Art Mûr, 15 ans d’art réfléchi
« Il n’y a pas d’autre façon de passer les époques, laisse savoir M. Lanthier. Picasso a marqué son temps, comme Riopelle également. Dans 50 ans, quand on repensera aux artistes du début des années 2000, ce sont ceux qui auront pris leur place et fait parler d’eux qui seront nommés par les amateurs d’art. »
Le 15e anniversaire de la galerie est donc une occasion (de plus!) pour les propriétaires de montrer des œuvres uniques, choquantes, provocantes, qui peuvent à la fois faire rire (jaune) et réfléchir.
La nouvelle exposition, Mens-Moi/Please Lie to Me, présentée du 5 novembre au 17 décembre, réunit les tableaux, sculptures et autres travaux d’artistes qui ont, dans les dernières années, fait parler d’eux ici comme à l’international.
Pensons, entre autres, à la reproduction « enfantine » de Jonathan Hobin de l’attaque du 11 septembre 2001, qui a eu droit à un reportage sur les ondes de CNN, ou encore à cette photo de Diana Thorneycroft, où l’on voit des figurines « reconstituer » le scandale de l’orphelinat Mount Cashel, à Terre-Neuve. Sans oublier les photographies de Clinton Fein, où la torture infligée aux prisonniers irakiens de la prison d’Abou Ghraib est explicite et visuellement sans détour.
« Il faut montrer la vérité, même si ça dérange. Cela devrait d’ailleurs être le but de l’art moderne, insiste M. Lanthier. Pour nous, cela implique un plus grand travail auprès du public qui entre ici, parce que les gens sont souvent portés à demander : « Mais qui voudrait accrocher ça dans son salon? ». Il faut donc expliquer, souligner le travail de recherche des artistes, la démarche, pour ainsi passer cet obstacle du premier regard. Cependant, et heureusement, ce n’est pas la majorité des amateurs d’art qui se questionnent ainsi. »
La Galerie Art Mûr, plus vaste lieu de diffusion d’art moderne autre que muséal à Montréal (22 000 pieds carrés), laisse également une place de choix dans cette exposition à des artistes d’ici, notamment la Rosemontoise Karine Giboulo. Les personnages en polymère et acrylique de son Village démocratique, placés dans la première salle d’exposition, portent à réfléchir sur le rapport Nord-Sud, et riches versus pauvres.
Mens-Moi/Please Lie to Me, une occasion de mûrir notre réflexion sur le rôle sociétal joué par l’art moderne.