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La richesse des artistes

Depardieu quitte la France pour ne pas payer d’impôts. Enfin, pour en payer moins. Les Belges l’accueillent et les Russes lui offrent la nationalité, un ministère, une maison, et quoi encore? C’est à devenir bête.

Il y a quelques jours, un producteur français a publié un texte d’opinion dans Le Monde où il déclare que les vedettes françaises gagnent trop cher (À lire en cliquant ici…).

Or il faut faire la nuance : certaines mauvaises langues s’empresseront d’amalgamer les mots « vedettes » et « artistes », ils nous diront que les artistes sont trop riches, sont braillards, qu’ils sont des limaces ou des têteux de subventions. Pourtant, entre « l’artiste » et la « vedette », il y a un monde, que dis-je, un univers entre les vies des uns et des autres.

Combien d’acteurs, de musiciens, de cinéastes, de peintres ou d’écrivains de talent et d’expérience doivent encore, pour payer leur loyer, travailler à des fonctions aussi éloignées de leurs formations et de leurs talents et servir des petits déjeuners dans des restaurants à touristes, faire le ménage dans un théâtre du centre-ville ou pousser des décors dans les couloirs d’un d’une station de télé? Des tonnes !

Pour un seul artiste qui gagne bien sa vie, des dizaines, voire des centaines, présentent des revenus inférieurs à 15 000$ par an, et ce en cumulant les revenus de diverses sources.

Revenons à Depardieu.

Comme ici, le cinéma français est principalement financé par l’État, via des organismes de financement. Et comme ici, les producteurs investissent très peu de leur argent. À la limite, le producteur travaillera sans être rémunéré pour monter le projet, pour le présenter aux institutions, pour le financer. Mais une fois le financement réuni, le producteur se paie, et ce de manière rétroactive.

Lorsque le film est enfin financé (quand ça arrive), le producteur s’assure de trouver une vedette, question d’attirer les foules au box-office. La vedette demande cher, sûre de son pouvoir, la compétition est féroce, tout le monde veut voir ses salles se remplir : plus elles le sont, plus vite les institutions seront remboursées et d’autant plus de films pourront ainsi être financés.

N’en reste pas moins qu’une fois le cachet de la (ou des) vedette(s) négocié, le reste du budget est à construire. On réserve l’équipement, les studios, on loue le matériel, les lieux de tournage, on engage les techniciens, les artisans, avec lesquels on négocie serré, dans la mesure des marges que permettent les conventions collectives des différents syndicats et unions, on calcule la part du producteur, ses frais d’administration, de gestion, etc.

Puis on passe aux petits artistes, aux rôles de soutien, aux seconds et aux troisièmes rôles. Dans bien des cas, on propose un traitement en différé, c’est-à-dire qu’une part du cachet est versé au moment du tournage, alors qu’une autre part l’est si, et seulement si, le film en vient à faire de l’argent. Si jamais le film rempli ses salles.

Le serpent se mord la queue…

Le même processus est monnaie courante au théâtre. On y appelle ça de l’autogestion. Les acteurs sont alors payés avec les entrées au guichet, mais il arrive que les frais dépassent les prévisions et que les acteurs ne touchent que la moitié des ventes de billets.

Dans un cas récent, la valeur de la vente au guichet devait garantir 700$ aux acteurs, pour 15 représentations, ce qui revient à 46,66$ par représentation. Les acteurs, à ce jour, n’ont touché que 300$, c’est à dire 20$ par représentation. Dans cette production, plusieurs acteurs sont considérés comme des vedettes. On les voit à la télé, au cinéma…

Même si tout le monde fini par recevoir un peu d’argent, en bout de ligne, ce sont encore les artistes qui financent, indirectement, la culture, l’art. Il arrive aussi que les vedettes participent au principe des traitements en différé. On s’entend que 55% d’un million, ça demeure 550 000$ de fonds publics qui sont versés à une seule et même personne. Disproportionné, peut-être, mais that’s the name of the game…

Là où je ne suis plus, c’est quand cette personne refuse de payer ses impôts. Depardieu ne devrait jamais oublier que ce qui l’a rendu riche, ce sont des fonds publics, et ce en très grande majorité. À quand le départ vers la Russie ou la Belgique de l’une de nos vedettes préférées? Ah oui, j’avais oublié, les plus riches d’entre les nôtres vivent souvent déjà à l’étranger : en Floride, en Irlande, dans les Keys…

Et il y a le béton, les administrations trop lourdes, les excès, etc. Des fonds alloués à la culture, ici, j’aimerais savoir quelle part va directement aux artistes. Jusque-là, je maintiendrai que ce sont les artistes eux-mêmes qui financent, par leur presque bénévolat, ce que nous appelons la culture.

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