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«Ils m’ont donné un avenir», dit Edward Snowden sur ses anges gardiens

«Ils m’ont donné un avenir», dit Edward Snowden sur ses anges gardiens
Photo: The Associated PressEdward Snowden.

Alors qu’il était en entrevue à RDI lundi soir, le lanceur d’alerte Edward Snowden a déclaré qu’en accueillant deux réfugiés qui l’ont hébergé en 2013, le Canada aide les États-Unis «à vivre à la hauteur de ses idéaux», en protégeant «des gens qui le méritent».

«C’est incroyable. J’étais tellement sceptique du fait qu’un jour, ça pourrait arriver. Ils se battent depuis si longtemps. Ça a pris trop de temps, mais le Canada a finalement ouvert ses portes à une mère et sa fille qui en avaient désespérément besoin», a dit un Edward Snowden souriant à Anne-Marie Dussaut, sur l’émission 24/60.

Vanessa Rodel, la femme qui a aidé Edward Snowden lorsqu’il a fui vers Hong Kong, est arrivée lundi soir à Toronto avec sa fille Keana, après avoir obtenu le statut de réfugié. Elles doivent se rendre ensuite à Montréal, où elles devraient arriver mardi après-midi. Mme Rodel faisait partie d’un groupe qui a été surnommé «les anges gardiens de Snowden», qui ont aidé l’ancien analyste après qu’il eut révélé des informations secrètes de la National Security Administration (NSA).

«J’espère un jour pouvoir les remercier, en personne, au Canada», a ajouté Edward Snowden.

Mais la lutte ne s’arrête pas là selon lui. Il somme dorénavant le gouvernement Trudeau de reconnaître l’impact de son geste et d’en faire plus, en accueillant les cinq autres membres des «anges gardiens de Snowden». «Ce n’est pas assez , a-t-il plaidé. Certains sont encore en danger d’expulsion. Ils ont absolument besoin de protection.»

D’après lui, l’État canadien a la chance de faire «quelque chose de grand» en ce moment, d’autant plus qu’il entretient de bonnes relations avec Washington. «Le Canada peut aider les États-Unis à faire la différence, non seulement pour toutes ces familles mais aussi pour tous ceux et celles qui croient que nos droits doivent être protégés», a-t-il martelé.

Avec le recul, dit Edward Snowden, la décision d’accueillir Vanessa et Keana «était la décision la plus facile au monde». «Ils ont le dossier le plus solide de demandeurs d’asile. Ils n’ont rien fait de mal. Ce n’est pas un geste hostile [à l’égard des États-Unis], c’est le geste qu’aurait fait un ami.»

«Ils m’ont donné un avenir»
Le lanceur d’alerte avoue n’avoir que très peu de souvenirs de l’époque où il était l’homme le plus recherché de la planète, en 2013. «Le stress était si intense, a-t-il avoué. J’étais dans les rues de Hong Kong et mon visage était partout à la télévision, aux nouvelles. J’étais perdu et désespéré.»

«Ils m’ont ouvert la porte», a-t-il mentionné en parlant de ses anges gardiens. «Ils savaient ce que c’était d’être chassés. Ils m’ont partagé tout ce qu’ils avaient, sans penser aux conséquences. Ils m’ont donné un avenir», a-t-il insisté.

«Quand vos ennemis ont un certain niveau de force, la loi n’a plus vraiment d’importance. Les cas deviennent politiques à 99% et juridiques à 1%.» -Edward Snowden

Le principal intéressé espère que cette «merveilleuse nouvelle» en inspirera d’autres.

«On m’a souvent traités de naïf, mais c’est en fait une tentative de changer les choses, a-t-il avancé en fin d’entretien. Bien sûr, aucun d’entre nous ne peut sauver le monde, mais nous n’avons pas à sauver tout le monde. Il faut simplement prendre cette chance-là. C’est un début, et étape par étape, la vie peut devenir meilleure, et le futur peut être plus brillant»

«Plusieurs d’entre nous, qui avons grandi dans des démocraties, ne voyons pas comment la majorité des personnes dans le monde vivent», a-t-il enfin lancé. Moi, j’ai vu comment ces enfants et ces parents luttaient pour survivre, pour avoir une vie, un avenir, de l’espoir.»