L’Ukraine des extrêmes
Hostilité croissante envers le petit nombre d’immigrants du pays. Un parti d’extrême droite qui gagne l’appui de la population. Un président avec un style de gouvernance qui incite les gens à se tourner vers les groupes radicaux. Bienvenue en Ukraine, hôte de l’Euro 2012.
Mohamed Sesay s’exprime dans un ukrainien parfait. C’est une bonne chose, car les Noirs africains comme lui doivent composer avec la montée de l’extrémisme ukrainien. «Les gens essaient de vous provoquer, pas par ignorance, mais pour voir votre réaction», explique l’homme originaire de la Sierra Leone, qui vit à Kiev. «En tant qu’Africain, plus particulièrement en tant qu’Africain noir, on est ciblé. Je dis aux jeunes Noirs d’éviter les hooligans. S’adresser à eux avec le moins d’accent étranger possible aide.»
Lorsque Mohamed Sesay est arrivé en Ukraine, il y a 25 ans, pour aller à l’université, la plupart des Ukrainiens étaient tout simplement curieux, se rappelle-t-il. «Mais au cours de la décennie qui vient de s’écouler, le pays s’est radicalisé», constate Maksym Butkevych, coordinateur du Centre d’action sociale, une organisation non gouvernementale. «L’aspect le plus visible de cette radicalisation est l’augmentation dramatique des crimes et des discours haineux.»
Parmi les cibles, les juifs, communauté qui s’est souvent retrouvée dans la mire, dans l’histoire de l’Ukraine. «Aujourd’hui, les immigrants forment le groupe qui inspire le plus de haine, note M. Butkevych. Ce qui était inacceptable il y a 10 ans l’est aujourd’hui, et les politiciens modérés migrent vers des positions plus radicales.»
Svoboda, un parti d’extrême droite, a fait élire des candidats dans 25 régions, l’année dernière. «L’Ukraine est très blanche. C’est un paradis pour les extrémistes», dit Anton Shekhovtsov, un Ukrainien qui est l’éditeur d’une série d’ouvrages intitulée Exploration of the Far Right.
Vyacheslav Likhachev, un juif ukrainien, ne s’inquiète pas outre mesure. «Bien sûr, le fait que Svoboda est beaucoup plus populaire maintenant qu’il y a cinq ans est inquiétant. Mais de nos jours, les partis d’extrême droite sont courants, en Europe de l’Est.» Paradoxalement, cette radicalisation advient alors que les minorités en Ukraine demeurent un groupe très marginal : 96 % de la population ukrainienne est originaire d’Ukraine ou de Russie. «Ce n’est pas que les Ukrainiens sont plus radicaux qu’avant, estime M. Shekhovtsov. Seulement, ils ont maintenant une voix politique.»