Un pas à la fois
7h23 lundi matin au coin de Du Manoir et Hartland, les enfants arrivent peu à peu et certains enfilent les dossards du Trottibus que leur remettent les accompagnateurs. Puis le départ est donné par un grand monsieur jovial et souriant aux sourcils prononcés: c’est Jean Béliveau qui marchera avec eux jusqu’à l’école sur ce trajet Trottibus, un trajet sécurisé, défini il y a quelques années par les efforts conjoints du service de police de Montréal, de l’école Saint-Germain-d’Outremont et de la SCC, cheville ouvrière de ce projet pour remettre les jeunes générations en santé.
Une activité questions/réponses était organisée dès 8h à l’arrivée des trottineurs à l’école Saint-Germain-d’Outremont, avec Jean Béliveau à propos de son périple de onze années autour de la planète.
« J’avais une entreprise d’enseignes lumineuses près de Granby, définitivement mise à mal par la Crise du verglas en 1998. Ce fut aussi pur moi une crise de la quarantaine parce que je remettais beaucoup en question mon existence et mes choix de vie. »
« En regardant l’horizon, je me suis demandé le temps qu’il faudrait pour rejoindre New York, puis atteindre le Mexique, et ainsi de suite. J’ai préparé mon voyage pendant dix mois. Mais je ne l’ai annoncé à ma famille que trois semaines avant de partir le 18 août 2000. Et je ne suis rentré qu’en octobre 2011! »
Un périple pour les enfants du monde
Le 18 août 2000, à 9h, Jean Béliveau part de Montréal, Canada. Son but est de faire le tour du monde à la marche pour promouvoir « la Paix et la non-violence au profit des enfants du monde ». Voyageur solitaire, il n’a pour tout compagnon, qu’un tricycle à bagage qui contient un peu de nourriture, ses vêtements, une trousse de premiers soins, une petite tente et un sac de couchage.
Jean a traversé les continents, de l’Amérique du Nord à l’Amérique du Sud, de l’Afrique du Sud à l’Europe, ensuite le Moyen Orient, le sud et l’est de l’Asie, l’Australie, la Nouvelle Zélande et finalement de retour au Canada par l’ouest. Ce périple de 11 ans coïncidait avec la proclamation des Nations Unies « 2001-2010 – Décennie internationale de la promotion d’une culture de la non-violence et de la paix au profit des enfants du monde. »
Des hommes de bonne volonté
« Je suis parti avec 4000$ et régulièrement ma femme me faisait suivre. Mais les gens que j’ai rencontrés ont été particulièrement généreux en termes d’hébergement, de repas, d’argent parfois. J’ai même eu droit à des soins de santé gratuits. C’était, me disaient-ils, leur manière de soutenir mon projet humaniste. »
« Bien sûr, il a fallu résoudre des problèmes de visa selon certains pays où les Canadiens ne sont pas toujours les bienvenus. » Ce sont alors de rares moments où deux êtres humains se parlent et font le choix de s’entraider. Et Jean raconte nombres d’anecdotes chaleureuses entres des cultures, des familles, des enfants. « Ma famille est venu régulièrement me voir sur mon parcours en me rejoignant là où j’étais. J’ai ainsi vu ma mère en Turquie se souvient-il. Finalement eux aussi ont voyagé avec moi… »
On dit que le tour du monde commence par un simple premier pas devant sa porte; et Jean ajoute « et déjà au deuxième, ce que vous laissez derrière fait partie du passé… » Et l’avenir commence au pas suivant. Le Trottibus, c’est un peu ça, un pas à la fois…