Rosemont

Des travaux qui dérangent par leur odeur

Des travaux qui dérangent par leur odeur
Photo: Emmanuel DelacourLes odeurs de produit chimique liées aux travaux de canalisation étaient perceptibles sur la voie publique au passage du Journal de Rosemont – La Petite-Patrie.

Il n’y a pas que le bruit et les coupures d’eau qui puissent incommoder les résidents lorsque la Ville entreprend des travaux. C’est ce qu’ont récemment découvert certains Rosemontois qui ont été indisposés par des émanations chimiques dans leur domicile.

Les vapeurs odorantes qui s’échappent de leurs drains proviennent d’un chantier situé sur la 12e avenue, entre les rues Saint-Zotique et Beaubien. En effet, l’administration de la métropole y a entrepris des travaux « exécutés à l’intérieur de la conduite d’égout où une gaine est fixée à la paroi pour prolonger sa durée de vie. »

Or, ces opérations nécessitent souvent l’utilisation du styrène, une composante chimique, dont « l’odeur aromatique, [ … ] devient pénétrante et désagréable à plus forte concentration », selon le répertoire toxicologique de la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST).

« Ce n’est pas la première fois que nous avons senti ces odeurs chez nous. La Ville a fait des travaux un peu plus loin sur la rue au printemps 2018 et on pouvait sentir les vapeurs dans le drain du sous-sol. La dernière fois, on avait versé un peu d’eau dans le drain et ça avait réglé le problème, mais cette fois ça n’a pas vraiment fonctionné », souligne Alain Turcotte, résident de la 12e avenue.

Si les fortes odeurs se sont dissipées en un peu plus d’un jour de son côté, ce n’est pas le cas pour son voisin, Marco Brissette, qui a été dérangé par les émanations pendant plusieurs jours, et ce, depuis le 25 mars.

« C’est comme « sniffer » un tube de colle Lepage, c’est très désagréable. On peut sentir le styrène dans toutes les pièces où il y a un drain : la cuisine, la salle de bain, le sous-sol. J’ai ressenti des irritations aux yeux et on a été obligé d’ouvrir les fenêtres dans la chambre des enfants, c’était insupportable », insiste le citoyen.

Effectivement, le journal de Rosemont – La Petite-Patrie a pu constater une forte odeur s’apparentant à celle de la colle contact en se rendant sur les lieux du chantier le 27 mars.

Dans un avis distribué aux résidents du secteur, la Ville de Montréal indique que les travaux se tiendront entre le 21 mars et le 8 avril et avise de verser au moins un litre d’eau dans les drains pour éviter que des odeurs s’infiltrent dans les domiciles.

On en apprend davantage sur le site de la Ville, qui explique le processus de gainage des conduites, qui fait souvent appel à une résine comme scellant.

« Parmi les composants de cette résine se trouve le styrène, un solvant volatil, qui peut émettre une odeur perceptible, même à très faible concentration (environ 0,14 ppm). L’odeur du styrène pourrait incommoder certaines personnes, causant des maux de tête et des nausées, même à des niveaux d’exposition très faibles. Le styrène ne présente pas de danger pour la santé », informe la page internet.

Selon le site de la CNESST, au terme d’une exposition moyenne pondérée, à 50 ppm (213 mg/m3) « les vapeurs du styrène peuvent irriter les yeux et les voies respiratoires. L’inhalation de fortes concentrations de vapeurs peut causer une dépression du système nerveux central se traduisant par des maux de tête, des nausées, des vomissements, de la somnolence, de la faiblesse et des difficultés de concentration. »

À la Ville de Montréal, on assure que le styrène utilisé sur le chantier est perceptible même à très faible concentration, même lorsque cela n’est pas dangereux pour la santé.

« Il est à noter que les concentrations mesurées à l’intérieur des résidences lors de travaux de réhabilitation d’égout sont inférieures aux concentrations reconnues comme toxiques pour les résidents », indique Marie-Ève Courchesne, chargée de communication à la Ville.

Le styrène utilisé sur ce chantier pour faire adhérer la gaine à la conduite d’égout est très odorant et volatile, mais se dissipe rapidement lorsqu’il est ventilé, poursuit cette dernière. « Les odeurs du styrène dans les résidences proviennent principalement des installations qui ne sont pas complètement étanches (exemple : drains asséchés, clapets antiretour défectueux, système de renvoi défectueux ou endommagé). »

Depuis le 1er janvier 2018, la Ville a enregistré 5 plaintes liées au styrène pour l’ensemble de son territoire.