction systématique du patrimoine urbain de Mont-Royal. Enfin, collectivement, nous serons appelés en 2014 à nous prononcer sur l’encadrement juridique et administratif de ce patrimoine (refonte des règlements régissant la démolition et la rénovation des immeubles, l’occupation maximale du bâti au sol, etc.). C’est pourquoi je me permets de vous soumettre quelques questions d’intérêt.

Naissance d’un concept urbain

Le développement de Ville Mont-Royal tient son origine de la volonté de la compagnie Canadian Northern Railway d’acquérir les terres agricoles bordant l’entrée nord du tunnel qu’elle entendait construire sous le mont Royal.

Le développement d’une ville s’est alors imposé. Une fois la charte de Ville Mont-Royal obtenue (1912), c’est l’architecte-paysagiste Frederick Gage Todd qui en conçoit les plans d’aménagement. Ceux-ci s’inscrivent dans le mouvement City Beautiful de la fin du XIXe siècle. La conception de Todd favorise l’harmonie entre la nature et les paysages urbains. D’anciennes photos aériennes publiées dans l’album du centenaire permettent de mieux saisir les éléments de cet aménagement urbain.

Première question: est-ce que la qualité des paysages urbains constitue toujours un élément caractéristique à privilégier dans notre ville?

Les premières phases du développement urbain

Les trois premières phases du développement urbain de Ville Mont-Royal sont bien illustrées dans le plan d’implantation et d’intégration architecturale (PIIA) : phase 1 (1915-1935), phase 2 (1935-1955), phase 3 (1955-1975).

Ces phases ont respecté l’intégrité du plan initial de Todd, dans son esprit, sa forme et les paysages qui en découlent. Il y a encore des exemples de l’architecture en vogue pendant la première phase notamment dans le secteur Berwick/Walpole/Saint-Clare et celui des rues Chester, Portland, Carlyle et Kindersley à l’est de la rue Caledonia.

À l’époque, la superficie d’occupation au sol pour le bâti dépassait rarement les 15% de la superficie totale d’un terrain. Il n’était pas rare que deux lots constituent un terrain unique pour les maisons érigées aux intersections des rues et des avenues.

Tout respirait la verdure et les vues transversales d’une rue à l’autre offraient des dégagements permettant de préserver l’amalgame entre nature et paysages urbains prôné par Todd. Notre photo présente un paysage urbain typique de Ville Mont-Royal et qui n’existe plus.

Deuxième question: l’architecture typique des phases initiales du développement urbain inscrites dans le PIAA et qui fait le charme particulier de certains secteurs de notre ville devrait-elle faire l’objet d’une protection particulière?

L’effondrement du concept de Todd

Un manque de vision à long terme, un laisser aller et un piètre intérêt pour l’unité architecturale d’un secteur ont fait en sorte d’imposer différents styles d’architecture au fil des ans. On a vu surgir çà et là des modèles d’architecture qui n’ont absolument rien à voir avec les styles consacrés à Mont-Royal.

Une tendance lourde s’est aussi imposée dans les années 2000, celle de maisons surdimensionnées qui rappellent vaguement les mansions de Beverly Hill ou celles des états du sud des États-Unis. La dérive aura été favorisée par de mauvaises décisions sur le plan de l’urbanisme (de 15% qu’il était à l’origine, le pourcentage de l’occupation au sol pour le bâti est passée à 33% de la superficie d’un terrain, soit plus du double).

À cette augmentation de l’occupation au sol pour le bâti s’est combinée l’augmentation astronomique du volume des nouvelles constructions. On a tous en tête des exemples où le volume d’une nouvelle construction est deux fois plus important que celui de la construction d’origine. Parfait cocktail pour achever le saccage du concept mis de l’avant par Todd.

Question: Devrait-on restreindre la superficie d’occupation au sol pour le bâti ainsi que le volume des nouvelles constructions pour protéger ce qui reste de paysages urbains de Mont-Royal? Des solutions existent pour empêcher la destruction systématique du caractère patrimonial de notre ville. Le temps de l’action est venu.

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