Un pas de deux infini
« Quand j’étais petite à l’école primaire, nous avions seulement le choix entre deux activités parascolaires, le piano et le ballet que j’ai eu la chance de commencer à l’âge de 4 ans. Comme quoi, le parascolaire m’a emmené loin! »
« Plus jeune, tout en poursuivant mes études, j’ai continué la danse auprès de Marie-Josée Hardy, à ce jour la directrice artistique du programme de danse du Collège Jean-Eudes. »
« Bien sûr, comme toutes les petites filles qui grandissent, j’ai rêvé d’être une ballerine, mais j’ai dû en faire mon deuil parce que le corps des danseuses élites reste le résultat physique de dispositions naturelles, qui n’étaient pas les miennes pour le ballet! Oublions ce projet. »
« Passionnée par les sciences, je me suis tournée vers la biologie et des études en anatomie et biomécanique tout en continuant la danse moderne et contemporaine, mais aussi les danses urbaines et d’autres types de danse comme les claquettes, les gumboots, la danse africaine, car je voulais faire bouger mon corps de toutes les façons », admet la chorégraphe.
« Ma rencontre avec la danse à Outremont se fait alors au Centre des Arts et Loisirs situé au 215 de L’Épée, à l’école Outremont danse en 1988, où je suis élève et débute l’enseignement. J’y rencontre Myriam Belzile, Milenka Niederlova et Sacha Bélinsky. Ce parcours artistique avec ces personnes inspirantes m’a énormément appris en ce qui concerne l’interprétation, la performance, la confiance en soi aussi en tant qu’artiste. »
La genèse de l’ADO
« En 1992, au décès de Milenka, Myriam, Sacha et moi avons monté une première école qui s’appelait Coda Danse, située sur la rue De Gaspé. Nous avons aussi donné des cours parascolaires dans des écoles, garderies et centres à Outremont, Westmount, Cartierville, Longueuil. »
« Toujours dirigée par Myriam et moi, le nom de l’école a changé pour Académie de Danse d’Outremont (ADO) en 1997 et nous nous sommes réinstallés sur De L’Épée au Centre des Arts et Loisirs. C’est en 2006 que nous avons déménagé au Centre communautaire intergénérationnel (CCI), après un comité consultatif, dans les magnifiques studios. L’an passé j’ai ainsi célébré les 20 ans de l’ADO au Théâtre Outremont. »
« Avant 1988 et Outremont Danse, il y avait eu un tout premier cours », se souvient Irène. « On y enseignait seulement la danse classique avec une professeure presque caricaturale, Madame Legris, qui donnait la rythmique en tapant sa canne sur le plancher avec sa voix tonitruante. L’ADO a hérité de son piano dans le studio 3. Les héritages se transmettent et la danse continue… »
« Depuis 2011, j’assume seule la direction de l’école, avec l’administration, la gestion des horaires, des cours, les spectacles et évènements culturels, les choix artistiques et pédagogiques. Je suis assistée par Isabelle Chouinard au secrétariat et à la réception et par une équipe de 20 enseignants », précise Irène Galesso.
Suite à ses études en Sciences biologiques (Bsc. UDM) et Génie biomédical (Msc.A UDM), Irène Galesso a pu développer ses compétences en ostéopathie (D.O. CEO), mais aussi en enseignement de la danse. « J’ai obtenu un brevet qui m’a permis d’enseigner la bio en me spécialisant dans la danse sur l’anatomie fonctionnelle du corps. »
« Mais je ne voulais pas devenir un rat de laboratoire. Et l’ostéopathie auprès des danseurs m’a permis de faire tout un travail autour du corps en mouvement et comment en prévenir les blessures. » Le titre de son mémoire résume bien cette approche : L’influence du traitement ostéopathique sur le travail sur pointes chez les danseuses élites de ballet classique.
Quand l’art favorise l’académique
« Je pense que ce parcours un peu atypique a compté lorsqu’on m’a remis le Prix Hommage d’Excellence de l’enseignement de la danse de l’UQAM en novembre dernier lors du Congrès. C’est aussi mes combats pour la reconnaissance de la profession d’enseignant spécialiste en art à l’école. »
« Ce circuit diffère de celui du récréatif, ce qui n’est pas toujours clair pour les gens. Il s’agit plutôt de rendre les quatre arts accessibles à tous nos enfants dans les écoles primaire et secondaire du Québec »
« Le fruit ne tombe jamais bien loin de l’arbre puisque ma mère était enseignante. Maman est d’origine française, née à Angers. Mon père, d’origine italienne, venait de Campagna Lupia, petite ville de la Laguna, à 30 minutes de Venise. »
Ce brevet d’enseignement, Irène Galesso l’a usé depuis presque 20 ans, dont 13 ans sur les bancs de l’École Buissonnière. « Madame Tremblay, la fondatrice de l’école, avait compris que l’enseignement des arts était essentiel aux apprentissages académiques. »
« Elle partageait cette vision avec le ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport (MELS), notamment sur les quatre arts importants dans le développement physiologique, culturel et mental des enfants : la musique, les arts plastiques, le théâtre et la danse. »
« Comme elle, je crois fermement qu’il faut donner la chance aux enfants, et pourquoi pas aux adultes aussi, de découvrir sans préjugés ni a priori toutes les formes d’art. Il en est de très inclusifs comme le cirque, un art qui a tout compris en intégrant le maximum de moyens d’expression que lui fournissent les autres disciplines dans ses démarches créatives. »
« Je suis convaincue que cet enseignement des arts favorise l’intégration des matières académiques : par exemple la musique ou la danse aident à la compréhension des mathématiques, mais aussi de la géographie, de l’histoire et bien sûr des langues et des cultures étrangères aussi. »
Un partenaire artistique et institutionnel
Irène Galesso a été également vice-président de l’AQEDÉ, l’Association québécoise des enseignants de la danse à l’école, fondée en 2010. L’AQEDÉ travaille très fort depuis deux ans à la reconnaissance de la danse à l’école et rassemble déjà 75 membres. »
« Trop souvent considérée en arrière, en retrait ou en second choix, la danse doit être reconnue au même titre qu’une autre matière spécialisée, par exemple éducation physique, anglais, espagnol, arts plastiques, théâtre ou musique. La danse est un sujet d’enseignement, un objet de recherches, pour que la danse ne soit plus la cinquième roue du char. »
L’Académie de Danse d’Outremont a présenté notamment un spectacle de breakdance dans le métro Outremont le 20 octobre dernier lors du vaste programme culturel La Ligne Bleue.
Pour y parvenir, Irène Galesso a su interpeller et intéresser qui de droit afin que le CCI d’Outremont et ses activités soient inscrits sur le parcours culturel de cette ligne de métro. Et ce, en plus de la médiation culturelle qu’elle effectue pour le Théâtre Outremont grâce au Réseau Accès Culture.