Le dialogue des Carmélites
L’équipe de concepteurs est complétée par Robin Wheeler, directeur de l’Atelier d’opéra, Carl Pelletier pour la scénographie et les costumes, et Nicolas Descoteaux aux éclairages.
« Il n’y a pas de meilleure façon de célébrer le cinquantenaire de la mort de Poulenc (1963) que de plonger dans son plus grand chef-d’œuvre : son opéra les Dialogues des Carmélites, composé à partir de la pièce de Bernanos», explique Jean-François Rivest.
« Cette œuvre décortique la subtilité des sentiments contradictoires, il met en scène l’opposition entre la ferveur religieuse et la sensualité humaine, le pathétique et la retenue. Le livret est profondément spirituel et dépouillé.»
D’après le texte homonyme de Georges Bernanos, Dialogues des Carmélitesrelate la condamnation des religieuses de l’ordre des Carmélites de Compiègne, pendant la Révolution française. Coupables de «fanatisme et sédition» par le tribunal révolutionnaire, elles furent guillotinées sur la place publique en 1794.
Un argument singulier; la traditionnelle histoire d’amour propre à l’opéra n’a pas sa place ici, puisque l’action se situe essentiellement au couvent, dans une atmosphère de prière et de réflexion sur la peur, le martyr, la Grâce et la mort.
Une œuvre empreinte de spiritualité
Comme la salle Claude-Champagne ne permet pas une fosse d’orchestre, l’équipe a donc eu l’ingénieuse idée de bâtir une mezzanine au-dessus des musiciens pour faire évoluer les artistes lyriques. «L’action ne permettait pas de reprendre l’idée mise en place pour le Pélléas et Mélisande de l’an passé où les personnages évoluaient autour de l’orchestre», explique Jean-François Rivest.
«Pourquoi cet opéra ? C’est important de se frotter à ce répertoire. Cela demande de faire attention au casting. Il y a beaucoup de rôles féminins, ce qui est un plus pour une formation étudiante où l’on trouve toujours plus de chanteuses. Elles seront 16 sur scène dans ce cas. Et plein d’autres bonnes raisons», résume Jean-François Rivest.
«En tant que chef j’ai besoin de rassembler tout le monde autour d’un grand projet. Entre le mont Royal et l’Everest, il y a d’autres sommets dans lesquels il faut trouver l’œuvre suffisamment difficile, mais réalisable pour entraîner cette équipe de grimpeurs que sont les étudiants en musique. »
«À propos de la composition musicale, la ligne vocale suit toujours le fil musical; c’est presque plus parlé que chanté. Le texte est incroyable et ce texte a habité Poulenc qui a du s’isoler plusieurs semaines pour en achever la composition, précise Jean-François Rivest. La Révolution est juste évoquée dans ce vase clos d’où émergent beaucoup d’émotions et de sentiments contradictoires, comme entre autres la peur et la transfiguration. Le côté très spirituel de Poulenc est très présent dans cet œuvre de Poulenc.»
Une prieure… pleine de grâce
Originaire d’Ottawa, la soprano lyrique Geneviève Colletta vit à Montréal. En spectacle, on la décrit «tendrement sensuelle et d’une beauté délicate». Elle poursuit des études de 3e cycle à l’Université de Montréal.
Elle interprètera le rôle de Madame Lidoine, dans la production des Dialogues des Carmélites de l’Université de Montréal, puis Donna Anna dans Don Giovanni à Lucca, en Italie. Un voyage lyrique émouvant pour cette cantatrice dont le père est d’origine italienne.
«Madame Lidoine est un personnage, très terre à terre et très humaine, sans prétention, elle connaît ses responsabilités. C’est un rôle qui demande un calme incroyable pour bien interpréter ce rôle », explique-t-elle.
« On a tous les registres vocaux de la palette de soprano. La prieure Lidoine, c’est le rôle le plus sérieux que j’aurais chanté à date. C’est à travers cet aspect spirituel dans la musique que l’on voit la force profonde de chacun des personnages et leurs moments de courage…»