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La révolution cubaine a 60 ans, dans une Amérique latine à droite

La révolution cubaine a 60 ans, dans une Amérique latine à droite
Photo: Getty ImagesHAVANA, CUBA - MARCH 20: Patrons eat breakfast at a rooftop restaurant in the Old Havana nighborhood March 20, 2016 in Havana, Cuba. President Barack Obama is scheduled to arrive in Cuba Sunday afternoon, the first time a sitting U.S. president has visited the island nation in nearly 90 years. (Photo by Chip Somodevilla/Getty Images)

Cuba célèbre mardi les 60 ans de sa révolution socialiste, source d’inspiration pour la gauche en Amérique latine, mais l’île, en crise économique, est aujourd’hui isolée car la région a largement viré à droite.

Hasard du calendrier, cet anniversaire sera fêté quelques heures après l’investiture au Brésil du président d’extrême droite Jair Bolsonaro, qui promet de faire tout son possible contre les gouvernements du « dictateur cubain » Miguel Diaz-Canel et du « dictateur vénézuélien » Nicolas Maduro.

L’Argentine, le Chili ou encore le Pérou ont eux aussi basculé à droite ces dernières années.

« Aujourd’hui, rendez-vous avec Raul (Castro, l’ex-président aux manettes du Parti communiste cubain, PCC, ndlr) à Santiago » de Cuba, a tweeté mardi Miguel Diaz-Canel.

« Là-bas sera présent le peuple brave, courageux et noble de Cuba (…), tous ceux qui ont lutté et luttent pour que la Patrie reste libre, souveraine et heureuse », a-t-il ajouté.

Au cours de festivités qui s’annoncent discrètes et sans dignitaires étrangers, Raul Castro doit prononcer un discours vers 17H15 (22H15 GMT) dans le cimetière où est enterré son frère Fidel, mort fin 2016.

Santiago de Cuba (sud-est), le berceau de la révolution car ce fut la première ville conquise par la guérilla castriste en 1959, était parée de ses habits de fête, avec de nombreux drapeaux et panneaux, l’un d’eux montrant Fidel brandissant un fusil aux côtés de Raul et sous le slogan « 60 ans de victoires ».

Un héritage usé
Vingt-et-un coups de canon ont marqué à minuit, dans la baie de La Havane, le début des commémorations, avec des concerts et des bals organisés dans toute l’île.

Pourtant, l’heure n’est pas à la fête : « l’héritage historique de la révolution cubaine semble très usé, tant d’un point de vue politique qu’économique », tranche Jorge Duany, le directeur de l’Institut de recherches cubaines de l’Université internationale de Floride.

Et Miguel Diaz-Canel, président depuis avril, ne jouit pas, contrairement aux frères Castro, de la légitimité née du renversement de la dictature de Fulgencio Batista. A 58 ans, il est plus jeune que la révolution.

Plus sévère encore, le dissident Vladimiro Roca assure que la révolution « va s’éteindre sous son propre poids » : « D’abord, la jeunesse en a marre, elle ne croit en rien de tout ça, et ensuite (la révolution) n’a plus aucun soutien à l’étranger ».

Porteuse de grandes avancées sociales dans la santé et l’éducation, la révolution castriste avait séduit la population cubaine, lassée des années de dictature, et inspiré la plupart des mouvements de gauche d’Amérique latine.
Mais elle a ensuite suscité des critiques de la communauté internationale sur la question des droits de l’homme et des prisonniers politiques, une centaine selon les organisations dissidentes.

Temps qui changent
Economiquement, elle est aujourd’hui à bout de souffle : la croissance stagne autour de 1%, insuffisante pour couvrir les besoins de la population, qui doit donc supporter les pénuries. Ces dernières semaines, oeufs, farine et riz ont disparu des rayons.

« Chaque année le gouvernement importe pour environ deux milliards (de dollars) d’aliments, sans assurer la sécurité alimentaire du pays », souligne Marlene Azor Hernandez, une ex-professeure de l’université de La Havane, dans un rapport pour le Centre pour l’ouverture et le développement de l’Amérique latine (Cadal), dont le siège est à Buenos Aires.

De manière générale, « le +modèle d’Etat-providence cubain+ (…) a stagné et régressé à partir de la perte des aides soviétiques », à l’effondrement de l’URSS en 1991, poursuit-elle.

Face aux nouvelles réalités, les autorités cubaines soumettront à référendum, le 24 février, une nouvelle Constitution qui reconnaît la propriété privée, le marché et l’investissement étranger.

Mais l’objectif reste celui d’une société « communiste », avec le PCC parti « unique ».

Alors que La Havane est confrontée à la politique hostile de Donald Trump, le tour d’horizon de ses alliés n’est guère flatteur.
Le Venezuela, lui-même en crise, peine à lui assurer son approvisionnement en pétrole.

Et si Vladimir Poutine a qualifié dimanche Cuba de « partenaire stratégique et allié de confiance », dans un message adressé à Raul Castro et à Miguel Diaz-Canel, il n’est pas disposé à subventionner ce pays comme l’a fait l’Union soviétique pendant 30 ans. La Chine non plus.
Enfin, la Corée du Nord, où s’est rendu le président cubain en novembre, prévoit tout juste de signer en janvier à La Havane un protocole d’échange commercial et de collaboration, selon l’agence officielle de presse Prensa Latina.