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08:00 6 novembre 2020 | mise à jour le: 6 novembre 2020 à 09:21 temps de lecture: 4 minutes

Une pandémie qui chamboule la francisation

Une pandémie qui chamboule la francisation
Photo: Coralie Hodgson/Métro MédiaOsvaldo Rosas Guerrero, Dulce Rocio Cabrera Rumbo et leurs trois enfants.

La pandémie chamboule le processus de francisation de plusieurs migrants récents. Une situation qui retarde leur entrée sur le marché du travail et leur intégration au sein de la société québécoise.

Depuis le début de la pandémie, les cours de francisation offerts aux migrants ont passé du présentiel au virtuel.

Pour Osvaldo et sa femme, qui ont migré du Mexique en août 2019, cette adaptation a été très difficile. D’une part, Osvaldo apprend beaucoup mieux lors des cours en personne. D’autre part, il peine à suivre depuis son cellulaire, avec une connexion internet peu fiable.

«Mes filles font du bruit ou mon bébé pleure, c’est normal à leur âge. Mais quand ça arrive, la professeure dit tout le temps, “fermez votre micro!” Et donc on n’intervient plus.»

Dans ce contexte, il sent que son apprentissage est fortement compromis. Une situation qui le décourage particulièrement, car il veut travailler, et cesser d’avoir recours à l’aide sociale.

Il croit que le tout serait plus facile s’il avait accès aux garderies subventionnées, ce qui donnerait un répit d’au moins quelques heures. Mais depuis 2018, les demandeurs d’asile ont perdu ce droit.

«C’est difficile, parce qu’on veut vraiment s’intégrer», lâche-t-il.

Francisation: plusieurs obstacles

Osvaldo n’est pas seul dans cette situation. Yannick Boucher, directeur des services aux personnes migrantes chez ALPA, observe qu’un retard en français se confirme chez plusieurs migrants. Inévitablement, cette situation causera un retard dans l’intégration de ces personnes sur le marché du travail, croit-il.

Ce retard s’explique entre autres par un manque d’outils, de connaissance technologique –tant chez les professeurs que les élèves– mais aussi d’accès à un internet rapide, qui peut être coûteux pour des personnes en situation précaire.

C’est d’ailleurs le cas de Rita Yolanda Hernandez, arrivée au Québec en juin 2019. Elle a cessé les cours de français, faute d’ordinateur.

En raison de son retard d’apprentissage, elle doit se débrouiller avec des signes, ou compter sur son fils de 9 ans qui doit faire office de traducteur. Mais pour acheter ses médicaments ou comprendre la documentation scolaire de son fils, elle dépend des services du Centre d’Aide et de Développement de la Famille de l’Est de Montréal (CADFEM).

«Sans le français, c’est vraiment difficile. Ils en ont besoin pour tous les rendez-vous légaux, pour la planification financière, pour se débrouiller. Sans ça, ils dépendent toujours des organismes», exprime Jesus Cancino, directeur général du CADFEM.

Importance des contacts sociaux

Par ailleurs, Yannick Boucher observe que les cours en ligne en démobilisent plusieurs: les cours de langues secondes impliquent discussion et contact, ce qui se fait difficilement en ligne.

C’est le cas de Mario Luis, arrivé au Québec en 2019. Pour lui, l’important est de pouvoir pratiquer son français dans son entourage. Une situation que le confinement complique, et qui crée un sentiment d’isolement.

«De ne pas pouvoir socialiser, de ne pas pouvoir connaître des personnes québécoises et de développer plus notre français… On ne peut pas communiquer facilement»,se désole M. Luis.

Briser l’isolement

Malgré la situation difficile, plusieurs des immigrants rencontrés au CADFEM trouvent moyen de briser l’isolement en faisant du bénévolat au sein de l’organisme. Il s’agit pour plusieurs d’entre eux d’une façon de se sentir utile, mais aussi, d’être en contact avec des Québécois, notamment lorsqu’ils font du bénévolat pour la banque alimentaire de l’organisme.

Chez ALPA, des petits groupes virtuels de conversation ont été mis sur pied en mars. Des bénévoles issus de la francophonie ont ainsi pu échanger avec des immigrants.

«Psychologiquement, ça les a aidés parce qu’ils étaient isolés. Et les notions apprises en classes, ça leur a permis de les faire vivre par la discussion».

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