Pas dans ma cour… de triage!
Jamais je n’aurais pu imaginer que ce cocon douillet, ce « coffre de bois paternel » renfermant les souvenirs de tous mes Noëls d’enfance et plusieurs fêtes familiales de ma vie d’adulte aurait pu, un jour, être englouti par les entrailles suppurantes du train de minuit.
En voyant une photo aérienne de la scène apocalyptique, le 31 boulevard des Vétérans semble avoir été directement emporté par la coulée de lave bitumineuse. Contrairement aux maisons qui l’entourent, de l’ancienne propriété de mon grand-père Allard, il ne reste qu’un lopin de suie noire et fumante. La maison du notaire Veilleux? De l’avocat Lacoursière? Des Poulin? De M. Richard? De Mme Dion? Dévastées. Toutes.
J’ai appris qu’Éliane Boulanger (née Parenteau), une tante du côté de mon père qui habitait trois maisons plus loin, n’a pu, à 93 ans, échapper à son destin infernal. Même le crématorium est redevenu poussière.
Mais au milieu de cet enfer dantesque, tout n’est pas perdu. Le kiosque à fanfare du parc des Vétérans pourrait déjà accueillir l’orchestre des Résiliants. Les maisons des Ti-Bi Drouin, Mercier, Périnet et Bourque sont toujours debout. Tout comme le sont les quelque 5950 Méganticois qui ne manquent pas à l’appel. Ils se sont découvert une nouvelle solidarité et une nouvelle raison de s’interroger sur ce qui vient de leur arriver.
Et puisque nous sommes tous devenus Méganticois, des inquiétudes se soulèvent partout où les chemins de fer s’insinuent. Lundi dernier, battant le fer pendant qu’il était chaud, le maire de Farnham a adopté des résolutions pour que la compagnie MMA cesse au moins temporairement ses activités ferroviaires.
Au même moment, dans la salle du conseil d’Outremont, la mairesse Marie Cinq-Mars cherchait à rassurer. Incapable de répondre à un résident qui lui demandait si la ville disposait d’un plan d’urgence en cas de catastrophe, Mme Cinq-Mars avait, en revanche, une réponse à donner à un autre citoyen dont la résidence se trouve à moins de sept mètres de l’emprise de la gare de triage du Canadien Pacifique. « Dans deux ou trois ans, la voie ferrée qui passe derrière chez vous sera déplacée vers Parc-Extension. Elle longera l’avenue Beaumont.»
Bref, Outremontais et Montréalais, ne craignez rien. On n’a aucune idée des produits dangereux ou toxiques qui circulent dans notre cour, mais si ça devait sauter, ça se fera 300 mètres plus loin. Ailleurs, mais pas dans ma cour… de triage!
Pierre Lacerte
résident d’Outremont
candidat indépendant, district Claude-Ryan