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Myanmar : les hôtels ont la cote, pas les prisons

Photo: Getty

Htay Aung est complètement débordé. Il essaie d’attirer de nouvelles lignes aériennes et d’inciter des hôtels à ouvrir dans son pays. «Nos employés doivent apprendre à parler anglais», annonce-t-il. Non, Htay Aung n’est pas le président d’une compagnie chinoise en plein essor, il est le nouveau ministre du Tourisme du Myanmar.

Sa position illustre bien la remarquable transformation de son pays. De paria international, le Myanmar est devenu un pays asiatique à l’économie dynamique. «Nous sommes devenus transparents, nous croyons au changement, confie Htay Aung à Métro. Nous comprenons ce que notre peuple veut et ce dont il a besoin. C’est pourquoi nous nous ouvrons au reste du monde.»

Les réformes opérées par le gouvernement ont été saluées par le président américain, Barack Obama, lors de sa visite dans le pays le weekend dernier. «Le volte-face des Etats-Unis s’est passé plus vite que ce qu’on aurait pensé, explique Jan Zalewski, analyste au IHS Global Insight, spécialiste du Myanmar. Cela indique que les États-Unis soutiennent le processus de démocratisation, et qu’ils ne voudraient pas y perdre sur le plan économique et stratégique en adoptant une approche plus timide.»

Htay Aung joue un rôle crucial dans un pays où le tourisme est un acteur majeur de l’économie. Non seulement ce pays d’Asie du Sud tente d’attirer des politiciens, mais aussi des masses de touristes. «Le Myanmar est un des joyaux les mieux cachés du monde», dit-il. Le président [Thein Sein] essaie de nouer des relations partout dans le monde et la Dame de Rangoon [Aung San Suu Kyi] a fait le tour du monde pour parler du développement du pays et pour en faire la promotion comme une destination vacances de premier choix.

Les pagodes, les anciens palais, les jungles et les plages sont des attraits touristiques prisés au Myanmar, et le pays jouit d’une bonne réputation car il n’a pas été ruiné économiquement à cause de son isolement politique. L’année dernière, 313 127 étrangers ont visité le Myanmar, une augmentation de 5 % depuis 2010. Ce chiffre fait toutefois piètre figure si on le compare aux 19 millions de visiteurs qui choisissent la Thaïlande voisine. Dernièrement, un nouveau phénomène : de nombreux Thaïlandais traversent la frontière jusqu’au Myanmar pour acheter des produits contrefaits de grandes marques occidentales.

«Nous avons aussi nos faiblesses, avoue Htay Aung. Nos infrastructures, c’est-à-dire les télécommunications, les routes et les aéroports, ne sont pas en bon état. Comme le tourisme est un secteur qui offrent des services, nous allons devoir améliorer nos ressources humaines aussi.»

Le pays a toutefois réussi à attirer plusieurs compagnies d’aviation et cherche de nouveaux investissements. «Le Myanmar est très sous-développé en comparaison à ses voisins. Les investisseurs sont donc plus frileux à venir y faire des affaires. Mais cela pourrait aussi leur rapporter» note M. Zalewski. «Nous sommes le plus grand pays de l’Asie du Sud-Est. Nous avons des édifices historiques, un peuple accueillant, et le pays est sécuritaire», se vante enfin Htay Aung.

Former les politiciens
L’International Republican Institute (IRI) a visité le Myanmar de nombreuses fois durant les 20 dernières années et y a reçu un accueil plutôt frileux. «Mais maintenant, il y a beaucoup d’enthousiasme, raconte Julija Belej, directrice de l’IRI en Asie, jointe au téléphone à Rangoon. Il y a beaucoup d’ouverture. Les plus vieux activistes voient ça comme leur plus grand accomplissement, et les jeunes veulent s’engager dans les partis politiques. C’est vraiment excitant quand on sait qu’ils n’ont rien connu d’autres qu’un pays gouverné par la junte militaire.»

L’IRI, basé à Washington, assiste les partis politiques dans leur structuration. L’organisation politique ouvrira un bureau au Myanmar. «Les députés ont très hâte d’organiser leurs institutions, malgré le fait que la démocratie n’est pas complètement instaurée, rapporte Mme Belej. Ils se rendent bien compte qu’il y aura des élections et qu’ils pourraient perdre leur emploi. Les élections de 2015 approchent. Ils pourraient changer d’avis.»

La (quasi) liberté de presse
«Les choses ont beaucoup changé, admet Aye Chan Naing, journaliste birmane et activiste. Maintenant, on peut dire ce qu’on veut. Ou presque.» La liberté de presse est l’une des résolutions du pays dans sa transition démocratique. Cet été, le gouvernement a aboli la censure dans les journaux.

Avant, les médias devaient soumettre leurs papiers à un comité gouvernemental avant publication. «Vous pouvez maintenant aller voir les autorités et leur demander toutes les questions que vous voulez, confirme Aye Chan Naing, qui vit en exil en Thaïlande. Mais les lois oppressives sont encore là. Si le gouvernement veut les mettre en application, il le peut. On aurait des problèmes si on parlait des généraux et des crimes contre l’humanité.»

Les médias sont contraints de suivre des lignes directrices très strictes. Ceux qui les transgressent peuvent se retrouver en prison.

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