Art moderne et techniques antiques
« Je peins des aplats selon la technique égyptienne des peintures murales et des hiéroglyphes, mais aussi selon les préceptes de la bande dessinée en tant que bande narrative», explique Yves Tessier.
La caséine entre dans la composition de la matière peinte à laquelle il ajoute des pigments naturels pour la plupart des couleurs comme de la malachite, du lapis-lazuli, des terres vertes, de la terre véritable pour le jaune ocre, auxquelles j’ajoute parfois des pigments historiques comme le kaput mortua, une terre violacée. Et enfin selon les teintes recherchées des couleurs plus industrielles et saturées.
Le support même de l’œuvre n’est pas anodin quant à la réception du matériau coloré et son maintien. Yves Tessier peint ses œuvres la plupart du temps sur des plaques d’aluminium apprêtées au shellaque, c’est-à-dire laquées d’un vernis, suivi d’un gesso à la poudre de marbre multicouche.
«Il n’y a pas de textures sur le métal, contrairement au bois ou à la toile. Cela me permet de mettre en relief la matière spécifiquement. La trame est perçue ainsi.»
«Des scènes de la vie quotidienne font mon inspiration, et j’aime mêler les cités et les personnages.» On remarquera dans les œuvres présentées à la GAO l’application volontairement désordonnée des lois de la perspective en rupture sans cesse avec les parallèles comme s’il y avait plusieurs points de fuite dans l’image et qui, mis côte à côte, racontent une histoire. Ainsi cette femme en imperméable qui se dirige vers une voiture de sport, que fuit-elle, qu’espère-t-elle?
À cette question, «je m’occupe du contenant. Le contenu, c’est la responsabilité du spectateur», répond l’artiste. «Je peins ce qui m’est familier. Je pense que, dans ce sens, je n’ai pas encore couvert tous les aléas de l’homo sapiens», avance Yves Tessier.
«On est tous une même espèce. On est tous pareils», résume ainsi un peintre qui confronte dans un déséquilibre voulu la fragilité humaine et ses formes organiques contre l’aspérité la rigueur des lignes anguleuses des obliques et des parallèles.»