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L’islam et le rêve américain

L’islam et le rêve américain
Photo: Getty ImagesNEW YORK, NY - AUGUST 15: A young family member of one of the victims joins hundreds of area muslims while holding a mass prayer for Imam Maulama Akonjee and his assistant, Thara Uddin, 64, who died in a fatal shooting outside of the Al-Furqan Jame Masjid mosque on August 13 in the Queens borough of New York on August 15, 2016 in New York City. Hundreds gathered near the mosque to hold a mass prayer service for the victims and to demand justice for the murders. The New York Police Department (NYPD) is currently questioning a Òperson of interestÓ in the murders. (Photo by Spencer Platt/Getty Images)

L’islam n’est pas plus étranger en Amérique que les Européens venus la coloniser, défend le Dr Amir Hussain dans son dernier livre, Mzuslims and the Making of America, puisqu’il a façonné l’histoire du Nouveau Monde dès sa découverte, jusqu’à lui donner des enfants illustres comme Malcolm X et Mohamed Ali.

«Les gens ne le savent pas, mais environ 10 % des esclaves “importés” en Amérique par les Européens étaient musulmans», a expliqué à Métro le Dr Hussain, un Torontois d’origine pakistanaise, aujourd’hui professeur à l’université Loyola Marymount, à Los Angeles, et estimé comme une sommité en matière de théologie par ses pairs. «Beaucoup ont été christianisés de force, mais il n’en demeure pas moins que l’islam était présent en Amérique dès ses débuts.»

Pourtant, les politiques publiques semblent de plus en plus ostraciser les fidèles de l’islam. Les «examens idéologiques» pour «filtrer» les immigrants proposés par la Coalition Avenir Québec, l’interdiction du port du burkini sur certaines plages françaises et la proscription des musulmans promise par Donald Trump participent d’une montée des tensions néfaste, selon le Dr Hussain.

«Il est tout à fait légitime que les États exigent ce qu’ils veulent des immigrants qu’ils accueillent. Au Québec, par exemple, c’est la moindre des choses que le gouvernement demande aux nouveaux arrivants de parler français : c’est une question d’intégration et de survie culturelle. Mais évaluer des valeurs, voilà une notion trop floue pour être efficace», croit-il, ajoutant qu’on ne peut pas punir des gens qui respectent les lois de peur qu’ils revendiquent des privilèges d’ordre religieux.

«Les médias se concentrent sur les musulmans et leurs crimes et non sur les élans de solidarité consécutifs à chacun d’eux.» – Dr Amir Hussain, professeur de théologie à l’université Loyola Marymount à Los Angeles, en Californie

Américain d’adoption, le Dr Hussain suit au jour le jour la campagne républicaine dirigée par Donald Trump, souvent taxé de racisme.

«Ces discours haineux dans l’espace public sont surprenants puisque les musulmans, en Amérique du Nord, sont des success stories. Plusieurs font partie de la classe moyenne et s’intègrent très bien, contrairement aux musulmans de France, par exemple, où bien peu font partie de la frange la plus riche de la société.»

De là à conclure que le multiculturalisme canadien surpasse le monoculturalisme à la française, il y a un pas que le Dr Hussain refuse de franchir.

«Les histoires sont trop différentes pour être comparées. En France, les musulmans viennent souvent d’anciennes colonies, et tout un passé de domination entre en ligne de compte. Cette immigration-là a souvent fui des conflits ou la pauvreté, ajoute le Dr Hussain, alors qu’au Canada, les gens font souvent le choix de venir. Ils adoptent le Canada pour jouir des libertés offertes par le pays, dont ils sont privés dans leur terre d’origine.»

Preuve que l’intégration peut aller de soi : le Dr Hussain, qui a grandi à Toronto, est un partisan indéfectible du Canadien de Montréal qui élève la métropole au rang de meilleure ville… en Amérique du Nord!

Le Dr Amir Hussain participera à un débat jeudi, à 15 h, dans le cadre de la 3e conférence internationale sur les religions du monde. L’évènement aura lieu au Palais des congrès.