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«L’Afghanistan est à la croisée des chemins»

An Afghan child war victim receives treatment at the Emergency Hospital in Kabul, Afghanistan, Monday, July 25, 2016. The United Nations mission in Afghanistan says the number of children killed or wounded in the country's conflict has surged in the first half of this year, compared to last year. (AP Photo/Rahmat Gul) Photo: The Associated Press

Militante d’Amnistie Internationale pour l’Afghanistan, Maya Pastakia explique pourquoi le pays se trouve dans une situation aussi précaire, alors que 1 601 civils – dont 338 enfants – sont morts au cours des 6 premiers mois de 2016, selon un rapport de l’Organisation des Nations unies.

Plus de 1 600 civils ont été tués depuis janvier 2016. Pourquoi autant de morts?
Le conflit en Afghanistan s’est aggravé lors des dernières années, et les civils en paient le prix. Plusieurs gouvernements occidentaux, pour des raisons politiques, affirment que l’Afghanistan est un pays stable et pacifique, mais la réalité sur le terrain est bien différente. Les talibans et les autres groupes armés sont devenus encore plus puissants récemment et ils lancent des attaques de plus en plus audacieuses contre les forces gouvernementales afghanes.

Les combats rangés entre les forces afghanes et les groupes armés sont toujours la cause du plus grand nombre de décès civils, suivis des attentats-suicides et des engins explosifs improvisés (EEI). Il est tragique que des Afghans ordinaires soient pris entre deux feux et y laissent leur vie.

Qui tuent les Afghans?
La majorité des pertes civiles (morts et blessés confondus) – environ 60 % – sont causées par les talibans et d’autres groupes armés opposés au gouvernement. Les talibans affirment souvent respecter les droits humains, mais les statistiques montrent qu’il s’agit de balivernes. Les talibans n’ont aucun respect pour la vie humaine dans leurs attaques. Mais près du quart des pertes ont été provoquées par les forces pro-gouvernement. Amnistie internationale l’a souvent souligné et presse tous les partis de respecter les conventions internationales qui protègent la vie des civils. Même la guerre a ses lois; si on ne les suit pas, les souffrances de tous sont aggravées.

La situation en Afghanistan est-elle devenue plus dangereuse récemment?
Oui, le conflit s’est envenimé au cours des dernières années. C’est la raison pour laquelle des dizaines de milliers d’Afghans sont prêts à risquer leur vie pour atteindre l’Europe. D’autres Afghans sont forcés de quitter leur foyer et sont déplacés à l’intérieur du pays. Près de 250 000 habitants ont quitté le pays pour une vie meilleure en 2015, alors que 1,2 million ont été déplacés à l’interne, un chiffre deux fois plus élevé qu’il y a trois ans. La plupart vivent dans des conditions déplorables, dans des abris de fortune qui ne sont pas conçus pour protéger des étés torrides ou des froids hivernaux. Ils manquent d’eau et de nourriture et ne reçoivent qu’une aide minimale, sans accès à des services de base, comme la santé et l’éducation.

L’intervention américaine a-t-elle amélioré la situation?
Plusieurs améliorations significatives sont survenues en Afghanistan lors des 15 dernières années, la plupart grâce au travail acharné des Afghans eux-mêmes. Mais même les plus petites avancées sont désormais menacées, comme dans le domaine des droits des femmes. Il y a peut-être plus de femmes dans la sphère publique maintenant, mais il y a beaucoup d’éléments conservateurs qui tentent de retourner en arrière. Par exemple, une loi a été adoptée en 2009 pour éliminer la violence faite aux femmes, mais elle a été très peu appliquée. Plusieurs femmes qui ont tenté de faire valoir leurs droits ont été tuées ou menacées, certaines ont dû quitter le pays. Elles sont l’objet d’intimidation et d’attaques de la part de puissants éléments conservateurs de la société, dont certains font partie du gouvernement et des groupes d’opposition, qui considèrent que leur travail va à l’encontre des normes culturelles, sociales et religieuses du pays sur la place des femmes.

«L’Afghanistan est à la croisée des chemins et ses alliés internationaux ne doivent pas l’abandonner simplement parce que leurs troupes ont quitté le pays. Il reste énormément de défis au chapitre des droits humains, et si le gouvernement afghan n’a pas de support à l’international, la situation va s’aggraver.» – Maya Pastakia, militante d’Amnistie Internationale pour l’Afghanistan

Est-il possible de réduire le nombre de victimes?
Tous les acteurs du conflit ont, selon les lois internationales, l’obligation de protéger la population civile et les infrastructures comme les écoles et les hôpitaux. Ce principe n’est pas respecté et cela doit changer. La justice doit aussi être respectée. Les forces afghanes et internationales doivent être imputables pour le meurtre illégal de civils, mais cela arrive rarement.

Ceux qui ont souffert des conséquences des opérations américaines n’ont pas de recours en justice. Les forces militaires américaines sont à l’abri des poursuites en Afghanistan, et les Afghans n’ont pas vraiment accès aux mécanismes judiciaires de l’armée américaine. En raison de ses lacunes, le système de justice militaire américain fait piètre figure dans le traitement des crimes contre les civils.

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