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États-Unis: Trump prêt à revoir l’accord sur l’immigration avec le Mexique

États-Unis: Trump prêt à revoir l’accord sur l’immigration avec le Mexique
Photo: Patrick Semansky/APDonald Trump

Le Mexique, sur lequel le président américain Donald Trump laisse planer la menace de taxes douanières, a reconnu lundi que l’accord sur l’immigration conclu avec Washington pourrait être révisé d’ici 45 jours sur la question du droit d’asile si l’afflux de clandestins vers les États-Unis ne se tarissait pas.

A l’issue de plusieurs jours de négociations, Washington et Mexico sont parvenus vendredi à un accord sur l’immigration, évitant ainsi l’application dès lundi de droits de douane sur l’ensemble des produits mexicains importés aux États-Unis.

Le Mexique s’est notamment engagé à renforcer les contrôles à sa frontière avec le Guatemala, dans le sud du pays, et à accélérer le retour des migrants d’Amérique centrale vers leur pays, dans l’attente que soient traitées leurs demandes d’asile aux États-Unis.

Mais, trois jours après la conclusion de l’accord, le président américain a renouvelé lundi sa menace d’appliquer des droits de douane si le Congrès mexicain n’en approuvait pas une clause secrète, dont il n’a pas précisé la teneur.

«N’anticipons pas un problème avec le vote, mais si pour une raison quelconque cela n’est pas approuvé, les droits de douane seront rétablis», a tweeté M. Trump.

«Je ne pense pas qu’ils (les Mexicains) vont la rejeter très longtemps», a-t-il insisté depuis la Maison-Blanche, après avoir déclaré sur la chaîne CNBC que cette clause secrète était «un outil très puissant» aux mains des États-Unis.

Le milliardaire entendait ainsi répondre aux critiques du New York Times, qui a révélé vendredi que la plupart des mesures annoncées par le Mexique dans l’accord avaient déjà été convenues lors de négociations antérieures.

Le secrétaire d’État américain Mike Pompeo a salué de son côté «le plus gros engagement en date» des Mexicains pour la lutte contre l’immigration clandestine.

«Nous travaillerons étroitement avec eux pour nous assurer qu’il soit couronné de succès», a-t-il ajouté, qualifiant la pression mise par Donald Trump sur le Mexique de «modèle de diplomatie».

Au milieu de ces spéculations sur la teneur exacte de l’accord, le ministre mexicain des Affaires étrangères Marcelo Ebrard a fait savoir que Mexico avait refusé que les migrants présents sur le territoire mexicain et souhaitant demander l’asile aux États-Unis le fassent depuis le Mexique.

Mais il a reconnu que le gouvernement mexicain avait accepté que cette question revienne sur la table des négociations dans un délai de 45 jours si le flot de migrants traversant le Mexique vers la frontière américaine n’était pas freiné.

«Lors de la réunion avec le vice-président des États-Unis (Mike Pence), ils ont insisté» sur cette question, a expliqué M. Ebrard en conférence de presse.

«Nous leur avons dit, et je pense que c’était la plus grande réussite des négociations: prenons le temps de voir si ce que propose le Mexique fonctionne, et si non, nous discuterons pour voir si des mesures supplémentaires» sont nécessaires, a poursuivi le ministre.

Donald Trump, qui a fait de la lutte contre l’immigration clandestine le fer de lance de sa présidence, avait mis son voisin sous pression fin mai en menaçant d’imposer des taxes douanières de 5% à partir du 10 juin, et de l’augmenter progressivement jusqu’à 25% en octobre.

Selon la déclaration commune des deux pays après la signature de l’accord, le Mexique s’est engagé à prendre des «mesures sans précédent», notamment le déploiement de sa Garde nationale, ainsi que des actions contre les réseaux de passeurs, de transport et de financement de l’immigration clandestine.

Parmi les mesures annoncées figurait le déploiement à la frontière sud du Mexique dès lundi de 6000 officiers de la Garde nationale mexicaine nouvellement créée.

M. Ebrard s’est toutefois contenté d’évoquer lundi un déploiement «aussitôt que possible».

Dans la ville de Tapachula, à la frontière avec le Guatemala, un des points d’entrée des caravanes de migrants – essentiellement originaires d’Amérique centrale – qui ont traversé le Mexique ces derniers mois, aucun signe de déploiement militaire n’était pour l’heure visible, ont constaté des journalistes de l’AFP.

Les arrestations d’étrangers sur le territoire mexicain sont passées de 8248 personnes en janvier à 23 679 en mai.