Des créateurs de Villeray récompensés
En entrant dans la boutique Rubans, Boutons…, sur la rue Saint-Hubert, vous remarquez les murs couverts de boutons colorés, de rouleaux de rubans. Puis, tout au fond, une petite scène.
C’est que vous vous trouvez également au Laboratoire Effet V, une compagnie de théâtre fondée et dirigée par la Villeroise Lori Hazine Poisson.
C’est dans ce local métamorphosable que le propriétaire de la boutique, Richard Letendre, se plonge, en 2010, dans l’écriture de Qui est ce Ionesco?
Mettant en scène un inspecteur enquêtant sur un mystérieux Ionesco, la pièce, qui explore la vie et l’œuvre du célèbre dramaturge, sera jouée à plus de 50 reprises. Sur la petite scène de son arrière-boutique, M. Letendre donne la réplique à Mme Hazine Poisson, son ancienne enseignante d’art dramatique à l’UQAM, et à la comédienne Alliona Munteanu. Respectivement immigrantes française et roumaine, elles représentent la double nationalité d’Eugène Ionesco.
Et le rêve débute.
D’abord, la musique
En 2011, un vidéo sur la compositrice montréalaise Ana Sokolovic est tourné sur la scène du Rubans, Boutons…, situé à Villeray depuis 2009. Professeure de composition instrumentale à l’Université de Montréal, elle propose à un de ses étudiants de maîtrise, Jean-Michel Rousseau, de composer la trame sonore de Qui est ce Ionesco?
«Il a fait un travail sur mesure. Il a fait de la musique un personnage», raconte Mme Hazine Poisson. Pour elle et M. Letendre, un tel travail aurait été financièrement impossible, n’eût été le jeune musicien.
Ensuite, la Roumanie
«Sur 1000 spectateurs, 20% étaient d’origine roumaine», estime M. Letendre. C’est que la jeune comédienne Alliona Munteanu attire aux représentations beaucoup de ses compatriotes européens.
Parmi eux, Bogdan Cioaba, un homme de théâtre récemment immigré, voit la pièce à plusieurs reprises et devient même régisseur. En 2012, il traduit et adapte la pièce pour le public roumain. Le décor et la distribution sont repensés, mais la musique est conservée.
À l’automne 2012, M. Letendre reçoit une invitation du théâtre Alexandru Davila pour assister à la première de sa pièce, en Roumanie. Au théâtre, dans la ville de Pitesti, les médias s’intéressent grandement à l’œuvre de M. Letendre. Sa pièce remporte un vif succès, et on ajoute même une supplémentaire.
Entre les représentations, Richard Letendre visite les villes importantes de la vie de l’auteur de La Cantatrice chauve. «J’ai eu beaucoup de belles émotions durant ce voyage», se souvient-il. Dans le parc Eugène-Ionesco à Slatina, à quelques mètres de la maison où le dramaturge a grandi, M. Letendre pense: «Je n’ai gagné aucun Oscar, je n’ai pas gagné le million, mais je suis le gars le plus heureux sur terre.»
Puis, les honneurs
Son bonheur ne s’arrêtera pas là. Un mois plus tard, une autre surprise l’attend: sa pièce est sélectionnée par le Festival international de théâtre Davila Inter-Fest. Contre toute attente, Richard Letendre remporte le prix du jury pour la version roumaine de Qui est ce Ionesco? La scénographie, pensée par Cristina Ciucu, est aussi récompensée.
Mme Hazine Poisson a aussi tiré son épingle du jeu lors de l’aventure Ionesco. Lors d’une des représentations à la boutique Rubans, Boutons…, un réalisateur la remarque. Quelques semaines plus tard, elle obtient un premier rôle dans la troisième saison de la série Le Gentleman, qui sera présentée en septembre 2013 à TVA. «Mon premier rôle au Québec en 30 ans. C’est le rêve de toute comédienne, d’être découverte – sur scène – par un réalisateur !»
Rubans, boutons… Rideau!