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Une solution «pacifique» recherchée pour le Vénézuela

Une solution «pacifique» recherchée pour le Vénézuela
Photo: AFPPeople demonstrate in favor of Venezuelan President Nicolas Maduro with a sign reading "Amagro, traitor to the motherland of Artigas, Bolivar and Dessalines, go home!", referring to Uruguayan OAS Secretary General Luis Amagro, outside the Presidency building in Montevideo on February 7, 2019, where a meeting to negotiate a solution to the Venezuelan crisis takes place. - An international meeting was set to open Thursday in Montevideo as President Nicolas Maduro and opposition leader Juan Guaido sparred over allowing humanitarian aid into the crisis-wracked country. (Photo by PABLO PORCIUNCULA / AFP)

Les pays européens et latino-américains rassemblés à Montevideo pour la première réunion d’un Groupe de contact international sur le Venezuela cherchaient jeudi une sortie de crise «pacifique» dans le pays pétrolier afin d’éviter une déstabilisation de la région et au-delà.

«Le plus grand dilemme auquel le Venezuela est confronté est celui de la paix ou de la guerre», a mis en garde le président uruguayen, Tabaré Vazquez, en ouverture de la réunion, appelant à «la prudence de la communauté internationale», alors que la tension politique est à son comble dans le pays sud-américain.

«Il est fondamental d’éviter la violence intérieure et une intervention extérieure», a renchéri la représentante de la diplomatie européenne Federica Mogherini, qui a souligné «l’urgence» de la situation faisant courir «le risque d’une déstabilisation pas seulement dans la région».

Mme Mogherini et les émissaires de huit pays européens – France, Allemagne, Royaume-Uni, Pays-Bas, Portugal, Espagne, Suède, Italie – et de cinq pays d’Amérique latine – Uruguay, Costa Rica, Bolivie, Equateur, Mexique – participent à la première réunion du Groupe de contact lancé fin janvier par l’UE.

Le Mexique participe aux discussions mais ne fait pas officiellement partie du Groupe.

Mercredi, le président socialiste vénézuélien Nicolas Maduro, qui a rejeté un ultimatum européen sur l’organisation d’une élection présidentielle anticipée, a salué la tenue de la réunion et apporté son soutien à «tous les pas et initiatives pour faciliter le dialogue».

Mais le chef du Parlement, Juan Guaido, autoproclamé le 23 janvier président par intérim et désormais reconnu par une quarantaine de pays, États-Unis en tête, a sèchement rejeté tout dialogue avec le gouvernement. Il compte sur une nouvelle mobilisation de ses partisans le 12 février pour réclamer un «gouvernement de transition» et des «élections libres».

Juan Guaido s’est montré également très prudent sur une possible médiation du pape François, sollicitée par Nicolas Maduro. Dans son bras de fer avec le pouvoir, l’opposant âgé de 35 ans reste déterminé à faire entrer une aide humanitaire au Venezuela, envoyée notamment par les États-Unis. Mercredi, il a exhorté l’armée à ne pas bloquer ces vivres et ces médicaments après la neutralisation d’un pont par des militaires à la frontière avec la Colombie, où l’on se prépare à l’arrivée de cette aide.

Frappé par la crise économique, le Venezuela souffre de graves pénuries. Environ 2,3 millions de Vénézuéliens ont choisi de s’exiler depuis 2015, selon l’ONU. Du côté de la frontière colombienne, des centaines de Vénézuéliens attendent avec anxiété cette assistance.

«Ce n’est pas, comme vous dites: nous n’allons pas bien président, nous allons mal», lance à l’adresse de M. Maduro Yajaira Gonzalez, 64 ans, contrainte de fuir son pays.

D’autres centres de collecte sont prévus au Brésil et dans une île des Caraïbes, alors que le Canada a promis 40M$ d’aide, Washington 20M$ et l’UE 7,5M€. Les Nations unies se sont dites prêtes à envoyer une aide d’urgence mais seulement avec le feu vert de Caracas.

Le chef de l’État vénézuélien, soutenu par ses alliés russes, chinois et turcs, rejette toute assistance, un prélude, selon lui, à une intervention militaire américaine.

La porte-parole de la diplomatie russe, Maria Zakharova, dont le pays a regretté de ne pas avoir été invité à Montevideo, a qualifié jeudi l’envoi d’aide de «summum du cynisme» de la part de Washington.

«La décision d’un recours à la force à déjà été prise. Tout le reste n’est qu’une opération de camouflage», a-t-elle ajouté.

Face au blocage politique, le Groupe de contact international, qui se donne trois mois pour parvenir à un accord sur l’élection présidentielle, veut croire à une solution négociée, en coordonnant notamment les efforts internationaux en faveur d’un dialogue. Mais il ne s’agit pas «établir une médiation ou une négociation directe», a rappelé Mme Mogherini.

Mercredi, l’Uruguay et le Mexique, parmi les rares pays d’Amérique latine à ne pas avoir reconnu le chef de file de l’opposition, ont proposé la mise en oeuvre d’un «mécanisme» de dialogue, mais sans conditions préalables telles que des élections. Du côté européen, sept des huit pays représentés en Uruguay appuient officiellement Juan Guaido comme président par intérim, alors que l’Italie refuse de le reconnaître.