Monde

L’Iran abat un drone américain, ravivant les tensions avec Washington

L’Iran abat un drone américain, ravivant les tensions avec Washington
Photo: Sepahnews via APLe commandant général de Gardiens de la Révolution iraniens, Hossein Salami

L’Iran a prévenu jeudi que la violation de ses frontières constituait une «ligne rouge», après avoir abattu un «drone espion américain» dans son espace aérien, dernier épisode en date des tensions croissantes entre Washington et Téhéran.

L’appareil, un modèle Global Hawk (du fabricant américain Northrop Grumman), a été abattu à «4h05 du matin» (heure locale) dans le sud de l’Iran, selon un communiqué des Gardiens de la Révolution, l’armée idéologique de la République islamique.

Il a été abattu par un «missile» au dessus de la mer d’Oman «après avoir violé l’espace aérien iranien», ajoutent les Gardiens.

Washington a confirmé que l’Iran avait abattu un drone américain, mais nie que celui-ci ait violé l’espace iranien.

L’appareil se trouvait «dans l’espace aérien international» et «les informations iraniennes selon lesquelles l’engin aérien survolait l’Iran sont fausses», écrit le Pentagone dans un communiqué.

Selon les Gardiens, le drone avait décollé à «00h14» heure de Téhéran d’une base américaine sur «la rive sud du golfe Persique», «éteint tous ses dispositifs de reconnaissance», passé le détroit d’Ormuz et mis le cap vers l’est en direction du port iranien de Chabahar.

De même source, l’appareil a été abattu au retour de sa mission après être entré dans l’espace aérien iranien.

La violation des frontières iraniennes est la «ligne rouge» à ne pas franchir, a prévenu le général de division Hossein Salami, commandant en chef des Gardiens.

«Notre réaction est, et sera, catégorique et absolue», a-t-il tonné.

«Nous protestons contre toutes les démarches provocatrices qui portent atteinte à l’intégrité territoriale de notre pays», a déclaré le porte-parole de la diplomatie iranienne Abbas Moussavi, avertissant que «la responsabilité des conséquences éventuelles de ces actions incombera entièrement aux agresseurs».

Aucune image de l’appareil détruit n’a été publiée par les médias iraniens.

L’incident survient près du détroit d’Ormuz, point de passage stratégique pour l’approvisionnement mondial de pétrole, dans un contexte de tensions exacerbées entre l’Iran et les États-Unis.

L’armée américaine a intensifié mercredi ses accusations contre l’Iran, qu’elle tient responsable de l’attaque des deux tankers touchés par des explosions le 13 juin en mer d’Oman.

Téhéran a nié toute implication dans ces attaques, laissant plutôt entendre qu’il pourrait s’agir d’un coup monté des États-Unis pour justifier le recours à la force contre la République islamique.

En dépit des affirmations répétées de responsables américains et iraniens selon lesquelles ils ne cherchent pas la guerre, l’escalade récente fait craindre qu’une étincelle ne mette le feu aux poudres.

Mercredi, le chef de la diplomatie allemande Heiko Maas a estimé que «le risque de guerre dans le Golfe» n’était «pas écarté».

Selon Paris, le conseiller diplomatique d’Emmanuel Macron, Emmanuel Bonne, a effectué mercredi une visite éclair en Iran «dans l’objectif de contribuer à une désescalade des tensions dans la région».

Celles-ci vont croissant entre la République islamique et les États-Unis depuis que le président américain a décidé en mai 2018 de retirer son pays de l’accord international sur le nucléaire iranien conclu en 2015 et de rétablir de lourdes sanctions contre Téhéran.

La tension a encore gravi un échelon avec les attaques du 13 juin d’origine toujours inconnue contre deux navires-citernes en mer d’Oman, présentant des similitudes avec les actes de sabotage ayant endommagé un mois plus tôt quatre navires à l’entrée du Golfe, et pour lesquelles Washington accuse aussi l’Iran, qui dément toute implication.

L’explosion survenue à bord du tanker japonais Kokuka Courageous, l’un des deux navires attaqués le 13 juin, a été provoquée par une mine-ventouse «semblable à celles utilisées par l’Iran», a affirmé mercredi un commandant américain du Naval Central Command (NAVCENT).

Jeudi, les cours du pétrole semblent réagir aux dernières tensions, peu après 8h00, le baril WTI pour livraison en juillet montait de 3,42% 55,60$, celui de Brent pour livraison en août grimpait de 2,78% à 63,54$.