La chronique (bis)
Il y a la question de la régularité : si la chronique est un genre dit d’opinion, comment arriver à s’exprimer avec pertinence à intervalles réguliers. Pourquoi choisir un sujet et en laisser d’autres de côté. Quel regard nouveau puis-je porter sur ceci ou sur cela.
Il y a la question de la forme, aussi, la question du point de vue, du style. De l’écriture, quoi. Et il y a, surtout, surtout, la question de la durée, de la persistance dans le temps, de la survie de la pensée et des sujets. Doit-on publier ses chroniques sous la forme de livres? Je ne sais pas.
J’ai toujours l’impression que ça fait un peu « manque d’humilité ». Et après, que publier et comment organiser un tel recueil? Je pratique cet « art » depuis une quinzaine d’années déjà et je dois approcher le millier de chroniques publiées. Et je serais bien embêté de les regrouper sous la forme d’un livre.
Il serait mentir de dire que je n’y ai pas pensé, mais toujours, je me garde une petite gêne : mon besoin de reconnaissance et de flatterie n’est pas encore poussé à ce stade… J’accorde le droit à certains grands, surtout s’ils ont quitté ce monde, de voir regroupés leurs textes dans des anthologies.
J’ai par contre un peu de mal avec ceux qui s’auto congratulent en laissant paraître sous forme de livre leur petit pain quotidien ou hebdomadaire. Dans certains cas, quand la suite des chroniques peut faire changer la perception de la forme globale, je consens.
Quand, dans le cas d’un Sunny Duval (chez Coups de tête, oui), les chroniques regroupées se mettent à ressemble à un roman ou à un récit, j’en veux. La magie de l’écriture prend ici le pas de la chronique. C’est un bonus, une plus-value intellectuelle, une augmentation du sens.
De la même manière, je suis curieux de lire le livre de Catherine Voyer-Léger (Hamac), un recueil de ses textes publiés sur son blogue et que je lirai avec plaisir, parce que je sais que Catherine y parlera de littérature et que je sais qu’une fois réunis, ses textes permettront d’en apprendre sur la lecture, sur les œuvres et sur le plaisir sublime qu’est celui de comprendre mieux.
Stéphane Dompierre
Je le dis d’emblée : j’aime Stéphane Dompierre. Je le spécifie d’office parce que je ne voudrais pas que vous pensiez que ce qui suit relève d’une guéguerre personnelle.
J’avais adoré Un petit pas pour l’homme. Tellement qu’avec Stéphane, nous avions décidé de croiser un chapitre de nos livres suivants : nos personnages se sont rencontrés dans son Mal élevéet dans ma Machine à orgueil.
J’ai été l’éditeur de Morlante, chez Coups de tête, livre que je suis fier et heureux d’avoir publié, parce qu’il m’apparaît comme un des bons romans de pirates qu’il m’ait été donné de lire.
Humilité
La semaine dernière, Stéphane faisait paraître un recueil de ses chroniques parues sur Yahoo.ca.
Je n’ai pas lu encore et je crois que je ne le lirai pas : inutile de se faire du mal. Je sais qu’il fait 176 pages et qu’il s’appelle Fâché noir, qu’il s’agit des chroniques qu’il a écrites sur le site Yahoo.ca. J’ai lu, au fur et à mesure, quelques-unes des chroniques de Stéphane. J’ai souri quelques fois, mais n’ai jamais été transcendé, jamais eu l’impression que c’était un genre où mon ami excellait.
Quand j’ai vu que Stéphane publiait ses chroniques, j’ai été surpris. Me semble que ça ne fait pas longtemps qu’il chronique… J’ai vérifié, je me suis rendu sur la page Yahoo de ses chroniques.
Vite fait, j’en ai compté 80. À 600 mots par chronique, ça fait 48000 mots, c’est-à-dire environ 176 pages, selon la mise en page.
Stéphane Dompierre a-t-il publié TOUTES ses chroniques, ma foi?
Je ne sais pas. Et je ne prendrai pas la peine d’aller vérifier.
Ça fait quand même cruellement « manque d’humilité ». Et je me retiens d’être méchant. Parce que j’aime trop Stéphane. Ça me semble futile, auto contemplatif, « self centered« , flattage de poil dans le bon sens, grattage de nombril puéril et insignifiant et enflure d’égo : c’est inutile et d’une tristesse infinie.
Oui, pour le paraphraser, je suis fâché noir contre Stéphane. C’est rigolo jusqu’à une certaine limite de se prendre pour un autre, mais shut up and play your guitar (comme dirait le vieux Zappa), Steph. Mets tes tripes sur la table et arrête de te flatter le croupion avec une plume vide. Fâche-toi pour vrai ma poule, fais-moi peur. Fais-moi trembler dans mes certitudes, provoque-moi.
Et je serai content de te lire, peu importe la forme.
Comme dans certains cas un peu tordus, ce sera une forme d’amour.