Soutenez

Lacerte versus Rosenberg, acte II

Joanny-Furtin Michel - TC Media
« Ces deux dernières journées ont été beaucoup plus intéressantes et beaucoup moins frustrantes que les deux premières », admet Pierre Lacerte à l’issue des quatre jours d’audience devant la Cour supérieure du Québec où l’ont poursuivis pour une plainte de 375 000$, Michaël et Martin Rosenberg et Alex Werzberger.

« J’ai pu me défendre et contre-attaquer et cela s’est très bien passé. J’ai pu rétablir les faits et déboulonner beaucoup de faussetés racontées à la juge Claude Dallaire. J’ai pour preuves des photos, des ententes écrites, des jugements, des documents obtenus par la loi d’accès à l’information et des témoins tout à fait crédibles. »

« Il était important de démontrer que l’enjeu n’était pas une simple chicane de clôture entre voisins. Pour moi, il s’agit d’un débat d’intérêt public au niveau municipal et provincial. Il est inacceptable que des gens utilisent des poursuites abusives pour étouffer la liberté d’expression. Tout ce que voulaient mes poursuivants était essentiellement de fermer mon blogue et me mettre à genoux », pense Pierre Lacerte. « Après mon contre-interrogatoire, j’ai fait entendre mes témoins. »

L’un d’eux était l’ancien sergent-détective Sylvain Desjardins du PDQ 24 qui avait reçu la plainte de harcèlement que Michael Rosenberg avait portée contre Pierre Lacerte en mai 2008, mais qui n’avait pas été retenue. M. Desjardins a témoigné du fait que M. Rosenberg aurait tenté de négocier le retrait de sa plainte criminelle contre la fermeture du blogue de Lacerte.

Un autre témoin a été Paul-Guy Duhamel. Celui-ci a déjà siégé avec M. Rosenberg au comité sur les relations intercommunautaires d’Outremont. M. Duhamel a raconté à la juge Dallaire le malaise qu’il avait ressenti à la suite d’un voyage à New York auquel il avait participé en 2005.

Ce voyage avait été planifié par un organisme hassidique dont M. Rosenberg était administrateur. Paul-Guy Duhamel a remis en question le forfait de 200$ incluant le voyage aller-retour, les activités, les repas et la nuitée d’hôtel dans un hôtel 4 étoiles de New York appartenant à M. Rosenberg.

« J’ai calculé que ce voyage aurait dû coûter bien plus cher. J’aurais voulu savoir qui avait payé pour le surplus. » Me Julius Grey représente les trois plaignants hassidiques, tandis que Me Rosalia Giarratano et Me Hila Huelsen, représentent Pierre Lacerte.

Les interventions de Me Grey ciblaient souvent des expressions, des énoncés, des comparaisons utilisés sur le blogue de M. Lacerte, Accommodements Outremont :

«M. Werzberger dirige-t-il un réseau de trafic d’alcool ?

– Je ne sais pas s’il est impliqué, mais il a défendu les contrevenants à la loi sur l’alcool en qualifiant la saisie d’une tonne d’alcool dans une synagogue hassidique de harcèlement de la part des policiers. Pourtant, les accusés ont été condamnés.

Comment pouvez-vous dire que les plaignants sont des dirigeants influents de cette communauté ?

– Leurs membres leur obéissent au doigt et à l’œil.

La majorité des choses que vous leur reprochez sont légales. Ce n’est pas parce qu’une école n’a pas de permis qu’elle est illégale. Et vous n’avez pas les preuves de la majorité de choses que vous décrivez comme illégales sur votre blogue…

– M. Werzberger a avoué publiquement qu’il avait des deals avec l’arrondissement à propos du déneigement et d’une tolérance pour le stationnement.

Vous écrivez qu’il ment comme il prie…

– Il prie, je crois, trois fois par jour. Mais il a quelquefois menti par omission.

Vous parlez de secte. Pour vous, mes clients font partie d’une secte ?

– M. Rosenberg utilise lui-même le mot secte pour qualifier les communautés hassidiques.

Vous utilisez l’expression « barbus à redingote noire »

– Ne portent-ils pas la barbe et une redingote noire? J’utilise des expressions imagées, parfois humoristiques pour mieux illustrer mon propos.

Vous n’êtes pas d’accord pour qu’ils fassent des revendications auprès des élus ?

– Mon problème, ce ne sont pas leurs revendications, c’est la tolérance excessive, le laxisme et le double standard des élus municipaux qui sont inacceptables. Que des élus acceptent des voyages au rabais offerts par un groupe de lobbyistes nous apparaît intolérable.

Qu’avez-vous contre la nourriture kasher ?

– Qu’elle soit kasher ou hallal, je trouve que nous ne devrions pas être forcés de consommer des aliments religieux. Plus de 70% de la nourriture que nous consommons est kasher et, dans une moindre mesure, hallal. Nous devrions avoir le choix de consommer les produits qui correspondent à nos valeurs. Je suis contre l’abattage rituel hallal ou kasher où l’on égorge les animaux sans d’abord les étourdir. Pas besoin de s’appeler Brigitte Bardot pour ne pas vouloir consommer ce type de viande. »

Les témoignages

Voisin de Pierre Lacerte, Jean-Marc Corbeil fut le premier témoin de la défense. Il a raconté ces nuisances qui, prises individuellement, peuvent apparaître bénignes, mais qui altèrent la qualité de vie lorsqu’on les cumule: les travaux sans permis ou bruyants effectués le dimanche; l’achalandage, les autobus inter-cités pourtant interdits dans les rues résidentielles, sans oublier les stationnements en double qui bloquent fréquemment la circulation. Le bruit aussi, comme cette fête de la Torah fin 2009 qui a réuni près de 800 personnes et dont plus d’une trentaine ont envahi son balcon. «Chaque fois, c’est l’enfer…», a-t-il commenté.

Bien remplies, ces quatre journées au prétoire déborderont le mercredi 30 janvier, date prévue des plaidoiries. Les conclusions de la Juge Dallaire viendront ensuite. «J’espère bien régler cette affaire en 2013», termine Pierre Lacerte.

Articles récents du même sujet

Mon
Métro

Découvrez nos infolettres !

Le meilleur moyen de rester brancher sur les nouvelles de Montréal et votre quartier.